3/5 ans

Le futur de la chambre à coucher

S’il faisait rêver les générations précédentes parce qu’il s'imaginait comme une aventure passionnante, aujourd’hui, on craint le futur. Pourtant, il va bien falloir y vivre. Mais comment ? À quoi va ressembler le logis de demain ? Et plus précisément, quelle place y fait-on pour les enfants ? Tour de table avec des experts. Bienvenue dans votre futur chez vous.

Le futur de la chambre à coucher

► Maxime de Campenaere, architecte d'intérieur : « La chambre refuge »

Comment va évoluer l’habitat ? C’est la grande question. D’abord, je pense que tout est lié à la question économique. Et la façon dont elle va évoluer. Les problématiques d’espaces font partie intégrante des familles d’aujourd’hui dans beaucoup de villes pour ne citer que Paris ou Londres.
Les conséquences vont peser sur l'organisation du foyer. Je pense que l’on tend de plus en plus à ce que les pièces de l’habitat cumulent plusieurs fonctions. On est encore trop attaché au classique séjour-cuisine-salle à manger. Petit à petit, on va éclater les pièces et trouver des solutions pour privatiser certains espaces. Mais toujours avec une chambre d’enfant. Parce que, même dans le futur, les enfants auront besoin d’un espace sur-mesure.

L’environnement qui m’entoure

Je ne pense pas qu’on va lâcher cette idée mais je pense aussi que c’est un peu hypocrite de se focaliser sur la chambre alors que le reste de l’habitat - et par extension le monde – ne prend pas cette problématique en compte. J’espère que les réponses à cette problématique seront plus globales. Dans cette prise de conscience générale, qui passe par l’éducation, on sensibilisera les petits à leur environnement dès le plus jeune âge. En ce sens, la crèche Babylife (Montessori) est un bon exemple au niveau ergonomique (fenêtre à hauteur d’enfant et pas l’enfant qui doit s’adapter à la hauteur de fenêtre), au niveau des matériaux (matières naturelles) et de la vision sur la nature (jardins intérieurs) pour le conscientiser à son environnement, à la nature.
Dans ce sens, l’ameublement risque d’être lui aussi très adaptable au rythme de l’enfant. Je pense qu’il va tendre à faire disparaître de plus en plus la technologie. Le futur va la rendre moins présente. Il va prôner plus d’interactions entre les membres de la famille.

Moins de technologie, plus d’aventures

On peut être certain que toutes les problématiques que pose l’écran vont être prises en compte par les experts qui feront les habitats de demain. On sait aujourd’hui qu’il faut se déconnecter à des moments clés de la journée. Je crois aussi à tout un ensemble de réflexion autour de la lumière et des différents rythmes. Une lumière plus chaude, autour de 2 200 degrés kelvin adoucit la lumière bleue et permet alors de mieux dormir. On maîtrise de mieux en mieux tous ces éléments.
Enfant, je n’ai pas passé beaucoup de temps dans ma chambre. J’étais beaucoup dehors, je cuisinais, j’apprenais des choses avec mes parents. Ma chambre me servait de refuge. C’était mon espace à moi. Je pense qu’elle ne perdra jamais cette fonction. Elle restera à jamais un espace fait de plein de petits secrets. Où l’on peut se raconter des histoires. Je pense qu’elle continuera à servir et à favoriser l’imagination. À s’imposer comme un univers qui propose, qui raconte. Au final, on en revient toujours à ça.

► Camille Servent, ergothérapeute : « Un espace adapté »

Je pense que beaucoup de choses que préconisent les experts sur les enfants à besoins spécifiques vont avoir des répercussions sur tous les enfants, dans toutes les chambres. On en voit déjà les premiers signes. Je pense à la délimitation des espaces. Aujourd'hui, même dans de toutes petites pièces, la plupart des parents savent qu'il faut un espace de travail, de jeux, de rangements, etc. La chambre du futur va tendre à autonomiser l'enfant, à tout faire pour qu'il s'organise seul.

Un futur décroissant ?

Rien à l'heure actuelle ne laisse présager que les chambres du futur seront moins encombrées de jouets, d'écrans, de posters. Ce que l'on appelle les stimulis. Mais je fais le pari d'un avenir avec des espaces moins chargés. En tout cas, c'est ce que l'on conseille. Idem pour les écrans. De plus en plus d'experts préconisent de les faire sortir de la chambre. On taxe à la hâte beaucoup d'enfants d'hyperactifs, qui sont en réalité sur-stimulés. Je pense que les petits trucs pratiques vont se multiplier et qu'ils trouveront alors écho chez les parents. Par exemple, les couleurs. Elles ne doivent jamais être trop vives. Les murs ne doivent pas être surchargés de motifs. Pareil pour la couette. D'ailleurs, plus les petits s'investissent, plus ils sont contents d'aller au lit.

Tout doit disparaître !

La chaise de bureau va peut-être disparaître, pour laisser place à un gros ballon. Parce que ce procédé facilite la concentration. L'enfant contrôle sa posture, mais peut quand même bouger. Peut-être que les petits seront moins immobiles dans leur chambre. On a tendance à calquer notre vision d'adulte avec des idées préconçues comme quoi il ne faut pas bouger pour bien se concentrer. Alors que l'on peut apprendre en marchant, travailler en écoutant de la musique.
Sur les questions liées aux technologies, j'ai tendance à croire que l'on va vers le mieux. Même si on en trouve encore, les chambres d'enfant sont de moins en moins équipées de télés, de consoles, de tablettes. Je pense, comme ce qui a été dit plus haut, que la technologie va s'adapter aux rythmes naturels des enfants. Par exemple, mes confrères se sont aperçus qu'une LED à détection de mouvement que l'on place sous le lit était plus efficace qu'une veilleuse qui empêche de dormir. Elle ne s'allume que quand l'enfant se déplace. Et s'éteint aussitôt. C'est un principe qui peut se généraliser. Le futur peut donc tendre à offrir un environnement apaisé, un espace libre où l'enfant peut occuper son territoire comme il l'entend.

► Xavier Klein, chargé de projet en éducation numérique au Pass : « Une technologie invisible »

Les mauvais réflexes numériques dans les chambres d’enfant vont disparaître. Un gamin qui s’endort avec un smartphone ou une tablette, ça n’existera plus. Les parents, de plus en plus high-tech, acclimatés, ne laisseront plus de tels débordements avoir lieu. Un futur avec des enfants scotchés à leurs écrans ? Je n’y crois pas. Des gamins hyper connectés via une technologie de plus en plus mobile, c’est peut-être ça l’avenir. Des groupes comme Google font ce pari. Ils misent sur une technologie de plus en plus invisible. Pourquoi est-ce qu’elle ne passerait pas plus par l’ouïe que par la vue ? Peu importe son design, ce que l’on peut conseiller aux parents pour l’heure, c’est de miser sur la technologie la plus libre. Celle qui permet de s’auto-former, de mettre les mains dans le cambouis, en vrai, pas virtuellement.

► Hervé Onssels, KipiK architecture : « Un futur modulable »

La technologie ne prend plus de place, elle est foisonnante, elle dématérialise pas mal de choses, l’espace de travail par exemple. Gageons que cette mentalité aura des répercussions sur l’aménagement du foyer, et donc de la chambre à coucher. Un simple constat : dans les villes, on a de moins en moins de place, on va donc devoir décliner les espaces de façon différente. Pourquoi pas un gros module qui sert de bureau ou de rangement qui se transforme en mezzanine ? Deux enfants dans une même chambre, ça va un temps. Très vite, ils ont besoin d’intimité. L’absence de fil, peut-être de prise de courant, a quelque chose en effet de très inspirant. Cela peut influencer le rôle des pièces.

On ouvre tout

La chambre à coucher des parents est peut-être la pièce qui sert le moins au final. Peut-être qu’elle va fusionner avec celle des enfants. Du type salle de jeu le jour et, la nuit, tout le monde retrouve son territoire propre. Comment ? Par d’énormes blocs protéiformes qui se transforment en fonction de l’endroit où on les met et de l’activité qu’on veut leur donner. Avec un wifi massif de contenus, d’énergie, on peut imaginer qu’il n’y a plus de raison d’avoir X mètres carrés destinés à tel endroit.
En revanche, je tiens à rassurer les parents réfractaires aux progrès technologiques : les murs-écrans, comme on voit dans les films de science-fiction, je n’y crois pas un seul instant. Un écran, ça reste plat et froid et, au final, ça ferme, ça cloisonne. L’esprit humain ne peut faire abstraction de cette opacité. De même que je ne crois pas aux idées de chambre qu’on coulisse et qu’on ferme. Trop contraignant. Dans le futur, on défait tout. On partage tout. Sans jamais nuire à l’intimité. Et gageons que symboliquement, ça peut avoir un impact très positif sur notre façon de penser. On ouvre tout. Pourquoi pas ?

Yves-Marie Vilain-Lepage