Vie de parent

Le week-end

Temps fort, temps creux, un peu des deux… le week-end a ceci de particulier qu’il fait quasiment vivre collés parent·s et enfant·s du vendredi après l’école au lundi matin. Plus de deux jours où les règles de la semaine ont tendance à s’assouplir. Sauf chez quelques-uns.

Le week-end

► Ceux qui revendiquent

Zaza, 6 ans : « Une vie de week-end » 
Pourquoi on doit aller à l’école les autres jours ? Le week-end, c’est trop bien, je suis avec papa et maman et on joue. Il faudrait qu’il dure toute la vie !

Anna, 8 ans : « Je travaille pas »
J’adore mon école, mes copines, ma Madame, faire des devoirs, apprendre des trucs de maths ou de géographie. Quand je suis avec maman, on ne fait rien le week-end ou alors juste une balade. Quand je suis avec papa, un week-end sur deux, on fait des trucs, mais c’est avec mon petit (demi-)frère qui a 4 ans et qui ne veut que courir après un ballon. C’est nul.  

Andrea, 11 ans : « Respirer ! »
Je vais pas dire que je redoute le samedi et le dimanche, mais j’avoue que ça me saoule un peu. Pour son boulot, mon père est en déplacement toute la semaine, on a juste le temps de s’appeler vite fait de temps en temps. Comme il culpabilise à fond quand même, le week-end, il veut toujours qu’on fasse un tas de trucs ensemble. Moi, des fois, je veux juste rien faire le week-end. Comme mes copains, quoi.

► Ceux qui aiment

Tom, 9 ans : « Moins de chronomètre »
Mon moment préféré du week-end, c’est le matin. Je peux aller à la vitesse que je veux, mettre une heure à manger mon petit déj, rester en pyjama, lire dans mon lit, jouer. C’est le seul moment où mes parents ne me disent pas de me dépêcher ou de pas oublier ça ou ça.

Louanne, 10 ans : « La sérénité parentale »
Mes parents sont moins stressés, ils prennent le temps de discuter avec ma sœur ou avec moi, ils cuisinent aussi. Je les aime, hein, normal, c’est mes parents, mais le week-end, je les adore, ils sont carrément plus cool que la semaine. 

Hanane, 13 ans : « La liberté »
Dans la semaine, je peux rien faire d’autre qu’aller à l’école, ma mère est hyper stricte sur les horaires. Le samedi, j’ai mon cours de danse et le dimanche, je vais voir mes cousines. Tout ça, je le fais toute seule, sans personne sur le dos. C’est un peu comme si j’étais déjà une adulte, c’est trop cool.

► Ceux qui feintent

Gaby, 10 ans : « Non au stress »
Mon père, il travaille tout le temps, même le week-end. Sauf qu’à la maison, jamais rien ne va. Son ordinateur a pas le bon logiciel, la connexion est trop lente… Comme ça plombe l’ambiance, je me débrouille pour aller le plus souvent possible chez les copains ou au sport. Il est tranquille pendant ce temps-là, et moi, je m’amuse à fond. 

Lukas, 15 ans : « Trop de bio tue le bio »
Ma mère fait le marché le samedi matin. Elle n’achète que des trucs bio trop chelous, genre des graines et tout ça, qu’elle nous fait manger « pour compenser la malbouffe de la semaine », selon elle. Du coup, moi aussi je compense, je me suis fait une petite réserve de crasses dans ma chambre…  

En coulisses

Alors que, a priori, le week-end semblait faire l’unanimité, la réalité du terrain est venue apporter son lot de contradictions. De manière générale, nos petits et grands apprécient cette rupture des habitudes et de la course de la semaine. Ils trouvent leurs parents plus tranquilles, plus zen et surtout plus à l’écoute. Et c’est très bien.
De l’autre côté, il y a l’effet pervers de la compensation. Nous sommes effectivement nombreux à vouloir multiplier les activités avec nos enfants le week-end. Culture, sport, alimentation, tout est bon à être inscrit à l’agenda familial. Le hic, c’est que du point de vue de quelques-uns des enfants, c’est trop, beaucoup trop même. Certains en viennent même à attendre avec impatience le lundi matin. Un comble !

Le week-end des parents, le week-end des enfants
Alors, à qui doit appartenir le week-end, finalement ? Cette question, c’est un peu celle qui se pose en filigrane. Temps familial par excellence, temps de rattrapage, temps de repos, temps fort, pour nos jeunes témoins, c’est un peu tout cela… du moment qu’on leur laisse un tant soit peu le choix !
En effet, derrière leur formidable adaptabilité aux desiderata parentaux, les enfants sont nombreux à dire qu’ils aiment bien « faire des trucs » avec leurs parents… à condition que le « truc » en question ne soit pas que celui du parent. Et dans certains cas, notamment chez les 12-15 ans, ils renversent carrément l’idée en réclamant que ce soient les parents qui s’adaptent complètement aux envies des enfants.
Alors qu’ils acceptent plus ou moins sans ronchonner leur sort la semaine (voir les autres pages de ce dossier), petits et grands font donc du week-end une affaire d’équilibre. Pour eux, pas de problème à bouger, visiter, mais à deux conditions : qu’ils aient aussi du temps pour eux et des parents qui les écoutent. Intéressant, non, cette distinction entre la dictature du lundi au vendredi et la démocratie du samedi-dimanche ?

Romain Brindeau