Vie de parent

Le harcèlement est favorisé
par la compétition

La vidéo choquante circule sur Internet. Une jeune fille est agressée par une autre adolescente. Elle était victime de harcèlement. Comment éviter ce phénomène dans les écoles ? Et comment réagir ?

Le harcèlement est favorisé par la compétition

À Deurne (Anvers), une jeune fille de 12 ans a été tirée par les cheveux et frappée de quatre coups de pied par une adolescente âgée de 14 ans à un arrêt de tram. Une vidéo montre la scène et ses témoins qui y assistent sans intervenir. Selon le père de l’adolescente agressée, sa fille serait victime de harcèlement depuis le mois de septembre. Il a désormais porté plainte et la police et le tribunal de la jeunesse se sont saisis du dossier.

Le harcèlement touche 1 adolescent sur 6, à l’école. Il est souvent connu par tous les pairs de l’élève visé sans que les profs se rendent compte de quoi que ce soit. L’explication ? Les professeurs sont multiples, les classes éclatées, les intercours comme les couloirs peu surveillés et les changements de locaux fréquents. Le harcèlement est toujours celui d’un groupe possédant sa propre dynamique, dans lequel chacun occupe une place et tient un rôle. Il n’existe pas dans n’importe quelle école ni dans n’importe quelle classe.

La compétition : un terrain favorable

Pascal Vekemans, médiateur scolaire, répertorie trois sources du harcèlement : la logique de fonctionnement de l’institution scolaire, les caractéristiques des valeurs du prof qui met la priorité sur la personne ou sur les performances et la dynamique de classe.
Certaines écoles favoriseraient-elles donc le harcèlement ? « Quand des parents choisissent une école élitiste, il est clair qu’ils vont rentrer dans une logique où la performance scolaire sera mise en avant, avec la compétition entre élèves, renforcée par les palmarès et autres points donnés devant tout le monde. Mais des enseignants peuvent aussi viser la performance, même si elle n’est pas dans la logique de l’institution. Ces profs pratiquent alors l’humiliation sans vraiment s’en rendre compte. Ce qu’ils ignorent, c’est qu’il existe déjà une dynamique au sein de la classe qui met les élèves en compétition et que leur attitude la renforce. »
L’Ufapec, association des parents de l’enseignement libre, partage cet avis en mettant également en évidence des fonctionnements d’institution et de classe qui, sans le vouloir, renforcent le harcèlement par « un climat de compétition, de concurrence qui prévaut sur des moments ludiques et créatifs ».
Autres caractéristiques de ces écoles qui ont opté pour la course à l’excellence : « Les élèves doivent apprendre à travailler par eux-mêmes. Ils manifestent peu d’enthousiasme et ne s’intéressent pas à la vie de l’école. Il y a peu d’activités parascolaires et les jeunes s’ennuient ». Bref, il n’y a guère d’attention portée à une ambiance plus sereine.

Comment réagir en tant que parents ?

Tous les spécialistes sont unanimes : les parents doivent réagir immédiatement en cas de harcèlement. Comment ? En prenant contact avec le professeur concerné, le titulaire, l’éducateur, la direction de l’école. D’autres services peuvent être contactés comme les centres PMS (hélas, souvent débordés), les services de médiation scolaire ou de promotion de la santé, des psychologues scolaires privés.
Si les phénomènes de harcèlement sont mieux connus qu’auparavant, les enseignants n’y sont pas (encore) tous sensibilisés.
« Quand un père ou une mère interviennent, ils font face à un mammouth, explique Pascal Vekemans. L’école est à la fois juge et partie. Non entendu par un titulaire, le parent ne peut que grimper, s’adresser à un préfet de discipline, un directeur, un PO, mais ceux-ci ont leur logique et, souvent, se tiennent. »
Pour instaurer un réel dialogue, Pascal Vekemans prône le recours systématique à un tiers, extérieur à l’école. Selon son expérience en médiation scolaire, un parent ne peut efficacement réagir face au harcèlement de son enfant, surtout s’il estime qu’un enseignant ne se comporte pas comme il le devrait. Le tiers permet alors au jeune de ne plus se sentir seul, perdu, et rassure les parents qui savent que le problème est pris en charge par un professionnel compétent.

Thérèse Jeunejean et St. G.

Le harcèlement, c’est quoi exactement ?

Harceler, c’est répéter durablement un comportement agressif vis-à-vis d’une personne précise. Le harcèlement peut être physique, avec des coups, des gestes, voire du racket (fréquent chez les jeunes garçons), mais aussi psychologique (plus souvent chez les filles) : moqueries sur l’aspect physique, recours à un surnom péjoratif, diffusion de rumeurs, de photos prises à l’insu de la victime, d’insultes, de menaces… L’objectif est de mettre l’autre en difficulté, de lui faire mal, de le dominer sans qu’il puisse sortir de son rôle de victime.

Contre le harcèlement, côté école…

L’Ufapec toujours, mais aussi l’Université de paix, proposent une série de bonnes pratiques aux écoles soucieuses de lutter contre le harcèlement.

  1. Réagir le plus rapidement possible, nommer le phénomène et prendre position contre lui, mais aussi informer les élèves et leur expliquer de quoi il retourne. Ceux-ci ne réalisent pas toujours que leur comportement est du harcèlement avec, à la clé, des conséquences fâcheuses.
  2. Mettre des règles précises, claires et concrètes. Des lieux de parole au sein de l’école offrent une aide réelle.
  3. L’importance d’une surveillance de qualité, pendant les récréations comme en dehors des heures de cours. L’encouragement à la solidarité, le soutien des élèves et des notes et sanctions traitées de manière juste permettent souvent de renverser la vapeur en instaurant une ambiance positive.
  4. Enfin, l’implication des parents dans la prévention semble indispensable et ne peut se faire que s’il y a un vrai dialogue entre parents et enseignants sans se renvoyer systématiquement la responsabilité du problème.
  5. Une solution de secours : une gestion de la dynamique de la classe par le titulaire, le PMS, un médiateur scolaire…
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