Vie de parent

Le jeu en 7 questions

Voyez le sérieux et l’énergie avec lesquels vos petits se mettent à jouer. Le jeu est au cœur de leurs vies. Mille questions surgissent autour de cette activité. Quelques-unes ont retenu notre attention sur lesquelles nous allons allègrement surfer à partir de vos expériences de parents (mais aussi celles de vos ados !) et de nos experts (lire encadré ci-dessous).

Le jeu en 7 questions - Thinkstock

« Elle a 3 ans, plein de jeux et ne s’y intéresse jamais. N’aimerait-elle pas jouer ? »

Pas d’inquiétude ! Jouer ne nécessite pas nécessairement des jouets. Peut-être l’envie de jouer, le plaisir que cette petite fille peut y trouver est-il noyé par cette surabondance de jouets propre à notre société de consommation.
Thibaut Quintens évoque ainsi la sortie de plus de huit cents nouveaux jeux par an ! Lui qui pratique le jeu depuis des années a cette conviction : « Le jouet n’est pas indispensable. Un morceau de bois peut se transformer en une poupée. L’achat de jouets, leur accumulation, n’est pas nécessaire. On peut aussi en construire avec les enfants et notamment à partir d’objets récupérés ». En d’autres mots, mettons l’imagination au service du jeu.
N’oublions pas non plus la dimension collective du jeu. Peut-être votre petite a-t-elle besoin d’une copine pour « accrocher » à un de ses jeux. Pensons à tous ces jeux collectifs qui se pratiquent dans les cours de récréation, genre touche-touche, cache-cache, etc. Des jeux plus sportifs aussi.
« En Asie, se souvient Thibaut Quintens, j’ai vu des enfants jouer à une version de Pierre, papier, ciseau où ils font des tournois incroyables. Sans jouets. Rien qu’avec les mains ! On est dans une société où l’on ne nous apprend pas à être heureux de ce que l’on est, mais de ce que l’on a. On est tous entraînés dans cette tendance. Si on ne donne pas, si on ne gâte pas, on a l’impression de ne pas être un bon parent ou un bon grand-parent. »
Emmenez votre fille au square ou dans un parc sans prendre de matériel et observez-la. Elle va se mettre d’emblée à utiliser ce qu’elle trouve autour d’elle. Jean Epstein va plus loin : « Un enfant joue 24 heures sur 24, il joue sa vie, ses joies, ses peines, ses peurs, ses pleurs… Tout est jeu dans le développement d’un enfant. Mais il ne joue pas qu’avec des jouets. Je vais vous donner un exemple : chacun des cinq sens nécessite de se développer. Les jouets ont surtout été visuels au début, ensuite tactiles, puis audio-visuels… Mais préparer un repas avec les enfants, aller au marché peut devenir un jeu autour de l’odorat ou du goût. »

Nohra, maman de trois enfants : « Mes enfants de 6, 4 et 2 ans ont des jouets à n’en plus finir ! J’ai beau essayer de réguler en mettant le surplus de côté, à chaque anniversaire, Saint Nicolas et Noël, c’est une pluie de cadeaux qui s’entassent dans leur salle de jeu. Du coup, ils ne savent plus à quoi jouer ! Et lorsqu’ils prennent un jouet, ils se lassent au bout de cinq minutes ; ils le délaissent au profit d’un autre. Très rapidement, la salle de jeu se transforme en véritable foutoir où tout est dépareillé. Ça me rend dingue ! Le pire, c’est qu’ils me disent sans arrêt qu’ils ne savent pas quoi faire, qu’ils s’ennuient... »

Romain, papa de deux enfants : « J’ai mes enfants un week-end sur deux. Problème : la plupart de leurs jouets sont chez mon ex. Aussi, j’ai pris l’habitude de les emmener aussi souvent que possible en forêt où je fais des jeux de piste, leur demande de trouver des arbres commençant par C, toutes sortes de choses que je faisais quand j’étais responsable d’un mouvement de jeunesse. »

« Mon petit adore jouer à la poupée. Dois-je réagir ? Il vient d’avoir 4 ans…

Barbie ou G.I. Joe, la guerre des sexes par jouets interposés aura-t-elle lieu ? S’il n’est plus rare de voir des petites filles recevoir de superbes modèles réduits de voitures, reconnaissons que les dînettes, coiffeuses, maisons de poupées échoient rarement aux petits mâles. Regardons-les, nos enfants. Une fois encore, ils balaient nos préjugés.

Absurde !

Nos deux experts lancent, unanimement, un vrai cri du cœur : « Distinguer les jouets pour filles et les jouets pour garçons est à mes yeux une absurdité », clame Jean Epstein. Il s’explique : « Filles comme garçons vont avoir besoin d’expérimenter des jouets différents qui leur permettent d’exprimer des émotions différentes : leur agressivité (ce qui ne veut pas dire violence), leur tendresse, etc. Nous avons malheureusement des représentations stéréotypées liées aux sexes, entretenues par le choix de jouets pour garçons censés être plus agressifs, plus binaires, plus carrés et des jouets pour filles censés être plus fins, plus liés aux émotions. Garçon ou fille, homme ou femme, les deux partagent ces différentes dimensions. »
Pour Thibaut Quintens, « la poupée n’est qu’un objet, un moyen, à travers lequel l’enfant se raconte une histoire, ‘fait semblant’, se construit un imaginaire. Que ce soit une poupée ou un camion, ce qui compte, c’est la manière dont les parents vont l’accompagner et voir ce qui se ‘joue’. L’enjeu est pour moi dans ce qui se passe autour du jouet. C’est très riche que les enfants puissent aller explorer les jeux des autres, et notamment de l’autre sexe. D’ailleurs, mes filleuls et filleules jouent avec les mêmes jouets. »

C’est culturel !

Nos deux experts voient dans cette distinction entre jouets pour filles ou garçons une influence de la société qui classe : « Ce n’est pas un problème inhérent à l’enfance, constate Thibaut Quintens. Les enfants ont les mêmes envies de jouer. Le milieu dans lequel l’enfant grandit compte beaucoup à cet égard. »
Ce qui ne manque pas de faire sourire Jean Epstein : « C’est drôle de constater que les parents sont moins inquiets si leur fille joue avec des camions que si leur garçon s’amuse avec des poupées ou à la dînette. D’autant que la différenciation sexuelle n’est pas très déterminée pour l’enfant dans ses premières années. Chaque enfant trouve sa sexualité en expérimentant les deux comportements, à travers le jouet notamment. Au grand étonnement de ses parents, notre petit-fils Noé de 4 ans a récemment refusé une cuillère rose pour manger sa glace. On lui avait dit à l’école que le rose, c’est pour les filles ! »

Marc, 38 ans : « N’exagérons pas l’influence du jeu. Je me souviens que j’ai énormément joué avec deux fusils en bois que m’avaient fabriqués mon grand-père et cela n’a pas fait de moi un guerrier, au contraire ! L’important, à mes yeux, est de ne pas s’enfermer dans un genre et de pouvoir proposer des choses variées. »

« Mon garçon de 6 ans ne supporte pas de perdre. Faut-il le laisser gagner pour lui faire plaisir ? »

Ah, perdre… Qui s’y est un jour résolu ? Pourtant, la vie confronte chacun de nous à des échecs, à ne pas être le gagnant en tout, à ne pas avoir raison en tout. Comme pour le reste, accepter de perdre n’est pas donné, cela s’apprend, comme l’explique Jean Epstein : « Dans un premier temps, tous les enfants sont égocentrés et ne supportent pas de perdre. C’est dur de perdre. Avec l’âge, certains vont y arriver plus facilement que d’autres, parce qu’ils vont accepter plus facilement les limites. Et il y en a qui ne vont jamais y arriver pour la vie. Les parents doivent apprendre à leur enfant que ce n’est pas grave de perdre. »

Perdre, ça s’apprend !

Il n’y a évidemment pas de recette miracle pour développer cet apprentissage, mais des petits trucs peuvent aider. Jean Epstein en cite quelques-uns : « Cela commence par prendre le temps de jouer avec eux, sans les laisser gagner systématiquement. Parmi ce que l’on appelle les jeux éducatifs, ce qui est un non-sens car tous les jeux sont éducatifs, le bon jouet est un peu au-dessus du niveau de l’enfant, mais pas trop. Au début, il va perdre mais, en persévérant, il va finir par réussir. Par contre, si le jouet est trop facile, il ne va pas s’y intéresser. Il faut que l’enfant puisse apprendre à persévérer en sachant qu’il peut gagner et découvrir le plaisir. »
Autre conseil, pratique celui-là, du spécialiste : « C’est important de diversifier les jeux. Ils ne sont pas tous fondés sur des règles. Il y en a qui mettent en avant la créativité et apportent d’autres satisfactions. On peut aussi apprendre les règles par d’autres biais, comme le dessin en fixant certaines consignes, comme le sport d’équipe qui permet de perdre à plusieurs, ce qui est plus facile que de perdre seul, etc. »

Entre confiance et plaisir

Sur base de ce qu’il vit durant ces animations, Thibaut Quintens précise : « Je vois aussi des parents qui trichent pour laisser gagner leur enfant. Ce n’est pas lui rendre service, car il n’apprendra rien. L’enfant qui ne sait pas perdre demande de la patience et de la bienveillance. Face à cela, je recommande deux choses : ne pas laisser gagner son enfant, car il n’est pas dupe, mais surtout l’accompagner pour qu’il comprenne pourquoi il n’a pas réussi tel ou tel jeu. Dans la foulée, n’hésitons pas à valoriser le nombre de cartes qu’il a réussi à gagner par exemple, même si, au final, il a perdu la partie. À l’inverse, un enfant qui perd systématiquement risque de perdre le goût de jouer. Il y a un juste milieu à trouver entre reprendre confiance en soi et accepter progressivement de perdre, pour retrouver le plaisir du jeu, qui est la base de tout. Cela demande du temps, de la patience et varie d’un enfant à l’autre. »
À travers un jeu, on se construit, on peut développer ou perdre de la confiance en soi. Certains ont vécu des jeux comme un traumatisme qui les poursuit encore à l’âge adulte. Les jeux coopératifs peuvent aussi être utiles pour créer cette confiance, pour apprendre que perdre n’est pas la fin du monde. On y apprend à gagner ou perdre ensemble, à s’organiser à plusieurs, à soutenir l’autre dans ses difficultés, etc.

Loïc, papa d’un garçon : « Arthur (7 ans) ne supporte pas de perdre ! Ça le rend fou et il est prêt à tous les stratagèmes pour gagner. Si, malgré tout, il se fait battre par ses copains de jeu, il s’énerve et menace d’arrêter de jouer. C’est triste parce que, du coup, plus personne ne veut jouer avec lui. »

« Mon fils, 9 ans, joue d’abord pour tricher. Dois-je le laisser faire ? »

D’emblée, Jean Epstein tient à relativiser et à mettre en garde : « Face à une attitude négative, quelle que qu’elle soit, le risque, pour un parent, est d’identifier l’enfant à ses comportements. Un enfant qui triche n’est pas un tricheur. Simplement, il triche à un moment donné. Sinon, on enferme l’enfant dans une image négative. »

Tricher : permis, pas permis

Sans être dans la tolérance zéro, il ne défend pas pour autant une tolérance absolue, mais une attitude éducative : « La meilleure façon de réduire une tendance à la tricherie consiste à lui faire comprendre que tricher ne se fait pas et à lui apprendre que ce n’est pas grave de perdre. Cet apprentissage sera plus ou moins long selon les enfants. Il y a des gens qui n’accepteront jamais de perdre, même adultes. C’est d’autant plus prégnant dans une société de compétition, y compris chez les enfants, où il faut toujours gagner, être le meilleur. Accepter de perdre devient d’autant plus difficile. » Et il ajoute, sans rire : « On a même un ministre en France qui s’est fait prendre à tricher. »
Derrière une activité qui peut paraître aussi anodine que le jeu, s’articule par exemple l’apprentissage des règles et permet un autre apprentissage, essentiel : celui de la vie en société.
« Dans mes animations, constate Thibaut Quintens, il y a beaucoup de joueurs qui trichent, adultes compris. C’est vers 7, 8 ans que l’on entre davantage dans des jeux à règles, avec des mécanismes, des réflexions anticipées. Avant cet âge, la tricherie est à mon avis plus inconsciente. Pour moi, c’est tout à fait normal que l’on essaie de tricher face à une règle, mais je ne laisse pas tricher. Tricher peut aussi amener à revoir la règle, mais à condition d’y travailler ensemble. Je trouve qu’il ne faut pas blâmer ou terroriser l’enfant parce qu’il a triché. L’enfant cherche ses limites et le jeu permet de les tester, sans risques. »

Clara, 16 ans: « Quand j’étais petite, il m’arrivait de tricher pour gagner. Un jour, j’avais 13 ans, j’étais en train de jouer au Roi des Nains avec des copines de l’athénée. Mon père est rentré du boulot et leur a dit : ‘Faites gaffe, c’est une tricheuse !’. Je n’ai jamais été autant gênée et, encore aujourd’hui, je suis triste. »

« Ma fille de 5 ans ne comprend absolument rien aux règles. Doit-on s’en inquiéter ? »

Désarroi d’un père face au marché du jouet. Parti pour des emplettes ludiques, il découvre l’effet de masse, la quantité ahurissante de modèles, la marchandisation du secteur, à grands renforts de pubs. Le jouet n’est plus un objet confidentiel. Il a envahi les rayonnages comme n’importe quel autre produit. Des grandes surfaces spécialisées, véritables cavernes d’Ali Baba, lui sont consacrées. S’il est des vendeurs et des artisans consciencieux, soucieux de comprendre ce qui conviendra à votre enfant et généreux en conseils, des fabricants et des marchands voudraient kidnapper notre liberté de choix, influencer notre décision… au prix fort.

L’âge : une indication

Thibaut Quintens reconnaît le malaise : « Sur la question des âges, je galère complètement. Certains fabricants tirent large vers le bas, pour des raisons de marketing. Cela ne rend service à personne. L’âge doit rester une indication, en sachant que chaque enfant est différent. Chaque jeu devrait être choisi en fonction du développement de l’enfant. Aujourd’hui, on parle de 12+ ou 14+ pour des gros jeux de stratégie auxquels je ne joue pas moi-même. À 14 ans, on est considéré comme adulte ludiquement. Du coup, je relativise beaucoup cette question des âges. »
Jean Epstein est plus catégorique : « Je trouve absurdes les âges indiqués sur les boîtes de jouets. Les enfants de 4 ans qui aiment les jeux logiques vont réaliser des puzzles indiqués pour les + de 6 ans. S’attacher trop à l’âge pourrait aboutir à ce que des parents soient inutilement fiers si leur enfant de 2 ans réalise un jeu pour + de 4 ans ou, inversement, faire peur à ceux dont l’enfant joue à des jeux de bébé. »

Françoise, mère et belle-mère de cinq enfants : « Quand nous sommes tous ensemble, il m’arrive de simplifier les règles pour permettre aux plus jeunes de participer. Par exemple, je colle une gommette sur le 5 et le 6 du dé pour que mon gamin de 3 ans puisse jouer. Les aînés ne s’en plaignent pas. En fait, ce qui est gai, c’est d’être tous ensemble et de rigoler un bon coup. »

« Est-ce idiot d’offrir un jeu de société à mon ado de 15 ans ? »

Souvent, il est vrai que les dossiers ou articles consacrés au jeu se centrent essentiellement sur les enfants et se désintéressent progressivement de l’adolescent. Pourtant, la vie le montre, il n’y a pas d’âge pour jouer.

Pas en secondaire

Dans le même ordre d’idée, il est étonnant que le jeu ait sa place à l’école maternelle et disparaisse progressivement en primaire, et surtout en secondaire (où, quand il est présent, c’est sous l’intitulé de… sport cérébral), alors que beaucoup d’apprentissages, y compris scolaires, peuvent se faire à travers le plaisir du jeu.
« Dans les ludothèques, trop souvent, il y a essentiellement des jouets pour jeunes enfants, constate Jean Epstein, peu pour les adolescents qui sont pourtant tout aussi concernés par le jeu. Ils ont leurs jeux grâce aux écrans qu’il ne faut pas diaboliser pour peu qu’ils n’y soient pas scotchés toute la journée. La difficulté avec l’ado, dont on dit à tort qu’il n’est ni bébé, ni adulte, c’est qu’il est précisément les deux. Il peut se réveiller un jour adulte et se coucher un soir bébé. »
Et notre expert de conclure : « Le jeu aurait tout à fait sa place en secondaire, mais on a tendance à penser qu’il est inutile, que c’est du temps perdu, que ce n’est pas rentable, un peu comme les activités artistiques. »

L’ado exigeant

Au début de sa carrière « ludique », alors qu’il travaille à l’asbl Empreintes, Thibaut Quintens a créé un premier jeu de sensibilisation aux enjeux de la mobilité, Optimove. « Pour des ados et rien que pour des ados. C’est dire si je crois que le jeu les concerne tout autant. Il y a dans l’inconscient collectif l’idée que le jeu n’est que pour les enfants, mais est-ce si inconscient ? L’adolescent est plus difficilement perceptible, on a du mal à cerner vers quoi le diriger, car il est dans un âge de recherche et, du coup, on s’intéresse moins à lui. On laisse aussi davantage l’adolescent faire ses propres choix, s’ouvrir à d’autres choses que l’univers familial. Alors que l’enfant a tendance à jouer spontanément, quel que soit le jeu, l’adolescent se montre plus exigeant et les parents n’ont pas nécessairement les armes pour répondre à cette exigence. Par contre, je fais des soirées ‘familles-jeux’ où il y a des ados. Parce que jouer est aussi une tradition familiale. Ma conviction est qu’un ado ne jouera pas volontiers s’il n’a pas beaucoup joué enfant, sauf peut-être pour les jeux vidéo. Comme adolescent, j’ai beaucoup joué à des jeux de rôle, comme les Warhammers. J’y passais des nuits avec des amis, en dehors de mon cercle familial. Il y avait des règles, des interactions, une histoire, des scénarios, un imaginaire, etc. Lors du dernier salon Creativa, il y avait une section MIA (Made in Asia) où il n’y avait que des adolescents, passionnés notamment par la culture manga. Ils sont passionnés parce que c’est un univers qui leur appartient. »

Steve, 15 ans : « Je ne suis absolument pas d’accord avec l’idée que les ados ne jouent plus autant. Tous les week-ends, je vais chez les scouts et on n’arrête pas de jouer. Il y a un mois, nous avons fait un géocaching, une chasse au trésor à partir de coordonnées GPS. C’est génial ! Quand il pleut, on sort les cartes de Loup Garou ou des cartes normales pour un poker… »

« Ma gamine se plaint que son papa ne joue jamais avec elle. Que lui répondre ? »

Le jeu, c’est du plaisir partagé, et il concerne tous les âges, y compris les adultes.

Pied d’égalité

« Par contre, précise Jean Epstein, chacun y trouve des plaisirs différents. Certains adorent jouer avec leur enfant à des jeux pour enfants. Pour d’autres, ça leur casse les pieds et ils ne le feront pas. C’est respectable. Par contre, je leur conseillerais de ne pas hésiter à partager ce qu’ils aiment. Peut-être qu’ils aiment écouter de la musique, préparer un repas, se promener en forêt… Qu’ils emmènent leur enfant dans leurs propres plaisirs. Il y a plusieurs façons de jouer avec les enfants. »
Thibaut Quintens rencontre régulièrement des parents qui lui disent : « Je dois jouer, mais je n’accroche pas. Je m’ennuie vite ». Sa réponse : « Je n’ai pas de conseils à donner aux adultes, si ce n’est : ‘Soyez vous-mêmes, laissez-vous prendre au jeu, surprendre’. Beaucoup ont une image infantile du jeu. Je vis des choses incroyables autour du jeu avec des adultes. Ce sont des moments magiques où les enfants découvrent leur parent sous un autre jour et vice versa. Le jeu ouvre un espace sur pied d’égalité. Le jeu nous sort de certains rôles. Mais on ne peut pas forcer quelqu’un à jouer, un enfant, comme un papa. Par contre, on peut intégrer la personne réticente en réfléchissant à ses centres d’intérêt, à sa sensibilité… Est-elle plutôt jeux de lettres, de créativité ou de théâtralisation, par exemple ? Il faut aller chercher les gens là où ils sont, partir du connu pour les amener vers l’inconnu. Surtout les adultes, avec lesquels c’est toujours un peu plus compliqué. Il y a une méconnaissance de l’infinie variété de ce qui existe. »
Aussi les invite-t-il à choisir des jeux avec lesquels ils se sentent d’abord bien eux-mêmes. « Il y en a tellement, il y a les ludothèques qui permettent de les découvrir et de les tester. Tout le monde peut y trouver un jeu qui lui correspond. Si les parents ne sont pas ‘dans le jeu’, les enfants le sentent. »

Yasmina, maman de deux enfants : « Yacine nous sollicite toujours pour que nous jouions avec lui. Il a toujours été comme ça, contrairement à sa cadette qui peut jouer dans son coin pendant des heures sans que nous l'entendions. J'aime l'idée qu'un enfant s'ennuie parfois, en faisant travailler son imaginaire, je pense que ça le rend créatif. »

Michel Torrekens

Lu pour vous

Jeux et livres : deux alliés

Pour aborder un thème comme la tricherie et autres supercheries, quelques livres jeunesse sont d’excellents points de départ :

  • Sophie et les petites salades, d’Ilya Green, Didier Jeunesse.
  • Plouf, de Corentin, L’École des Loisirs.
  • Anne Fine, Journal d’un chat assassin, L’École des Loisirs.
  • Ce que Karine savait, d’Annalena McAfee et Anthony Browne, Albums Jeunesse Flammarion.
  • Le chou frisé, de Jennifer Dalrymple, L’École des Loisirs.

Nos experts

Jean Epstein : ce psychosociologue français de renommée internationale a notamment travaillé avec Françoise Dolto. Il a écrit de nombreux ouvrages dont Nous sommes des parents formidables (éditions Flammarion) ou Le jeu enjeu (éditions Dunod). Depuis 1974, il réfléchit à la construction des repères chez l’enfant, avec le jeu comme « outil central ».

Thibaut Quintens : formé en communication, il se définit comme un « voya-joueur », un « réenchanteur ludique ». Sa passion du jeu passe par de nombreux voyages où il part à la rencontre d’autres cultures, le sac à dos chargé de jeux, mais aussi par l’animation, la formation, la consultance, la création de jeux de société.

Sans oublier la dizaine, pour ne pas dire la centaine d’articles publiés sur le sujet par le Ligueur qui lui consacre des numéros spéciaux depuis une trentaine d’années.

Bonne idée !

La ludothèque participative

Les jeux de société coopératifs (dès 2 ans) favorisent l’entraide, la collaboration, le respect de l’autre. Le but du jeu est commun et c’est tous ensemble que les participants vont pouvoir atteindre leur but. La section Éducation à la Paix de l’asbl De Bouche à Oreille s’est spécialisée dans la coopération par le jeu. Elle a décidé d’ouvrir à Thimister une nouvelle ludothèque participative, pour laquelle elle recherche des volontaires.
À noter que la Ligue des familles a créé un club de joueurs-testeurs-découvreurs de jeux de société à Aubel. Rendez-vous un vendredi tous les deux mois, à 20h (Prochaines dates : 31 mai et 20 septembre).
Info : 087/44 65 05 - anneclaire.baoj@gmail.com

Coup de pouce

En bref

Les dix droits du joueur

Inspirés des dix droits du lecteur imaginés par Daniel Pennac, voici les dix droits du joueur que le Ligueur a mitonnés pour vous :

  1. Le droit de ne pas jouer
  2. Le droit de jouer avec les règles
  3. Le droit de ne pas finir un jeu
  4. Le droit de reprendre un jouet de son enfance
  5. Le droit de jouer à n’importe quoi.
  6. Le droit de se croire le maître du jeu
  7. Le droit de jouer n’importe où
  8. Le droit de sauter d’un jeu à l’autre (et de… ranger ses jouets !)
  9. Le droit de jouer avec ses pieds
  10. Le droit de s’ennuyer

Ces dix droits se résument en UN seul devoir : « Ne vous moquez jamais de ceux qui ne jouent pas, si vous voulez qu’ils jouent un jour. »

Testé pour vous

Des musées pour raconter à votre enfant…

  • À Bruxelles : rue de l'Association, 24 à 1000 Bruxelles.
  • À Malines : Nekkerspoelstraat, 21 à 2800 Mechelen.
  • À Ferrières : rue de Lognoul, 6 à 4190 Ferrières.
Sur le même sujet
 
 

Jouer… imiter, construire, devenir adroit

À parents jouettes, enfants chouettes ! C’est le défi que nous vous lançons alors que le tourbillon de la vie et ses responsabilités journalières vous entraînent loin de ce qui a fait votre quotidien à tous : le jeu. C’est lui (pas tout seul, bien sûr, mais pour une grande part) qui a fait le parent que vous êtes. C’est lui qui fait grandir votre enfant pour le mener à l’âge adulte.

 
 

Silence, il joue !

Votre petit de 18 mois répète dix fois, cent fois la même action, sans oublier de vous interpeller à chaque fois pour que vous fassiez ce qu’il semble réclamer. Une fois, ça va. Mais dix fois, cent fois… Vous voilà agacé ! Ce n’était pourtant pas son intention. Lui, il veut seulement jouer…