Vie de parent

Le jeu des 13 erreurs (N°5 à 7)

Le jeu des 13 erreurs (N°5 à 7)

► « Grosse bataille depuis la rentrée, les affaires traînent partout. Dont celles de ma fille qui s’étalent dans tout l’appartement. Ses bricolages, ses dessins, ses jouets, ses livres. C’est un ami qui m’a fait remarquer que l’on ne valait pas mieux qu’elle et qu’un enfant qui vit dans un appartement qui ressemble à Bagdad ne se corrigera jamais. Il a raison, l’enfant ne fait que nous imiter. »
Eva, maman de Gabriel, 6 ans, et Mona, 12 ans

► Et pourquoi ne pas s’imposer… sa propre discipline ou alors se taire à jamais face au désordre du môme. Impossible pour lui de comprendre l’importance du rangement s’il évolue dans un environnement bordélique. La solution proposée par beaucoup de parents ? S’y mettre ensemble pour créer une émulation. Un enfant qui choisit lui-même où ranger ses affaires va s’y plier avec d’autant plus de plaisir. Vous pouvez par exemple décider que dans la bibliothèque, vous mettez vos livres à tel endroit et lui demander où il veut ranger les siens. Vous n’aurez pas à lui répéter tous les deux jours qu’il doit laisser le salon en ordre, sans qu’il ne sache ni vous, ni lui, où mettre ses affaires.
► L’idée ? Pour les ados, c’est une autre paire de manches. Zone interdite, territoire abrupte, chaos, vous connaissez. Mais Aboude Adhami, psychologue, nous explique que, eux, s’y retrouvent. N’exigez pas un espace aseptisé, surtout si ce n’est pas le cas dans les pièces communes. En revanche, vous pouvez établir une règle claire. « Je veux au moins distinguer mon parquet ou pouvoir admirer mon tapis ! », par exemple. Vous posez des limites et exigez que la chambre soit nettoyée de temps en temps. Un compromis ? Le placard dans la chambre. On ne met pas le nez dedans, tant qu’un semblant de rangement s’opère. Il est le symbole du désordre qui règne dans la tête de votre grand enfant pris dans les affres de l’adolescence, explique le psy. Équilibré en apparence, mais grouillant à l’intérieur.

► « Râler, ce n’est pas le bon mot. Grogner serait plus exact. Du matin au soir, je pense bien que je n’arrête pas. Et un des trucs qui me font justement râler, c’est la mauvaise humeur de ma fille. L’effet miroir me rend fou. C’est le bras de fer en permanence. Je me demande même si ce n’est pas devenu une façon de communiquer. »
Fabrizio, papa de Clara, 8 ans 

► Et pourquoi ne pas prendre… un peu de recul sur soi. Ici, Fabrizio est très lucide sur les causes des grognements de sa fille. Les parents sont des modèles pour les enfants, qui vont donc reproduire les mêmes comportements… pour le meilleur comme pour le pire. Avant toute chose, si Fabrizio veut voir sa fille adopter une attitude plus ouverte, il va falloir qu’il commence par appliquer ce vieil adage : « Sois le changement que tu veux voir ».
► L’idée ? Se demander d’abord pourquoi un enfant râle. Souvent pour attirer l’attention. Posez des questions pour cibler où ça ne va pas et laissez déballer. L’école ? Les copains ? La petite sœur ? Il va en ressortir pas mal de mécontentement. Aidez-le à exprimer et à cerner les obstacles. Ensuite, on passe à la deuxième phase, ce que les psys appellent « le renforcement positif », essentiel à l’estime de soi. Du genre : « Et à côté, il y a plein de choses bien, pas vrai ? ». Et hop, troisième phase : vous n’avez plus qu’à vous l’appliquer. Oui, oui, même Fabrizio.

► « Ce que je déteste le plus au monde ? Les bruits de bouche à table. Quand on boit une soupe, quand on mastique, quand on goûte… Mon mec et mon fils aîné s’en donnent à cœur joie. Comme mon fils voit que son papa ne se corrige pas, il ne fait pas plus d’efforts. »
Zaineb, maman de Paulo, 8 ans 

► Et pourquoi ne pas opérer… un petit pas de côté et commencer par une autocritique. Cette hypersensibilité aux bruits de bouche a un nom : la misophonie. Elle est même considérée comme une maladie neurologique. Mais dans le cas de Zaineb, on comprend combien cette coalition familiale répétée et systématique peut être déplaisante. D’abord, révélez à quel point ça vous gêne. La plupart des personnes ne s’en rendent pas compte et ne le font pas exprès. Et évitez de mettre sur le même plan le parent et l’enfant. Parlez-en peut-être à des moments différents. Expliquez à votre mari qu’il devrait faire un petit effort pour donner le bon exemple. Essayez de faire en sorte que votre enfant mange la bouche bien fermée, qu’il évite de laper sa soupe comme un chat, qu’il ne parle pas la bouche pleine. Davantage pour lui que pour vous.
L’idée ? Attention de toujours bien distinguer le savoir-vivre à table que vous enseignez à votre enfant de la phobie que vous éprouvez. Plutôt que d’exploser ou de répéter toutes les cinq minutes : « La bouche ! », établissez une sorte de code. Les acousticiens comblent toujours un son par un son. Pourquoi ne pas mettre au point un petit bruit, un râle, un claquement de doigt, qui ferait office de signal et devrait réguler votre enfant… et peut-être votre homme ?

Yves-Marie Vilain-Lepage