Vie de parent

Le désarroi d'une maman solo :
« Un épuisement silencieux
sans urgence apparente »

Le texte que vous allez lire ici est arrivé à la Maison des parents solos à Forest. Un texte fort, rédigé par une maman seule en plein désarroi. Elle parle du présent, mais aussi du futur avec pas mal d'angoisse. Elle raconte avec des mots simples cet « épuisement silencieux sans urgence apparente » et cette sensation d'être invisible, parce que victime d'une « mise en boîte sans image exploitable ».

Ce texte n'est pas signé, son auteure préférant préserver son anonymat. Les exergues sont de la rédaction.

Le désarroi d'une maman solo : « Un épuisement silencieux sans urgence apparente »

« Je vous écris ces lignes, réfugiée dans ma salle de bain, alors que mon fils de 4 ans s'est embarqué dans une longue discussion avec son ami imaginaire, Titou. Depuis deux semaines, Titou est partout dans notre ménage à deux. En fait, Titou me sauve souvent la mise, pour ne pas dire la vie (mentale) : quand il est présent dans les jeux de mon fils, il me remplace dans ce face à face permanent et oppressant.

Ce qui m'interpelle aujourd’hui n'est pas la multiplication des personnages imaginaires dans la tête de mon petit blond (quoi que je devrais sans doute en parler à un psy un jour ?). Ce qui m'interpelle c’est que nos deux solitudes, l'acuité et la lourdeur du marathon monoparental confiné sont passés sous silence. Tout autour, se déploient dans les médias sociaux deux extrêmes auxquelles mon fils et moi n'appartenons pas :

Primo : nous ne sommes pas de ceux qui, tout sourire, «optimalisent le confinement» : entre les murs de notre appartement, point de bricolage astucieux, point de recettes joyeusement concoctées par des petites mains pleines de farine, pas de séances de méditation familiale... Non. Ici, ça regarde Netflix pendant que ça travaille à temps plein. Ça monte dans les tours puis ça se pardonne dans les larmes. Ça s'essouffle, ça s'étouffe et, de plus en plus souvent, ça craque : ça crie, ça hurle, ça claque des portes, ça pleure beaucoup... Le frigo est un peu plus souvent vide, pas parce que l'argent vient à manquer... j'ai cette chance. Non, le frigo est vide parce que sortir pour faire les courses s'est transformé en véritable guerre : certains commerçants ne nous laissent pas rentrer ensemble dans leur magasin ; mon fils touche à tout, s'approche des gens, impossible de respecter une quelconque distanciation sociale à moins de le coincer dans sa poussette : cela doit donc aller vite , très vite. Alors oui, le frigo tire souvent la tronche car la seule idée de le remplir m'angoisse.

« Comment fait-on pour démontrer un épuisement parental, sans doute plus intense, sans être targués d'égocentriques arrogants ? »

Deuxio : nous avons de la chance, nous ne sommes pas enfermés dans un home, nous ne sommes pas malades et... personne n'est là pour ajouter de la violence physique à la violence (symbolique) de la situation : pas d'être malfaisant qui nous batte, nous insulte... Ni une pro, ni une « réelle » victime du confinement ou du Covid, donc (ouf). Juste une maman célibataire avec son fils de 4 ans, son appartement sans balcon, son boulot à domicile. Une mise en boîte sans image médiatiquement exploitable. Un épuisement silencieux sans urgence apparente. Là est tout le problème.

Au moment d'un potentiel déconfinement, nos autorités auront-elles à l’esprit et à cœur de formuler l'une ou l'autre mesure particulière pour tous ces confinés dignes de moins d'intérêt ? En cette période où des médecins risquent leur vie pour la nôtre est-il d'ailleurs de bon ton d'oser poser la question ? Comment fait-on pour démontrer un épuisement parental, sans doute plus intense, sans être targués d'égocentriques arrogants ? Existe-t-il un statut « monoparental » qui osera et pourra faire valoir le fait que isolement + charge parentale temps plein + charge professionnelle... en confinement = bombe à retardement psychique et physique pour le parent et l'enfant.

«  J'ose croire que les autorités et les influenceurs s'attarderont sur celles et ceux qui n'ont pas de bleus sur le visage. »

Aujourd'hui, je sais qu'après cette crise, beaucoup comme moi ne pourront pas redémarrer « comme avant » ou « mieux qu'avant » vers une société « plus juste ». Croire en cela, c'est imaginer que toutes et tous ont eu un confinement similaire. C’est faux. Croyez-moi, beaucoup devront se reposer... absolument, vitalement, vraiment se reposer. Seul·e... et... sans doute.... à la maison, dans ce lieu de vie qui aura repris forme humaine (quand le petit sera gardé par Papy et Mamy, le rêve ultime).

Il y aura bien sûr les personnels soignants et tous ces gens en première ligne mais... ensuite, j'ose croire que les autorités et les influenceurs s'attarderont sur celles et ceux qui n'ont sans doute pas combattu le virus, qui n'ont pas de bleus sur le visage, qui n'ont perdu personne dans la bataille, mais pour qui ce confinement fut un marathon n'offrant aucune possibilité pour reprendre son souffle, aucune parenthèse sereine dans un jardin en fleurs ou autour d'une pâte à pain.

Nous sommes inégaux dans le confinement qui n'est qu'une mise sous cloche de la société toute entière, y compris les déficits et les inégalités de celle-ci. J'ose croire que la suite comportera des mesures qui permettront à chacun·e de se reconstruire pour mieux se retrouver ensuite ».

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