Vie de parent

Le papa vu par sa femme

Le papa vu par sa femme - Thinkstock

« C’est lui qui tranche »

C'est clairement Bruno qui détient l’autorité au sein de notre foyer et nos enfants perçoivent leur père comme le décideur. Je l’accepte, parce que, pour moi, prendre les décisions n’est pas important. Ce qui m’importe, c'est que l'on soit d'accord et pour cela, je peux faire certaines concessions qui viennent naturellement en discutant. J'aime consulter mon mari avant de prendre une décision, afin d'être sûre et de ne pas avoir à changer d'avis après coup, ce qui n'est gai ni pour les enfants, ni pour nous en tant que parents. Dialoguer m'aide et me conforte dans l'idée que nos décisions sont prises de manière réfléchie, avec suffisamment d'ouverture d'esprit. Bruno, quant à lui, est très conséquent dans ses choix et essaie de faire passer beaucoup par l'humour. Parfois, si cela va trop loin, il peut être très carré dans certains de ses propos. Même si je comprends pourquoi, je n’apprécie pas toujours cette position, car elle crée des tensions. Carine, maman de Lucas, 17 ans, et Clara, 14 ans

« Chéri, prends les devants ! »

J’aimerais que mon mari prenne un peu plus les devants par rapport à nos fils. Il est disponible, mais sur demande. Or, nos ados ne vont pas spontanément aller vers lui. Je souhaiterais qu’il leur tende parfois une perche. Je le voudrais aussi moins anxieux, qu’il leur fasse un peu plus confiance, notamment quand ils souhaitent partir en voyage. Globalement, j’ai tendance à les pousser, mais leur père est très inquiet, surtout par rapport à leurs sorties. Trop rigide, tout en étant surprotecteur. Au quotidien, il est aussi moins complice affectueusement parlant… même si c’est un papa poule. Aline, maman de deux garçons de 19 et 17 ans

« Notre fille l’envoie sur les roses ! »

Mon mari a été jusqu'à présent un papa poule. Depuis l'adolescence de ma fille, il l'est beaucoup moins. Cela est dû au fait que notre fille le repousse. Par conséquent, il est moins présent et me laisse le monopole des décisions, qu'elles soient pour l'école ou pour les sanctions. Il soutient mes punitions (GSM confisqué, plus d'internet...) et nous discutons des raisons par la suite. Du coup, je me sens souvent bien seule pour gérer une ado en crise et son petit frère. Leila, maman de Capucine, 16 ans, et Louis, 9 ans

« Pourvoyeur de cadeaux, c’est tout ! »

Je me suis séparée du père de mes filles quand elles avaient 5 et 7 ans. À l’époque, elles allaient chez lui un week-end sur deux, parfois plus. Il a toujours été un père absent et ça n’a pas changé à l’adolescence. Il compensait son manque de présence, d’investissement émotionnel et financier en les couvrant de cadeaux onéreux. Tout le contraire de ce que j’attendais de lui. Je ne peux pas dire qu’elles n’ont pas eu de père, parce qu’il était présent, mais pas comme je l’aurais souhaité. Mes filles ont eu tendance à prendre sa défense parce qu’il se faisait passer pour une victime. Encore aujourd’hui, je ne vois pas l’intérêt de ternir son image en leur expliquant quel père il a été à mes yeux. Laure, maman d’Estelle, 20 ans, et Laura, 18 ans

« J’aimerais qu’il soit plus affectueux avec elles »

Quand Léa est née, Grégoire a eu du mal à trouver sa place, peut-être parce que je ne lui en laissais pas beaucoup. Léa le rejetait. Leur complicité a commencé quatre ou cinq ans plus tard, quand le soir, pour l’endormir, il a commencé à lui raconter des histoires qu’il inventait. Aujourd’hui, c’est un papa ‘moderne’, très soucieux du bonheur de ses filles, de leur éducation mais qui préfèrera aller leur chercher des pizzas plutôt que de leur cuisiner des petits plats. Il travaille beaucoup et aime avoir des moments ‘pour lui’. Ce qui ne l’empêche pas de leur consacrer du temps. Résultat : elles sont plus autonomes quand elles sont avec lui qu’avec moi... Elle s’adresse à moi pour les sujets sensibles, les questions affectives. Grégoire est aussi dans le dialogue, mais il est plus tranché dans ses propos, moi j’essaie plutôt d’arrondir les angles. Laurence, maman de Léa, 12 ans, et Manon, 6 ans

« Il est devenu père lors de la séparation »

Mon mari m’a quittée quand mes filles avaient 14 et 12 ans. À l’époque, il n’était pas du tout investi pour ses enfants. Il n’a vraiment pris son rôle de père que lorsqu’il en a eu la garde la moitié du temps. Nous nous entendions bien et, au départ, je lui ai imposé de prendre ses responsabilités par rapport aux problèmes des filles. Dès qu’il y avait des conflits, nous nous voyions pour en discuter. C’était très difficile avec mon aînée, qui n’a plus voulu voir son père pendant un certain temps ; elle a fait une longue crise d’adolescence. Elle lui reprochait de s’emporter trop facilement, d’être têtu, de ne pas lui faire confiance. La relation se passait mal, il y avait une incompatibilité d’humeur. J’en ai beaucoup souffert. L’absence de père était difficile à supporter au quotidien. Même si je pouvais l’appeler en cas de coup dur… Les filles ont profité de la situation, me menaçaient d’aller chez leur père à la première contrariété. Lorsque nous nous concertions, il avait un discours autoritaire, mais dès qu’il était face à elles, il ne l’était plus du tout. Laurence, maman de Leila, 24 ans, Capucine, 22 ans et Théo, 12 ans

« Il n’est pas très présent mais ça me convient ! »

Paul est un père qui travaille beaucoup. Il n’est donc pas très présent, mais il essaie quand même d’avoir des petits moments avec Victoria (il va notamment la chercher à son cours de danse). Le fait qu’il ne soit pas très présent ne me dérange pas, car j’aime prendre en charge ce qui concerne les enfants. Au niveau de l’autorité, Paul ne réagit que lorsqu’il sent que je suis à bout. Cela fonctionne souvent très bien : comme il est rarement là, quand il intervient, ça fait son effet ! Moi, j’ai connu le même style de père dans mon enfance : un père absent la semaine, mais présent le week-end et qui nous suivait dans nos activités sportives. Je n’ai donc pas envie qu’il change ! Mélanie, maman de Victoria, 12 ans, Achille, 10 ans, et Alexandre, 4 ans

« Je ne changerais d’homme pour rien au monde ! »

Peter est un père aimant, présent, disponible. Il n’est pas parfait, mais qui l’est ? Il peut y avoir des désaccords parfois, mais ça fait aussi partie de l’éducation. À partir du moment où elles sont expliquées et explicables, les tensions font partie des éléments qui permettront à Tilia de continuer à se construire, avec son identité et sa personnalité propres. Globalement, sa relation avec son père est très bonne. J'imagine qu'elle doit parfois le trouver embêtant parce qu'il fait des bêtes blagues (mais au fond, elle aime ça) et parce qu'il la taquine par rapport aux garçons… J'ai une chance énorme de l'avoir comme mari et comme père d'une fille aussi formidable et adorable que ma Tilia. Séco, maman de Tilia, 16 ans

 « Ils se refilent la patate chaude ! »

Je n'ai pas l'impression d'avoir un rôle ingrat, même si j'aimerais bien que le partage des tâches ménagères soit un peu plus équitable. Vis-à-vis de ma fille, c'est important de lui faire comprendre, jour après jour, que le fait de grandir n'implique pas seulement plus de droits, mais aussi plus de devoirs… entre autres participer aux activités du quotidien. Ce qui n'est pas toujours le plus amusant ! Je fais les courses et les repas et il lui incombe à elle et à son père de s'organiser pour mettre et débarrasser la table, faire la vaisselle. C'est parfois drôle de voir comment ils essaient de faire faire les choses à l'autre et de se débiner. Ils se ressemblent tellement ! Séverine, maman de Tania, 16 ans

Stéphanie Grofils et Caroline Van Nespen

EN BREF

Révolu, le temps de la mère au foyer et du père autoritaire ? Aujourd’hui, bien souvent, les deux parents travaillent et les tâches ont dû être redistribuées. Enfin, en théorie. Parce que, dans la pratique, on se rend bien compte que les mères - en tout cas, celles que nous avons rencontrées - sont encore et toujours celles qui se coltinent une bonne part des tâches domestiques.
Pas étonnant, dès lors, qu’elles demandent à souffler un peu et sont (presque toujours) heureuses que le père assure sur de nombreux fronts, y compris celui de l’autorité. Certes, elles les aimeraient plus tendres tout en étant fermes, plus présents sans être trop intrusifs. Bref, des complices respectés de leurs adorables enfants. Mais comme la perfection n’est pas de ce monde, on peut conclure, après ces quelques rencontres avec les mères, que tout baigne - ou presque - dans les chaumières !

ZOOM

Et la maman solo ?

Pas facile d’assumer tous les rôles ! Et encore moins au moment de l’adolescence, où le jeune est en recherche de repères. Lorsque le contact avec le père est rompu ou quasiment inexistant, elle a tout intérêt à faire appel à une personne extérieure en qui l’ado a confiance (parrain, oncle, grand-père, ami…). Car, pour bien grandir, les enfants doivent pouvoir s’identifier à des modèles féminins et… masculins, ce qui est différent d’une identification au père et à la mère. Quant aux papas, même absents ou distants, ils continuent d’exister dans la tête de leurs enfants. La figure masculine, même lorsqu’elle prend les traits d’un beau-père, ne peut remplacer le papa.

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