Vie de parent

Le prince charmant (ou la princesse) ? On en rêve tous !

Les copains, les amis, les amours. Ceux que vous estimez. Ceux qui sapent votre autorité et entraînent votre enfant à faire les pires bêtises. Apparemment, vous les redoutez. Parfois, vous les adorez. Souvent, vous les acceptez. Le plus dur ? Votre rejeton vénère ses copains plus que tout parfois. Rageant ! Et puis, il y a cette autre angoisse, celle de sa rencontre avec l’amour (version optimiste) ou avec le sexe bête et méchant (version pessimiste). Faut-il craindre ces grands passages ? Témoignages de jeunes et éclairages du sociologue Miguel Souto Lopez et du psychologue Aboude Adhami… pour vous apaiser.

Le prince charmant (ou la princesse) ? On en rêve tous !

LES COPAINS D’ABORD

Coralie et Jenn’, 13 ans : « L’amitié au-dessus de tout »

En deux temps-trois mouvements, les copains renversent toutes les valeurs que vous vous êtes échinés à transmettre à votre enfant. Ils sont les prescripteurs les plus importants. Et ce n’est pas ces deux amies qui vont nous contredire. Sortez les mouchoirs. « Qui on est l’une pour l’autre ? Jenn’, c’est tout pour moi. C’est ma sœur. C’est mon alter ego, c’est… (elles se mettent à pleurer) ce qu’il y a de plus important. Je la fais passer au-dessus de tout, elle est ma priorité, elle sait qu’elle peut m’appeler à n’importe quelle heure, je serai là ». Coralie effondrée : « Trop pareil pour moi. »

Nadia et Léa, 16 ans : « Plus fort que tout »

Même émotion chez Nadia et Léa quand on leur pose des questions sur leur relation : « Aucun mec, aucun parent ne pourra nous éloigner. Nadia, c’est ma famille. Elle m’a tout appris, c’est mon mentor, c’est mon daron (ndlr : parent)… ». (Nadia pleure et rigole en même temps). « Voilà, c’est fort. C’est beau. »
Nadia embrasse sa copine : « C’est le respect, j’sais pas, c’est plus fort encore. Mes parents veulent pas qu’on se voit. Ils disent que Léa parle mal… ». Léa coupe la parole violemment : « Ses darons, c’est des cons aussi… ». Nadia ne semble pas apprécier : « Vas-y, calme-toi, j’insulte pas ton père, il va le répéter, le journaliste. Vous allez pas l’écrire, ça, M’sieur ? »

Yanis et Ben, 13 ans : « C’est la famille »

Chez les garçons, même réaction. On interroge les deux compères consultés plus haut : « Ha, ha. Notre amitié ? C’est hyper-important. Je vis tout seul avec ma mère et Ben, c’est mon frangin ». Ben confirme ravi : « Mes parents le considèrent comme un de leurs enfants. Quand on se dispute, ils l’invitent à la maison sans ma permission pour qu’on fasse la paix. Et de mon côté, c’est pareil. La mère de Yanis nous conduit à l’école tous les jours, même si son fils est malade. Sa mère et mes parents sont copains, on forme une grande famille. Et peut-être que, un jour, j’épouserai sa mère ! ». Ils rigolent joyeusement…

 Hugo et Thomas, 13 ans : « Petite bande »

Amitié toujours, on retrouve Hugo et Thomas qui élargissent un peu le propos. « Tous les deux, nous sommes les meilleurs amis du monde, j’avoue. On se connaît depuis tout petit. Mais dans le quartier où on vit, c’est normal. Les gars de notre âge, ils fonctionnent en petites bandes. On a grandi ensemble, nos parents se connaissent. Ils sont rassurés qu’on traîne ensemble. On est une grande famille, tout le monde se dit bonjour. On est tous nés dans le coin et, perso, j’ai envie d’y vivre quand je serai grand ». Thomas réplique : « Pas moi, je veux bouger, je veux voir autre chose. On connaît le secteur par cœur, il faut pas s’enterrer ». Hugo pensif et l’air légèrement déçu conclut d’un simple : « Ouais, faut bouger, j’avoue ».

L’avis de notre expert (Miguel Souto Lopez, sociologue de l’éducation)

Ces grandes larmes quand il s’agit de parler des copains ne m’étonnent pas du tout. À cet âge-là, le développement hormonal lié à la puberté intensifie les émotions. Les amis, on les choisit. Que les parents soient d’accord ou non n’y change rien. L’enfant se socialise à l’extérieur de la maison, il découvre des personnes à qui il peut tout dire. Laissez ces amitiés se faire et se défaire. Il faut pouvoir faire confiance à ses mômes, ce qui revient aussi à faire confiance à l’éducation qu’on leur donne. Ils sont capables de faire la différence entre ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. Tout dépend maintenant des clés que vous leur avez données. Tentez de respecter ces relations amicales en gardant un œil dessus… mais de loin. Faites le pari de leur accorder du crédit. Protégez le plus possible leur sphère privée.

LES PARENTS S’EN MÊLENT… ET S’EMMÊLENT !

Diane, 14 ans : « Mes parents font le tri »

On échange de nouveau sur l’amitié avec Diane, notre jeune ado esseulée qui ne semble pas bénéficier du coup de pouce parental nécessaire pour se forger des amitiés. « Avec le changement de ma nouvelle école, je suis sortie de mes habitudes. Il a fallu que je réapprenne à me faire des amis. Le seul problème, c’est qu’on est très différents, eux et moi… ». Elle hésite longuement. « Ils se connaissent tous et je suis une des seules Belges. Il y a des Italiens, des Portugais, des Marocains… Est-ce qu’ils sont Belges ? Oui, mais, euh, mes parents préfèrent que je fréquente des gens qui feront de bonnes études. »
On explique alors à Diane qu’avoir des origines étrangères ne veut pas dire être condamné à l’échec. « Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire. Mais ils ne vont pas vers moi. Si je les ai invités chez moi ? Non, mes parents ne veulent pas. Et si moi, je suis invitée ? Pas certaine qu’ils acceptent non plus… »

Nadia, 16 ans : « Ils ont peur de notre amitié »

On essaie d’en savoir plus en ce qui concerne l’interdiction des parents de Nadia de voir sa copine Léa. On aimerait savoir quelles sont les raisons qui les poussent à ce refus catégorique. Nadia se dévoile : « Je suis la seule fille de la maison et mon père est beaucoup plus dur avec moi qu’avec mes frères, petits et grands. Pour eux, Léa c’est l’axe du mal. Je fume à cause d’elle, je vois des mecs par sa faute. Ils pensent qu’elle a une influence sur ma façon de m’habiller, de voir la vie. Mais c’est des conneries. Je suis une grande fille. Ils veulent pas me voir grandir, c’est tout. Ils ont peur de regarder leur petite fille devenir une femme. Ils ont un problème avec ça. »

L’avis de notre expert (Miguel Souto Lopez, sociologue de l’éducation)

En ce qui concerne Diane, le conflit culturel semble assez net. La famille pose ses valises dans un quartier populaire, inscrit ses enfants à l’école du coin, mais en revanche, refuse de se mélanger à la population du quartier. Mais pourquoi s’implanter dans un quartier et y inscrire sa fille à l’école si c’est pour éviter de s’intégrer ? C’est littéralement piéger son enfant. Il y a une attitude contradictoire.
En ce qui concerne Nadia, voici le cas typique dans lequel l’autre est coupable de tout. Quand tout va mal, on accuse d’abord les fréquentations. C’est bien plus aisé que de remettre son éducation en question. Dites-vous bien que si les autres nous influencent, on se laisse aussi influencer. De plus, Nadia estime que ses parents ne veulent pas la voir grandir. Généralement, l’adolescent affirme ses opinions. Avec ses propres termes et de façon souvent excessive, mais les parents doivent s’exercer à accepter ce changement. Vous craignez vraiment ses fréquentations ? Privilégiez le dialogue plus que l’interdit et restez vigilants en observant jusqu’où peuvent mener ces amitiés.

L’AMOUR EST DANS LE « PRÈS » !

Mike et Fanta, 17 et 15 ans : « En tout bien, tout honneur »

L’amitié, c’est bien beau. Mais côté cœur, voyons ce qui se trame. Pour cela, nous allons à la rencontre d’une jeune couple - c’est ce que l’on croit, tout du moins. Ils sont enlacés, partagent leurs écouteurs (qu’ils ne quitteront pas pendant notre échange) et ont les mains plongées dans le pantalon de l’autre (qu’ils ne quitteront pas non plus).
Mais les apparences sont trompeuses : « Non on n’est pas ensemble. J’ai une copine et Fanta a un mec. Nous, on est juste des superpotes. On s’adore, on aime traîner ensemble. Je pense que Fanta me kiffe, mais elle veut en rester là ». Fanta rigole outrageusement : « Non, moi, j’kiffe mon mec. Mike, c’est plus un grand frère. Mon mec est un peu jaloux de lui. Mes parents connaissent Mike, mais pas mon copain. J’sais pas, c’est pas assez sérieux avec lui encore. »

Jack, 17 ans : « Chez moi, c’est open »

Jack vit la plupart du temps tout seul chez son père. Pour le jeune homme, aucun problème à aborder la sexualité. Ça semble plus délicat avec sa mère : « Mon père, c’est un fêtard. Il sort, il ramène des copines à la maison. Alors je ne vois pas pourquoi je ne ferais pas pareil. Je pense que ça le rassure que ça se fasse sous son toit. Il voit qui je ramène. On en parle après. C’est très ‘open’ et je n’ai pas de mal à parler de sexe avec lui. On rigole souvent là-dessus. Ma mère, c’est autre chose déjà. Elle vit seule, sans mec, et elle est grave coincée. Hors de question de ramener ma copine chez elle, ni même d’en parler. Mes parents ont des mentalités très différentes. »

Cédric, 15 ans : « Des capotes dans le salon… »

On retrouve Cédric avec qui nous avons échangé précédemment sur les relations familiales. Il vit avec une grande sœur et communique très peu avec sa famille. Sa mère semble avoir une façon bien à elle d’évoquer la sexualité. « Je me rappelle quand on était petit, ma mère nous disait qu’elle mettrait un saladier rempli de capotes à disposition. On était enfant, hein ! Et puis, un jour, elle l’a fait. J’avais 12 ans, je crois, et ma sœur, 14. Sans rien dire et sans parler sexualité, jamais. Mais le pire, c’est que l’on n’a pas le droit de ramener quelqu’un, ni de copains pour ma sœur, ni de filles pour moi. Mais le saladier reste là, au milieu du salon, avec les capotes. C’est quand même un peu gravos, non ? »

► L’avis de notre expert (Aboude Adhami, psychologue)

Dans ces commentaires, on retrouve des relations tout à fait propres à notre époque. Il y a tout un jeu de découvertes. Nous, adultes, nous sommes perdus par rapport à ça. Pourquoi ? Parce qu’à cet âge, on est amoureux de l’amour. Ce n’est pas un jeu malsain. Il s’agit tout simplement de faire un pas vers un langage sexuel. Comment s’en sortir pour comprendre cela ? Il suffit de se fier à ce qu’ils nous disent. Interrogez vos enfants, intéressez-vous à eux. J’adore cette expression : « kiffer ». Il y a quelque chose lié à la transcendance. On se trouve dans un autre état. La jeune Fanta a une relation authentique avec Mike et vit autre chose avec son petit ami. Respectons ces relations. À cet âge, on est fidèle à l’amour. On aime selon des modalités différentes. À nous d’aider à les faire croire en tout cela. C’est très important pour leur construction.
En revanche, je suis un peu dubitatif par le témoignage de Jack. Il tient la mère à distance, brise les frontières avec le père. Jusqu’où faut-il partager tout ceci ? Au sein d’une famille, l’enjeu majeur, c’est l’intime. N’oublions jamais de respecter le quant-à-soi de l’enfant.
Enfin, pour ce qui est des capotes dans le saladier, la mère de Cédric ne va pas au bout de son action. La preuve, c’est que son fils ne comprend pas où elle veut en venir. Là encore, mettre une capote, c’est de l’ordre de l’intime. Il y a peut-être d’autres choses à faire ? Autant mettre dans ce saladier des informations qui traitent de la sexualité. Autant inciter au débat. N’est-ce pas préférable aux capotes et au silence ?

Yves-Marie Vilain-Lepage

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