Vie de parent

"Le jeune Ahmed" : fanatique retour en salles pour les frères Dardenne

Caméra intime sur question d'actualité: en lice pour une troisième palme à Cannes, la dernière production des frères Dardenne sort enfin en salles. Le jeune Ahmed, c'est l’histoire d’un garçon de 13 ans qui bascule dans le fanatisme religieux, tiraillé entre la vie et les idéaux de pureté de son imam. Intense et combative dans le rôle de la prof, on rencontre Myriem Akheddiou, qui ne lâche rien. Ni sur le plateau, encore moins dans la vie !

 "Le jeune Ahmed" : fanatique retour en salles pour les frères Dardenne

Donner au corps au rôle

"Tout se joue dans la relation, elle le connaît depuis qu'il est tout petit. C'est surtout son rapport avec le jeune Ahmed qui donne cette combativité à madame Inès, l’obstination pour aller le chercher, le sortir de là. J’ai dû m’inventer cette ténacité. J’ai eu besoin d’étoffer, d’explorer, d’imaginer pour bien sentir l’enjeu, comprendre pourquoi cet enfant est particulièrement important à mes yeux."

Apprivoiser Idir, le jeune acteur

"L’atmosphère de travail était agréable. Elle s’est instaurée sur un mode taquin. Un peu de provocation, des vannes. Idir a beaucoup d’humour, il aime bien tackler un peu. En fait, le rapport des personnages s’est insinué dans nos vrais échanges sur le plateau. Cela a nourri notre rapport de jeu : je devais parfois faire preuve d’un peu d’autorité, je l’ai un peu recadré aussi."

Les adultes disqualifiés

"C’est vrai, le jeune Ahmed est sourd aux adultes qui veulent l’aider. Il les a disqualifiés. C’est assez fascinant, c’est une constante des personnages chez les Dardenne : ils sont dans une lutte pour sortir de quelque chose, obtenir quelque chose, de manière tellement obstinée et acharnée que cela les rend aveugles et sourds à l’extérieur. Dans une espèce d’élan vital façon rouleau compresseur qui les poussent vers l’avant, malgré les mises en garde, les rappels du monde autour. C’est difficile d’intervenir, d’interférer pour un parent."

Entre humain et politique

"J’ai lu le scénario de manière moins politique. Mes questionnements sont dirigés vers l’humain : notre vulnérabilité et la potentialité de bascule, qui est toujours si proche. Le propos des frères n’est pas de faire de la psychologie, mais moi, ce qui m’a le plus frappée, ce sont les failles, particulièrement à cet âge où l’on est vulnérable, cette période de trous identitaires. Pour moi, Ahmed se construit sans figure paternelle : il  cherche à combler ce vide. Il cherche, et il trouve ce qui est disponible à ce moment-là, c’est une question de timing. C’est ça qui est vertigineux, qui peut angoisser."

Les femmes dans le cinéma 

"Je viens du théâtre, et personnellement, je suis à un âge ou les rôles féminins se raréfient dans le répertoire. Malheureusement la question du physique continue à peser : l’image reste mise en avant pour nous. Dans le dernier scénario que j’ai reçu, tous les personnages masculins ont la cinquantaine et les personnages féminins, épouses ou maîtresses, sont systématiquement plus jeunes. Et comme si cela ne suffisait pas, à chaque fois qu’on les introduit dans le scénario, elles sont décrites comme étant « très belles, très jolies», systématiquement en bikini ou seins nus ! Jamais on ne fait de description physique de l’homme. Le travail d’éducation, de fond, doit se poursuivre, plus que jamais. Mais je constate que les choses évoluent quand même. En France notamment, on raconte enfin un peu plus d’histoires écrites sur mesure pour des actrices emblématiques, cela fait émerger des histoires de femmes mûres. C’est encourageant et porteur d’espoir.

Jeune maman, quel héritage pour votre enfant ?

Cette question me taraude quotidiennement ! Quelles bases, quels appuis suffisamment solide transmettre en mettant un enfant ‘au monde’, pour qu’il puisse tenir debout, avancer, qu’il ne bascule pas comme dans le film ? Je pense qu’on transmet ce que l’on est, juste en existant devant eux. C’est énorme, déjà, finalement, c’est simple, aussi. Le reste, c’est de l’éducation. J’aime partager cette phrase de Jim Henson : « Les enfants ne se rappellent pas ce que vous essayez de leur enseigner. Ils se rappellent ce que vous êtes ». Alors... soyons !

Aya Kasasa - Photos: ©Christine Plenus

 

Zoom

Jean-Pierre et Luc Dardenne présenteront en personne "Le Jeune Ahmed". Pour découvrir et débattre, réservez vos places dans le cinéma de votre choix :
► Bruxelles : 24 mai à 19h30 au Cinéma Palace
► Liège : 27 mai à 20h00 au Cinéma Sauvenière
► Mons : 28 mai à 20h00 au Cinéma Plaza-Art
► Charleroi : 29 mai à 20h00 au Cinéma Quai 10/Côté Parc
► Namur : 29 mai à 20h00 au Cinéma Caméo
► Waterloo : 3 juin à 19h30 au Cinéma Wellington
► Waremme : 6 juin à 20h30 au Cinéma Les Variétés

Aller + loin

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► Et si mon ado était en proie au radicalisme?
Dans l'ouvrage "L'islam des jeunes en Belgique", Morgane Devries et Altay Manço répond à cette question qui inquiète certains parents. En pleine construction identitaire, il se forge ses propres opinions. "Les idées radicales en soi ne sont pas dangeureuses" disent les auteurs, il est normal pour un ado de vivre des phases d'intensité, d'idéalisation de la foi ou d'un mouvement idéologique. Cela ne devient véritabelement inquiétant que s'il se replie trop sur lui-même et carrément dangereux quand les idées radicales se traduisent en actions illégales, violentes ou empiètent sur la liberté d'autrui. Le livre publié aux éditions l'Harmattan vous rassure avec des pistes concrètes d'action. Pour vos enfants de 12 ans et plus.

► Une quête et une dérive: le Ligueur a aimé!
Boucles serrées, petites lunettes, Ahmed est un garçon de 13 ans. Comme tous les jeunes de son âge, il passe ses journées à l’école. Comme beaucoup d’enfants de son âge, il y fait ses devoirs avant de rentrer à la maison, rejoindre sa mère, son frère et sa sœur. Il est à l’âge des découvertes, il est à l’âge des tourbillons. Comme la plupart des ados de son âge, il est en quête d’absolu, de justice et de vérité, il cherche une voie, un moyen de s’accomplir, de sublimer un quotidien un peu ennuyeux, des journées qui n’en finissent pas. Ailleurs, c’est mieux. Ailleurs, c’est héroïque. Comme le cousin parti combattre dont il conserve, cachée, une photo, élevé au rang de héros par un jeune imam charismatique. Un homme qui va s’immiscer petit à petit dans le cœur du jeune Ahmed, semant dans ce terreau vierge et fertile les semences de la haine, déguisées en avenir radieux.
Alors qu’il opère sa mue d’adolescent, il pense trouver des réponses. Il s’en prend aux femmes, il s’en prend à sa mère, qu’il critique et dénigre, il s’en prend à tous ceux qui sont impurs : les apostats. Obstiné, il s’en prend à sa prof, madame Inès, qui propose, avec l’instruction, une autre voie d’émancipation, une autre forme d’initiation.
Ahmed s’enferme, s’offre tout entier à la manipulation, au bourrage de crâne. Il est un souffle, un courant d’air, toujours à s’échapper de, toujours à courir vers, loin de la mère et des femmes, vers le temps de la mosquée, des prières et des ablutions. Vers la folie meurtrière, vers l’implacable. Tant pis si c’est fatal, tant mieux si c’est grave. Va-t-il en sortir ?

Actuellement en salles. Avec Idir Ben Addi, Olivier Bonnaud, Myriem Akheddiou, Victoria Bluck, Claire Bodson et Othmane Moumem.

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