3/5 ans

Le petit écran cantonne les 3-6 ans dans des rôles…

Les enfants de maternelle n’échappent malheureusement pas à la vision d’images violentes à la télé. Une situation, affirment les spécialistes, qui risque de les cantonner dans l’une des trois figures proposées par ces images : la victime, le bourreau ou le sauveur. Pour contrer ces effets pervers, le programme Yapaka de prévention de maltraitance initié par la Fédération Wallonie-Bruxelles propose un Plan B (le Plan A, se passer de télé, n’étant pas tenable). Il s’agit du jeu des trois figures.

Le petit écran cantonne les 3-6 ans dans des rôles… - Thinkstock

Ce sont des figures récurrentes dans les dessins animés, les feuilletons, les actualités (mais aussi certains contes, il est vrai) : l’agresseur, l’agressé et le sauveur. Des stéréotypes auxquels les enfants sont exposés de plus en plus tôt.
Le jeu des trois figures auquel la Fédération Wallonie-Bruxelles invite les enseignants à se former propose aux enfants de construire une histoire à partir d’une scène violente qui les a marqués. Originalité du projet : lors de saynètes, chaque enfant endossera tour à tour le rôle de la victime, du bourreau et du justicier.
Le jeu et la formation qui y prépare les enfants a été mise au point par le psychiatre et psychanalyste français Serge Tisseron. « Les mêmes images violentes vont conforter certains enfants dans un fonctionnement agressif, nous explique-t-il. D’autres vont s’identifier à la victime, comme certains enfants souvent punis. Et puis il y a une troisième attitude, où c’est le désir de réduire la violence qui va être mobilisé. Je pense à ceux qui sont encouragés par leur milieu et leur éducation à avoir cette attitude. »
En d’autres termes, la télé renforce une identification au détriment des autres. Un enfant qui a tendance à se percevoir comme meneur ou agressif sera incité à l’être davantage. Celui qui est menacé va se sentir de plus en plus menacé « avec le risque d’accepter d’éventuelles agressions comme une fatalité ».

Varier les rôles

« Mais tout focaliser sur la violence à la télé, affirme Serge Tisseron, c’est mal poser le problème. Selon moi, le danger de la télé, c’est aussi d’altérer la capacité à se mettre à la place de l’autre, ce qu’on appelle l’empathie. Et c’est tout l’enjeu du Jeu des trois figures de faire circuler les enfants entre… la figure de la victime, celle du bourreau et enfin celle du sauveur. Rien n’est figé. Tout bouge. Tout peut changer. »
Évalué, le jeu des trois figures a fait ses preuves. Il réduit les violences scolaires et développe la tendance à faire appel à l’adulte pour résoudre les conflits. La démarche présente aussi la qualité de mobiliser le corps, la capacité à raconter mais aussi celle de faire semblant.
« C’est au croisement de ces trois facultés que peut s’engager pour l’enfant un travail qui permet de dépasser les microtraumatismes quotidiens », ajoute encore le psychologue. Les séances de jeu devraient idéalement être hebdomadaires. De beaux lieux pour venir déposer et transformer ce qui fait peur, ce qui chagrine. Comme pour ce petit garçon qui avait regardé un thriller avec son papa, en avait été impressionné et avait caché ses sentiments, persuadé que si son père l’avait autorisé à regarder, c’est parce qu’il le pensait capable de ne pas être affecté. Ou cette petite fille poursuivie par des scènes d’ « esprits criminels » longtemps après les avoir vues.

Véronique Janzyk

EN SAVOIR +

  • Informations sur les formations au Jeu des trois figures : 02/413 25 69
  • Cellule de Coordination de l'Aide aux Enfants victimes de Maltraitance (Fédération Wallonie-Bruxelles) : www.yapaka.be

EN BREF

Il a suffi de 7 ans pour que le taux d’équipement télévisuel des foyers américains passe de 1 à 75 %. La radio aura mis 13 ans pour atteindre le même score, le frigo 23 et l’auto 50. Quant au livre, n’en parlons pas, il lui aura fallu plusieurs siècles pour se propager dans les demeures. Aujourd’hui, plus de 95 % des ménages sont équipés d’une télé. Elle fonctionne près de trois heures par jour. Nous aurons passé en moyenne plus de dix ans de notre vie en tête à tête avec elle. Près de 90 % des enfants de la planète savent qui est Terminator ou Rambo quand Hitler reste un inconnu pour un quart des ados américains.

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