3/5 ans

Le test neuro-moteur en maternelle : utile ?

Tous les enfants de 3e maternelle sont censés passer le test neuro-moteur. Peu connu des parents, ce test vise à déceler des troubles chez les enfants de 5 à 6 ans. Une bonne intention. Qui n'empêche pas de s'interroger : quelle est donc cette manie de tout vouloir tester et ce, dès le plus jeune âge ?

Le test neuro-moteur en maternelle : utile ?

La plupart du temps, votre enfant passe le test neuro-moteur en fin de maternelle, haut la main. Mais dans certains cas, des petits ont des neurones qui dysfonctionnent, des dessins un peu trop maladroits, un saut à cloche-pied un peu bancal ou une lenteur de tortue.
L’école annonce alors qu’il faut pousser l’investigation, faire d’autres tests. La batterie est conséquente. Et puis, consulter un logopède, un psychomotricien, si les parents le veulent bien car ils gardent la main, après tout.
Selon le décret du 13 juin 2002, les services PSE sont censés faire passer le test neuro-moteur à tous les élèves, même si, concrètement, la pratique varie en fonction des services. S’il inquiète certains parents, beaucoup n’en entendent jamais parler. « Les parents ne connaissent pas tous les tests réalisés lors de la visite médicale scolaire », concède Serge Carabin, directeur général de la santé au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Mais quelle est donc cette manie de faire passer des tests à tour de bras ? Dans quel but ? Pour Serge Carabin, le test est très utile, car « il permet de détecter des soucis. L’idée est de découvrir les problèmes moteurs avant l’entrée en primaire. Même chose dans le domaine de l’attention, par exemple. »

Un test au service des enfants…

Au service PSE de Molenbeek, Carine Dewit, infirmière, pratique avec ses collègues le « neuro-moteur » depuis plus de dix ans. Les 700 enfants de 3e maternelle y passent tous.
« C’est beaucoup de boulot, témoigne-t-elle. Mais un boulot qui a du sens. Nous essayons de voir si l’enfant a les aptitudes pour entrer en primaire. S’ill a un souci, l’objectif est surtout de voir ce qui peut être mis en place. Par exemple, en mobilisant le logopède. Ce qui compte, c’est que les résultats du test sont discutés, avec les institutrices, qui confirment ou infirment nos résultats. Nous nous réunissons aussi avec les équipes psycho-médico-sociales. C’est d’ailleurs les centres PMS qui prennent contact avec les parents pour voir ce qui peut être fait. »
 Attention, ce test n’est pas un jugement définitif. « Ce n’est qu’une image d’un enfant à un moment donné, explique-t-elle. C’est une indication. »
Une indication qu’il faudrait prendre au sérieux. Car selon Carine Dewit, le test neuro-moteur est très fiable : « Les résultats sont probants. Nous voyons souvent, en primaire, des instituteurs qui viennent nous trouver en cas de difficultés. En consultant le test neuro-moteur, qui reste dans le dossier de l’élève, on réalise qu’il annonçait déjà certaines difficultés. »
L’infirmière prend tout de même des précautions : « Même si le test se focalise sur le graphisme, nous prenons aussi en compte des éléments verbaux. Nous incluons la question de l’âge de l’enfant, de sa maturité. Chaque enfant a son rythme, nous en sommes bien conscients. »

 … Mais un suivi pas toujours à la hauteur

Le « neuro-moteur » est pavé de bonnes intentions. Mais ce test, réalisé en dix minutes, est-il vraiment fiable ? Le suivi est-il à la hauteur ?
Nicole Vanopdenbosch fut pendant de nombreuses années inspectrice en maternelle. Aujourd’hui pensionnée, elle s’exprime en toute liberté sur l’efficacité de ce test. Elle en vante même les mérites : « Il permet de détecter pas mal de choses et peut aider les enfants lorsque les parents jouent le jeu. »
Reste le suivi : « Lorsqu’un problème est détecté, il n’y a pas suffisamment d’aide pour les parents. Pas assez de logopèdes dans les écoles, par exemple. Si la famille n’est pas derrière, les enfants sont laissés à eux-mêmes. »
Et la fiabilité du test ? Nicole Vanopdenbosch émet quelques nuances : « Les enfants ne connaissent pas la personne qui leur fait passer le test. Cela peut générer du stress. Il est parfois passé dans de mauvaises conditions, par exemple lorsque l’école maternelle ne met pas un local à disposition. »
Autre problème : la présentation des résultats aux parents ne se fait pas toujours sans dramatisation. « Les enseignants ne sont pas toujours très adroits dans leur manière d’annoncer les choses aux parents. Leur dire d’emblée que la situation est grave peut être dangereux. Certains parents sont tellement stressés qu’ils peuvent prendre peur, submerger leur enfant d’exercices et créer une dynamique négative. »
Une directrice d’un des centres PMS bruxellois confirme qu’il vaut mieux prendre des pincettes pour communiquer sur ce test, afin d’éviter toute stigmatisation. Pour elle, le but est bien de trouver des solutions, en concertation avec les parents, après avoir écouté les enseignants. Elle estime qu’à Bruxelles, on a trouvé la bonne façon de fonctionner. Les centres PMS (donc le psycho-social), le PSE (le corps médical) et le centre de santé mentale travaillent ensemble.
« Cela permet de multiplier les angles de vue. Une concertation bienvenue car elle relativise la vision purement médicale du test neuro-moteur. Certains médecins disent : ‘Le test est douteux, cet enfant va avoir des problèmes’. Cela ne se vérifie pas toujours. À certains moments l’enfant peut traverser des difficultés psychologiques qui auront un impact sur les résultats. »

 L’obsession du contrôle ?

Des tests sont utiles, certes, mais jusqu’où faut-il les multiplier ? Claire Piette est psychologue clinicienne et enseignante. Si elle concède qu’un tel test « peut être intéressant comme un outil de prévention parmi d’autres», elle met en garde, face à ces « tests qui pullulent et qui pourraient devenir parfois prédictifs ». Traduisez : qu’ils risquent de contribuer, dans certains cas, à créer les troubles qu’ils sont censés déceler. La batterie de tests que passent nos enfants serait, selon la psychologue, la manifestation d’une société en quête « d’objectivation » permanente, obnubilée par le « contrôle », rêvant d’éviter « tout dysfonctionnement » alors que le propre de l’être humain est justement celui d’être boiteux.
Le risque existe que de tels tests « assignent » un enfant à une place. « Il est plus rassurant de cataloguer un enfant comme « ayant des troubles de l’attention, plutôt que de s’interroger sur les raisons multiples qui pourraient expliquer son comportement. » Claire Piette y voit une tendance lourde : « Ces test sont basés sur l’idée prédominante que tout relève de l’éthologie, c'est-à-dire qu'il suffirait de consigner des comportements pour savoir qui nous sommes. Qu’il suffirait de trouver le comportement déviant et de le rééduquer pour que ça fonctionne à nouveau bien. »
Pas question pour autant de ne plus rien tester, mais plutôt de s’interroger : « Comment faire pour que le test ne prenne pas tout le champ de ce qu’on peut observer d’un enfant ? ». Car le danger serait de simplement cocher des items, sans écouter ce que dit l’enfant. Avec le risque de conduire vers des erreurs de diagnostic. Un exemple : « Quand un enfant est distrait, le cataloguer comme souffrant du trouble de l’attention ne dit encore rien de sa problématique psychique et gomme par ailleurs le fait que chaque enfant doit se construire une place dans le monde. Pour cela, un investissement psychique est requis. »
Enfin, selon la psychologue, le fait que de tels tests soient réalisés hors contexte peut biaiser les résultats : « L’enfant peut avoir un problème le jour du test, son humeur n’est pas égale. Il peut aussi s’opposer aux consignes. Car on se situe toujours dans la relation à l’autre. Une relation dans laquelle interviennent de multiples enjeux du côté de l’enfant comme de celui de la personne qui fait passer le test. »

Cédric Vallet

En pratique

UN TEST… ET SIX ITEMS

Le test neuro-moteur est constitué de six items. Il dure de 10 à 15 minutes et est souvent réalisé en classe. Les enfants sont notés sur 110. Lorsqu’une note dépasse 60, le test est bon. Entre 50 et 60 il est considéré comme douteux. En dessous de 50, le test est mauvais.

  1. Les « praxies bucco-lingo-faciales », sachant que, selon le Larousse, la praxie est un « ensemble de mouvements coordonnés en fonction d’un but ». L’enfant doit savoir gonfler une joue, fermer un œil, siffler, bouger sa langue.
  2. La « gnosie digitale » est la capacité de percevoir grâce à l’utilisation des sens. L’enfant voit un numéro attribué à chacun de ses doigts. Lorsque le médecin ou l’infirmier lui touche un doigt, l’enfant doit savoir lui attribuer le bon numéro.
  3. La « praxie digitale » ou, plus simplement dit, le pianotage des doigts.
  4. La pratique du « saut à cloche-pied ».
  5. La reproduction de formes simples et complexes. Exemple : le dessin d’un bonhomme muni de ses dix doigts.
  6. Les observations du médecin pendant l’examen. Une observation qui couvre de nombreux points : hyperkinésie ou hypokinésie, attention régulière, bonne compréhension des consignes, absence de fatigabilité, absence de lenteur. 
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