Vie de parent

Le jeu vidéo contre les stéréotypes

Tout est né d’un sentiment de révolte : celui de deux amis, Roland de Bodt, chercheur et écrivain, et Jacques Remacle, fondateur de l'asbl Arts&Publics, en entendant nos députés européens affirmer que la Méditerranée est la frontière naturelle de l'Europe. C’est ainsi que Rives d'Europe a vu le jour : un projet qui veut s’atteler à déconstruire le mythe du choc des civilisations par l'intermédiaire des jeux vidéo. Rencontre avec ses concepteurs.

Le jeu vidéo contre les stéréotypes

« Il était indispensable de rétablir une vérité historique : la construction de l'Europe est le fruit des échanges autour de ses rives et le sud de la Méditerranée en est une part essentielle », explique avec fougue Roland de Bodt. Autrement dit, nous partageons une histoire commune et l’étranger est beaucoup moins différent que nous l’imaginons.

Le jeu vidéo au service de la vérité

Soucieux de briser une vision qui favorise la croyance en deux mondes radicalement différents et - par extension - incompatibles, les deux amis ont réfléchi au moyen de déconstruire ce mythe des civilisations ennemies. Le jeu vidéo s'est révélé être le médium parfait pour faire ce travail et cela, pour deux raisons.
D'une part, il charrie très souvent cette caricature qui voudrait que les civilisations soient étrangères l'une à l'autre et en conflit permanent. Particulièrement dans les jeux de guerre, dont on sait qu'ils sont souvent travaillés en sous-main par l'armée elle-même. Vu l'influence de ce média, le monde du jeu vidéo offre de nombreux titres méritant que l'on y pose un regard critique.
D'autre part, le jeu vidéo est un outil formidable de création. Avec peu de moyens, il est possible de développer des mini-jeux qui peuvent faire réfléchir. De plus, sa spécificité est de susciter chez le joueur une activité que n'exigent pas tous les autres médias : résoudre des problèmes, contourner les règles, réviser des points de vue… autant de caractéristiques qui font du jeu vidéo un moyen extraordinaire pour promouvoir un regard alternatif.

Des mini-jeux à tester

Fort de ce constat, nos deux amis ont donc initié la création de mini-jeux vidéo consacrés au dialogue des cultures. Un appel a été lancé aux personnes individuelles comme aux associations et un large panel constitué pour l’essentiel d’amateurs de jeux a donc travaillé à ce projet ambitieux. Leur production désormais achevée, elle sera présentée à PointCulture Bruxelles centre, ce vendredi 9 décembre à partir de 18h.
Durant cette soirée intitulée The Final Clash : droits de l'homme, jeux vidéo, choc des civilisations, les mini-jeux fraîchement créés seront présentés et pourront être testés.
L'occasion pour les parents, les enseignants et même les ados de découvrir le jeu vidéo avec un regard nouveau et d’en découvrir la puissance créative et critique, tout en s'enrichissant d'une réflexion sur une thématique plus que jamais d'actualité. Un projet que le Ligueur ne manquera pas de suivre.

Ignacio Suarez

En savoir +

Sur le même sujet

Le jeu vidéo, une activité très sérieuse

Malgré sa position économique dominante sur le marché culturel (le Consumer Electronic Show battait son plein début de cette année à Las Vegas), le jeu vidéo peine à être reconnu comme une activité porteuse de sens. Comment expliquer la méfiance, voire le rejet qu’il suscite ? Dans un monde où le virtuel se fait toujours plus présent, n'est-il pas devenu incontournable ? Le Ligueur est parti enquêter sur ce média encore mal connu avec Pierre-Yves Hurel, chercheur à l'ULg sur les jeux vidéo.

 

« Il faut différencier les joueurs passionnés des joueurs pathologiques »

En général, un ado accro aux jeux vidéo inquiète. Surtout s’il passe des nuits entières devant son écran, si ses notes chutent à l’école et s’il ne sort quasi plus…. L’addiction aux jeux vidéo est un problème de santé publique. Mais, heureusement, tous les ados ne sont pas addicts et certains grandissent d’ailleurs en partie grâce à eux. Le psychiatre Serge Tisseron décode ce lien que l’ado tisse avec ses manettes.