Vie de parent

Le smartphone ruine-t-il
la scolarité de vos enfants ?

Nouvelle année, nouvelle étude. Anxiogène, tant qu’à faire. Et celle-là est sans appel : les petits qui ont une forte utilisation de leur smartphone perdent plus d’un point sur vingt, en moyenne. Allez, parents, on respire. Non, la carrière scolaire de votre petit n’est pas fichue. On vous explique pourquoi il faut prendre un peu de recul par rapport à ce genre d’enquête.

Le smartphone ruine-t-il la scolarité de vos enfants ?

Vous le savez, en jargon journalistique, on appelle ça une dépêche. Elle fait le tour de tous les fils d’actus et sera relayée un peu à la va-vite avec des gros titres qui font suer les parents à grosses gouttes. Du type : « Une utilisation trop abusive des smartphones nuit à la scolarité ».
L’étude provient de grands chercheurs de Gand et Anvers - dont les noms ne sont cités nulle part - et menée auprès de 700 étudiants à qui on a distribué un simple formulaire. On est loin de l’enquête de terrain hyper aboutie. Pour rappel, en 2013 déjà, des chercheurs de l’université américaine de Ken State en Ohio publiaient le même genre d’analyse anxiogène. Menée auprès de 496 étudiants, l’étude démontrait que l’usage du smartphone et « l’envoi de SMS » seraient corrélés de manière négative aux critères de réussite scolaire. Celle-ci fut vite relativisée par plusieurs scientifiques, sociologues scolaires et par les profs eux-mêmes.

« Vivre ferait perdre un point en moyenne »

Tiens, en parlant de profs, nous avons soumis l’enquête à Christophe Butstraen alors sur la route qui a gentiment interrompu son trajet pour prendre le temps de découvrir l’étude. L’ancien enseignant et auteur de l'ouvrage Internet, mes parents, mes profs et moi - Apprendre à surfer responsable publié chez De Boeck, nous rappelle.
« C’est incroyable que l’on trouve des budgets pour faire ce genre d’étude. Bon, il y a une partie qui me semble fantaisiste. Ces résultats auraient pu être obtenus avec n’importe quel objet de distraction chez les jeunes. Remplacez le mot ‘smartphone’ et faites le test. ‘Une utilisation trop abusive des séries sur le web nuit aux études’ ou alors ‘Une histoire d’amour en plein blocus ferait perdre en moyenne X points aux étudiant·e·s’. En plus, la proportion de perte de points parait, somme toute, très relative. Selon moi, c’est sans intérêt. Il n’y a aucune nuance et le relais médiatique, dénué de réflexion de fond m’interpelle un peu ».

Le multitasking et autres facteurs à surveiller

Loin de nous l’idée de nous livrer à l’apologie du smartphone à outrance. Les lecteurs assidus du Ligueur savent combien on vous encourage à vous débrancher, vous et vos enfants. Notre expert nous rappelle d’ailleurs à juste titre que l’utilisation d’objets électroniques en tous genres, liés aux lumières le soir, nuit au sommeil et donc a un impact nocif sur les performances à l’école. Il est vrai qu’une exposition trop importante à la lumière bleue est une nuisance qui peut avoir une influence négative sur l’horloge biologique de tous.
Mais ce n’est pas tout, Christophe Butstraen nous apprend que « le GSM et de ses multiples usages conduit les gamins à faire trop de choses à la fois. Et pour des petits en plein apprentissage, mener plusieurs actions en même temps, c’est nuisible. Selon de nombreux experts britanniques qui se sont penchés sur la question du multitasking, soit le fait de pratiquer plusieurs activités en même temps et plus précisément d’utiliser différents moyens de communication de manière simultanée, c’est impossible. Et là encore, cela pourrait avoir un impact sur les apprentissages scolaires. ». Cette prétendue enquête aurait donc pu rentrer un peu plus dans le détail. Et elle aurait pu sortir du tout anxiogène et se pencher sur la question du potentiel smartphone.

Et le potentiel alors ?

Cette enquête ne tombe pas à n’importe quel moment. La France et son gouvernement plein de modernisme a décidé d’interdire purement et simplement l’usage du smartphone dans les établissements scolaires. En Belgique, dans les médias, le débat fait rage. Alors quoi ? Pour ou contre ? Nous pourrions nous fier au Pacte d’Excellence qui a consacré au moins dix lignes à un sujet qui n'en mérite pas davantage… oui, l’éducation aux médias en est à l’âge de pierre.
« Je pense que l’on a eu plus de facilité à intégrer la calculatrice à l’école dans les années '80 que le smartphone aujourd’hui. Alors qu’il y a un potentiel incroyable. Déjà, il réduit les coûts. Aujourd’hui, en Belgique, aucun établissement n’a les moyens d’équiper toute une classe de tablettes dernier cri. Et ce serait absurde. Or, tous les élèves possèdent un smartphone ». Une utopie ? Certainement pas, en Belgique, il existe un établissement qui a décidé de prendre le virage.
L’établissement Sainte-Marie à Rèves, que nous avons contacté ce matin, nous confirme qu’ils utilisent le smartphone dès la 6e secondaire avec accès libre, mais contrôlé, et que l’expérience se déroule à merveille. Nous vous en dirons plus dans le Ligueur du 24 janvier. « Quand on évoque le potentiel du gsm en cours, on ne parle évidemment pas du fait de visionner des vidéos récréatives ou de s’envoyer des sms entre copains. On parle de plein de petites portes d’entrée, qui vont de photographier le tableau pour les copains absents, jusqu’aux grands cours sur l’éducation à la consommation ou aux médias en passant par l’usage des réseaux sociaux et donc tout ce qui concerne le harcèlement et la cyber réputation. Mais ce n’est pas avec ce genre d’études et en présentant le potentiel numérique comme le grand méchant loup que l’on va avancer ».
L’expert termine sur une question très intéressante à laquelle on aimerait obtenir réponse : qu’est-ce qu’on attend ?

Yves-Marie Vilain-Lepage

À lire

Nous nous référons souvent au livre de Christophe Butstraen Internet, mes parents, mes profs et moi - Apprendre à surfer responsable, aux éditions De Boeck. Il s’agit d’un ouvrage de référence, très complet sur la problématique des enfants et du numérique. Elle va bientôt connaître sa troisième version agrémentée et mise à jour, nous vous présentons sa nouvelle mouture très bientôt.