9/11 ans

Le vélo, petite reine de la mobilité familiale

Le déplacement est un casse-tête. Il s’avère de plus en plus problématique. Pour des raisons de coût, pour des raisons de temps, pour des raisons de santé, pour des raisons pratiques et pour des raisons éthiques. Le problème est insoluble ? Mais non. Peut-être que la solution dort dans votre garage depuis des années, sous un drap ou un tas de poussière. Une solution à deux roues, une chaîne, une selle et des possibilités quasi déclinables à chaque famille. C’est justement ce que nous allons étudier, en tachant de ne pas pédaler dans la semoule.

Le vélo, petite reine de la mobilité familiale

On entend déjà les plus réfractaires s’époumoner. « Roh, non, encore un article de bobo-bio-écolo qui veut nous mettre en selle. Ras-le-bol ! ». C’est vrai que c’est le but. Mais pas de façon radicale, pas de façon irréfléchie. Ici, hors de question de sermonner qui que ce soit, puisqu’au sein même de la rédaction du Ligueur, on se rend autant au boulot en vélo cargo, qu’en carlingue diesel. Et on arrive pourtant à dialoguer. Allez, pas de guéguerre de clochers, procédons par typologie, coachés par Rémy Van Genechten fondateur des ateliers Vélo.coop et papa cycliste de 4 enfants. Double expertise, donc.

Un enfant en bas âge, une crèche à proximité et le boulot pas loin ?

Là, c’est facile. Et pas nécessairement coûteux. Ressortez votre vieux biclou. Jaugez sa « roulabilité ». Quoi qu’il en soit, procédez à une petite révision de printemps. Pour ce faire, foncez dans un point-vélo si vous habitez Bruxelles ou chez votre vélociste le plus proche. Équipez-vous d’un bon siège. Optez pour des marques fiables. Nous, on aime Hamax ou encore Yepp, marques que vous pouvez même acheter en seconde main à condition que l’état soit irréprochable. N’oubliez ni vos casques, ni vos gilets jaunes. Et c’est parti.

Vos ennemis : outre la météo qui n’exige finalement que quelques équipements légers type pantalon imperméable et poncho à capuche pour les petits, votre autre véritable adversaire est la porte de voiture. Elle s’ouvre inopinément. Pour lutter, rendez-vous visibles. Et soyez toujours concentrés sur les mouvements qui se passent dans les voitures que vous frôlez. Dès que ça bouge, contournez.
L’expert : « Je suis un partisan du siège enfant devant. Le gamin se sent protégé, on a un rapport un peu fusionnel, on discute facilement. C’est très bien. Ils sont généralement adaptés pour les petits de 9 mois à 3 ans pour 15 kg maximum. Avant l’âge de 1 an, mieux vaut demander l’avis de son pédiatre. »

Un enfant de plus de 3 ans, une école à proximité et le boulot pas loin ?

Là aussi, ça reste assez facile. Première chose à faire, équiper son vélo. Si possible, optez pour un cadre en acier, pour sa solidité et son confort. Équipez-le d’un porte-bagage arrière de 25 à 35 kg, optez là encore pour des marques fiables type Yepp ou Bobike. Il existe même des modèles pliables.
À partir de 4-5 ans, vos enfants peuvent vous accompagner pour des petits trajets. Vous pouvez donc les mettre sur leur propre vélo. C’est là que la grande aventure commence. Une fois encore, on insiste sur les mesures de protections : lumières arrière et avant - gilet jaune - casque pour tout le monde. À lire > Conseils pour sortir un vélo de son hibernation.

Votre ennemi : la circulation, bien sûr. Parce que vous êtes responsables de vous et de vos enfants. Faites-les rouler sur les trottoirs le plus possible. Ils ont le droit de le faire jusqu’à 9 ans. Parlez-lui pendant tout le trajet et anticipez en permanence : « Attention, on va traverser des rails de tram, ta roue doit rester bien droite », par exemple.
L’expert : « Déplacer les enfants dès le plus jeune âge à vélo, ça revient à les rendre actifs sur le trajet. En plus, on leur inculque les premiers éléments de sécurité routière. C’est important de les sensibiliser à ça très jeunes. Même si ce sont les parents qui vont transmettre les automatismes, vous pouvez même les préparer via les différentes formations qui existent au Gracq ou chez Pro Velo. Il faut y aller progressivement et être attentifs. »

Plusieurs enfants, plusieurs écoles et le boulot pas loin ?

Ça se corse. Là, il faut commencer à s’organiser. On n’enfourche pas sa monture sans un minimum de préparation. Tout d’abord, adaptez bien les vélos aux différents âges des enfants. Vous pouvez, par exemple, mettre le bébé sur un siège moins de 15 kg à l’avant, placer l’enfant de plus de 25 kg à l’arrière et, à chaque fois, laisser les sièges aux endroits où vous déposez vos petits. Pratique si votre moitié passe en fin de journée faire le ramassage aussi à vélo. Il vous faut juste deux systèmes de fixation, un pour chaque monture de parent. Pour les aînés pas encore autonomes sur la route, utilisez un follow me, vous savez, ce système sur la roue arrière qui permet à l’enfant de vous suivre à vélo sans trop fournir d’efforts.

Vos ennemis : le temps et la vigilance. Le temps, parce qu’équiper chaque enfant de cet âge, c’est tout une affaire. Chacun ses lumières, ses gants, son gilet, son casque… ouf. Le temps de sortir les vélos, d’installer chacun. La vigilance, parce que vous avez tout une équipe à conduire qui ne compte que sur vous. Ne vous laissez pas distraire. Faites des signes aux voitures et aux autres vélos. Optez pour une sonnette et, pourquoi pas, un rétroviseur arrière pour être sûr·e que le reste de l’équipe que vous conduisez n’a pas de soucis.
L’expert : « Je pense que quand on a la responsabilité de plusieurs enfants comme ça, ça peut être pas mal de bien se préparer. Pourquoi ne pas repérer le trajet d’abord ? Vous pouvez aussi vous faire accompagner d’autres cyclistes. Et voir quels sont les petits trucs et astuces des uns et des autres sur internet. C’est juste un rythme à trouver. Une fois que vous avez trouvé une formule avec laquelle vous vous sentez à l’aise, vous allez goûter à un plaisir dont vous ne pourrez plus vous passer. »

Plusieurs enfants, une école loin et le boulot à proximité de l’école ?

C’est pas simple, mais c’est faisable. Il existe même plusieurs solutions. D’abord, les fameux cargos électriques. Un bond de géant a été fait à ce niveau-là. Tout est faisable mais, attention, il y a à boire et à manger. Renseignez-vous. Nous avons testé le Bike 43, adaptable à votre vie de famille et vraiment fiable. Vous le savez, le vélo électrique ne veut pas dire qu’il faut faire l’impasse sur la sécurité. Là encore, chacun son casque. Autre solution, celle du vélo pliable. Vous conduisez les enfants en voiture ou en transports en commun. Vous les déposez dans leurs établissements respectifs, puis vous dépliez votre monture. On aime les luxueux belge Ahooga ou british Brompton. Vous trouverez aussi des merveilles vintage sur les sites de seconde main à prix modiques.

Vos ennemis : les voleurs et le manque de place. Très bien, les énormes montures qui valent des milliers d’euros. Si exorbitants soient les prix, ça reste moins cher qu’une voiture. Seul frein ? Un coup de barre à mine ou de disqueuse et votre coûteuse monture disparaît. Multipliez donc les types de cadenas. Un U et une chaîne, par exemple. La philosophie est simple à comprendre : plus votre vélo prend du temps à être dérobé, plus vous éloignerez les voleurs. Attention, les larcins se passent souvent devant les écoles. Vos assaillants ont bien compris que c’est là où se trouvent les vélos les plus coûteux. Le manque de place, autre problème. Que faire quand on habite au 6e étage ? D’abord, signaler le problème à votre commune. Ensuite, envisager des solutions collectives, un garage à plusieurs voisins, par exemple.
L’expert : « J’aime bien les solutions mixtes. Parce que ne soyons pas fondamentalistes : il n’y a pas une façon de prendre à bras le corps la problématique de la mobilité. J’ai moi-même quatre enfants de 3 à 12 ans. J’ai une voiture dont je ne peux pas me passer. J’essaie bien sûr d’utiliser mon vélo au maximum, mais habitant à dix kilomètres de Tournai où sont situés les établissements de mes enfants, impossible d’être 100 % cycliste. Cependant, dès que je retourne à ma vie d’automobiliste, je me dis que le vélo, c’est la vraie liberté. Commencez quand il fait beau, prenez goût petit à petit. On ne s’improvise pas cycliste du quotidien comme ça, encore moins quand on a une tribu entière à charge ».

Yves-Marie Vilain-Lepage

La culture à vélo pour vos enfants

Il y a peu nous présentions une chouette initiative pour les petits : Wheelie. Petite piqûre de rappel.