Vie de parent

Le parent au jour le jour

Il existe tellement d’initiatives qui, une fois généralisées, pourraient soulager les parents. Un accueil de la petite enfance mieux adapté, un rythme de travail qui s’articule avec la réalité des parents, des petites innovations au sein même de l’entreprise qui permettraient de gagner du temps, une organisation parentale compatible avec la cadence effrénée de notre société. Impossible ? Voyons voir de plus près.

Le parent au jour le jour

« Ce serait super que les instances politiques pèsent pour que les entreprises facilitent notre vie de parent »

On en est où ?
Quels sont les petits gestes au travail qui pourraient faciliter la vie des parents ? Voilà une question qui mobilise pas mal de nos lectrices et lecteurs. Par exemple, à l’occasion d’un colloque Ligue des familles, des responsables des ressources humaines de grands groupes sont venus nous parler des espaces qu’ils avaient créés pour que les mamans puissent tirer leur lait et évitent ainsi de le faire aux toilettes, comme c’est encore trop souvent le cas. C’est un exemple. Des entreprises mettent des machines à laver à disposition des travailleuses et des travailleurs. Quelques-unes ont créé des crèches. D’autres organisent des garderies pendant les vacances. En un mot, les idées ne manquent pas. Voyons si cela trouve un écho politique.

Point programme : peut mieux faire

Ici, le Mouvement réformateur propose des titres-services pour la garde d’enfants, sous certaines conditions (par exemple, un minimum de 500 heures de travail prestées par an). Le MR se veut vigilant quant à la qualification et la formation des encadrant·e·s. Selon le parti, ce principe devrait permettre une alternative de bonne qualité aux parents qui ont des horaires tardifs, tout en créant de l’emploi dans le secteur de l’accueil.

Les humanistes pensent à différents niveaux de pression des parents. Les enfants, certes, mais aussi les seniors. Comment soulager le parent ? En généralisant le principe de (jeunes) aidants proches. Ceci favoriserait l’autonomie des publics cités plus haut. Concrètement, le parti a dégagé des moyens en vue d’améliorer les infrastructures de l’accueil et de l’hébergement de personnes en situation de handicap. De quoi éviter à bien des parents de courir.

Le parti crée un principe qui attire forcément notre attention au Ligueur : le « temps de parenté ». Concrètement ? C’est peut-être là où ça pêche… On comprend qu’il est question de renforcer la connaissance et les enjeux liés au soutien à la parentalité. De façon moins générique, l’idée est de faire régner l’égalité des femmes et des hommes dans la sphère privée et tout ce qui touche aux tâches ménagères et à l’éducation des enfants. Par quel biais ? Là, on n’en sait pas plus. À suivre, donc.

Dans ses 600 pages de programme, le PS n’est pas avare d’intentions à destination des familles. Moins en ce qui concerne les mesures concrètes pour généraliser des soutiens concrets sur les lieux de travail pour les parents. Notons tout de même les intentions particulières, en matière de disponibilité sur le marché de l’emploi, pour les parents des familles monoparentales. Et une certaine souplesse pour leur éviter de les exposer à des sanctions administratives.

« Une fois le boulot terminé, on a le sentiment qu’une deuxième journée de travail commence à la maison »

On en est où ?
Autre point qui fait toute la différence : les espaces ou idées pour soulager les familles et leur permettre d’articuler cadence infernale avec bien-être familial. Équation impossible ? Non ! Il existe tout un tas de structures qui se chargent de ramassage scolaire, d’aide aux devoirs, de parrainage, etc. Hélas, ces précieux appuis pour beaucoup de familles ne semblent pas trouver écho dans les préoccupations des partis…

Point programme : butine, mais n’a pas fait son miel

À notre connaissance, le seul à se soucier du sort de l’après boulot. Avec un soutien indéfectible à l’École de devoirs et le soutien scolaire. Avec cette intention, le PS pense aux parents à la recherche de soutien aux études. Par la même, il renforce ainsi le dispositif existant pour assurer la réussite scolaire des enfants.
Autre effort du PS sur la grande absente des programmes : la mobilité parentale. Outre le télétravail, sur les lèvres de tous les partis, le PS insiste sur la très bonne initiative Rue des écoles. Les socialistes proposent ainsi d’endiguer concrètement les voitures aux abords des établissements et de rendre ces zones piétonnes ou cyclables l’espace d’un instant.

Excellente mesure pour le Parti des Travailleurs qui veut mettre nos petit·e·s aux fourneaux à l’école. Il y voit à juste titre un carrefour de pas mal d’enseignements : un aperçu sur une façon saine de s’alimenter à l’école, la vertu des apprentissages et scientifiques et aussi un partage des tâches une fois de retour à la maison. De plus, pour eux, l’échange culinaire international peut également favoriser les liens entre les élèves, les parents et l’équipe éducative. En sus, le parti plaide activement pour une réduction collective du temps de travail afin de réduire les inégalités de salaires entre les femmes et les hommes, donc de réduire la pression économique sur les mamans pour qu’elles cessent de tenir seules la barre du vaisseau familial.

« Un mercredi par mois, je pars plus tôt pour assurer les déplacements vers les activités de mes enfants et ceux d’autres parents. C’est possible uniquement parce que nous avons organisé un méga plan de ramassage-dépôt »

On en est où ?

Difficile et épuisant de courir sans cesse pour tout concilier. Certes le Ligueur rappelle qu’un peu de temps d’ennui ne pourrait nuire totalement à vos enfants. Mais, pour l’heure, les activités après l’école demeurent importantes. Pour assurer un extrascolaire serein, deux variables sont à considérer : aménager les horaires d’accueil et avoir accès à des activités de qualité à proximité et à un coût raisonnable. En effet, les partis regardent du côté du portefeuille.

Points programme : focus sur le coût

On parle tendance, celle de tendre vers la gratuité de l’accueil extra-scolaire, avec une mise en avant de la question de l’équité. Le parti propose aussi dans son programme la possibilité d’offrir une heure gratuite d’étude encadrée pour chaque élève : pas de casse-tête transport, tout se passe à l’école.

Les humains et le matériel : ici aussi, on parle budget. Le parti estime qu’il faudra, sous ces deux angles, augmenter le budget alloué au secteur de l’accueil extra-scolaire. On s’inquiète aussi de proposer des aménagements qui permettent aux parents d’avoir un accès plus souple aux milieux d’accueil, en s’intéressant aux mécanismes qui permettront plus de flexibilité des horaires.

 Faciliter la vie des parents, pour le PS, passe par l’adaptation du temps scolaire. Le PS s’engage à ce qu’il soit repensé pour y intégrer les devoirs et favoriser la participation à des activités sportives ou créatives, en rétablissant notamment l’offre de chèques-sport.

« Je travaille désormais à 4/5e, et j’en suis très satisfait. Ce qui serait absolument parfait, c’est que je puisse vraiment moduler selon les besoins »

On en est où ?
La plupart des parents s’accordent pour tenir la réduction du temps de travail comme étant une des meilleures solutions qui leur permettrait d’équilibrer leur quotidien. Mais sans que le niveau de leur salaire n’en pâtisse trop. Et que les formules soient les plus souples possibles. Sur le papier, les partis évoquent les formules légales de réduction du temps de travail. Dans la réalité, les parents s’arrangent comme ils le peuvent avec des employeurs plus ou moins compréhensifs.

Points programme : plutôt pour…dans la mesure du possible

 Traditionnellement, on y pense famille. Parmi les propositions avancées, les humanistes penchent pour la mise en œuvre du droit des travailleuses et des travailleurs de réduire leur temps de travail d’1/10e dans le cadre du congé parental et de rémunérer les cinq premiers jours de congé pour raisons impérieuses dès lors qu’ils sont pris pour s’occuper d’un enfant malade.

L’essentiel, c’est de pouvoir accomplir ses tâches. Et quand la profession ou le secteur le permettent, les réformateurs sont pour. Pour la mise en place d’incitants pour le télétravail structurel. Pour les horaires flottants. Pour la semaine modulable…

 

Aya Kasasa et Yves-Marie Vilain-Lepage

L’avis de l'expert

Pierre Verjans, politologue à l'Université de Liège

« Le parent n’est pas un angle pour les politiques »

Une logique de marché
À travers les exemples que vous donnez, je trouve que l’on comprend bien ce qui traverse l’esprit des organisateurs de programme. Par exemple, la solution des titres-services, c’est une logique de marché. La proposition aidants proches, une logique « care » comme disent les Anglais. C’est une vision très famille traditionnelle. Les partis sont bien dans leur rôle. Même dans la façon dont on répartit la contrainte du travail entre boulot et vie de famille. Ce qui me paraît clair, c’est que les partis politiques se comportent comme des gestionnaires de territoire. Il y a toujours cette idée de rendre la vie la plus simple possible pour les investisseurs, c’est au parent, à l’entreprise même, de s’adapter au capital. Et surtout pas l’inverse.

Les politiques sont extrêmement prudents
Autre point sur lequel j’aimerais revenir, c’est sur les petits coups de pouce de l’entreprise au parent. Vous citez les crèches d’entreprise notamment. Je pense que les politiques sont extrêmement prudents avec ce principe, car les délégations syndicales ne voient pas d’un bon œil l’émergence de ce dispositif. Elles considèrent que c’est une façon d’enchaîner le parent à son employeur. Pour les salles d’allaitement, idem, m’est avis que les partis politiques préféreront tabler sur la durée du congé d’allaitement plutôt que de tirer le lait en entreprise. Certains pourraient même imaginer des mi-temps d’allaitement.

Le parent ? Qui ça ?
Enfin sur la question de la mobilité parentale que vous évoquez brièvement, là aussi la manière la plus simple, ce serait de dire : « On ouvre les garderies très tôt et on les ferme très tard si on veut permettre aux parents qui viennent de loin de se déplacer de façon plus fluide ». Mais cela soulève d’autres problématiques. Celles du rythme de l’enfant. Celle des finances du pouvoir organisateur, etc. Toutes ces questions que vous soulevez soulignent à mon sens un point prépondérant : le parent n’est pas un angle pour les partis. Il l’est quand il est consommateur. Il l’est quand il est travailleur. Il l’est quand il est militant, éventuellement. Mais le parent en tant que tel n’intéresse pas vraiment nos décideurs.