Vie de parent

Les campagnes de vaccinations ordinaires perturbées
par le coronavirus

Cette semaine, l’ONE (Office de la naissance et de l'enfance) a diffusé un communiqué de sensibilisation. À l’origine de cette initiative, un constat : les parents seraient moins nombreux que les années précédentes à autoriser la vaccination proposée à l’école à certains âges clés. En cause, une certaine confusion provoquée par l’évolution de la crise sanitaire que nous traversons.

Les campagnes de vaccinations ordinaires perturbées par le coronavirus

Ce sont des remontées de terrain qui ont alerté l’Office de la naissance et de l’enfance. « Ce qui revient de certains services, pas de tous heureusement, c’est que des parents ont des hésitations à la vaccination alors que la pandémie était toujours présente ». Clément Brasseur, collaborateur au programme de vaccination de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), est en première ligne dans cette problématique. Selon les témoignages recueillis, « les parents n’ont pas trop envie d’exposer son enfant à la maladie en autorisant la vaccination ».

Comme un sentiment de confusion

Lorsque nous avons contacté Grégoire Lits, professeur au Pôle de recherche en communication de l'UCLouvain, c’est la première hypothèse qui lui est venue à l'esprit. « À ma connaissance, il n’y a pas encore d’études réalisée sur le sujet, c’est trop récent. Il est donc difficile de définir avec précision le phénomène. Peut-être que des parents, au-delà du débat sur la vaccination, préfèrent attendre, ont simplement postposé la vaccination de leurs enfants pour ne pas les exposer à du stress supplémentaire ? ». Cela semble effectivement le cas.

« Les jeunes de moins de 18 ans, ne sont pas concernés par la vaccination contre le Covid-19 »

Clément Brasseur ajoute aussi un autre élément, lié lui aussi à l’évolution de la crise sanitaire. « Il y a une certaine confusion entre les vaccins proposés au niveau de la médecine scolaire et le fait que la vaccination contre le Covid-19 a été lancée. Il faut rappeler aux parents que les enfants, les jeunes de moins de 18 ans, ne sont pas concernés par la vaccination contre le Covid-19. À l’école, on les vaccine uniquement contre les maladies déjà prévues dans les programmes de vaccination dans la FWB (rougeole, oreillons, coqueluche, etc.). Le contexte a sans doute suscité des craintes de certains parents de donner leur accord ».  

L’école, élément central

Vincent Yzerbit, psychologue social, professeur à l'Institut de recherche en sciences psychologiques de l'UCLouvain, confirme le risque d'amalgames. « Ce qui se passe, c’est qu’il y a une confusion chez les parents sur la nature des vaccins qui sont présentés aux enfants. Il y a un travail à faire du côté de l’enseignement, on parle souvent de la réaction du grand public face aux campagnes de vaccination. Du manque d’information. Mais celle-ci doit se donner dès le plus jeune âge, à l’école. Il faut préparer les futurs citoyen·ne·s à la vaccination de façon plus exactes. D’en comprendre les limites, les atouts ».

« On a eu moins de possibilités de faire passer le message et, donc, on a eu moins de retour »

En fait, de telles présentations existent. Mais Clément Brasseur pointe un autre élément, encore une fois lié à la crise sanitaire. L’information dans les classes a été perturbée par le Covid-19. « Les services et les centres ont été fort pris par le suivi de la pandémie. Dans la plupart des cas, cela n’a pas été possible d’aller expliquer en classe, aux élèves, les informations liées à la vaccination. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles on a moins de retour. Toute cette sensibilisation à la vaccination qui est réalisée par des médecins, des infirmières et infirmiers (surchargé·e·s ces derniers mois) n’a pas pu être mise en place. La seule information donnée n’a souvent été qu’un document écrit, perdu dans la masse d’informations données aux parents. On a eu moins de possibilités de faire passer le message et, donc, on a eu moins de retour ».

Esprit critique et citoyenneté

Une explication qui ne peut que renforcer Vincent Yzerbit dans son plaidoyer pour la diffusion d’une information claire, complète, intelligente sur les enjeux de la vaccination. « Dans notre pays, concernant la vaccination, on a opté pour le consentement. Et je crois que c’est une très bonne chose. Mais il faut viser un consentement éclairé de la part des personnes qui décident pour elles-mêmes, mais aussi pour leurs enfants. Il faut donc répondre aux questions en toute transparence. Il faut partager la connaissance et les convictions des scientifiques aussi ».

D’où l’importance d’exposer cela dans les classes. « L’esprit critique et la citoyenneté qui doivent forger les convictions, cela se forme dès le passage à l’école. Il faut y donner les outils de la compréhension. Heureusement, le discours scientifique conserve dans notre pays une certaine crédibilité, il faut en profiter. Regarder ce qu’une décrédibilisation des scientifiques peut provoquer dans des pays comme les États-Unis. Trump a cassé l’appareil scientifique de façon complètement inédite. Nos collègues américains sont atterrés de ce qui s’est produit ».

« Les vrais refus de vaccination sont rares. Cela se joue sur 2% ou 3% »

Le travail de sape mené par Trump a alimenté les débats. Ceux-ci ont souvent nourri le discours des « antis », notamment les anti-vaccins. La diminution des autorisations données par les parents n’est-elle pas à chercher aussi de ce côté-là ?

« L’appréhension vis-à-vis des vaccins a toujours existé, relève Clément Brasseur. Avant même l’arrivée du Covid-19. Le contexte anxiogène joue, c’est sûr. Sur les réseaux sociaux, on trouve tout et n’importe quoi. Avec des personnes qui profitent de la confusion dont je parlais tout à l’heure. Mais, jusqu’à présent, les vrais refus de vaccination sont rares. Cela se joue sur 2% ou 3%. Au final, l’important pour nous, c’est de diffuser l’information et que, sur base de ça, les parents fassent leur choix de la façon la plus éclairée possible. On a beaucoup travaillé sur ce phénomène d’hésitation vaccinale. »

Un site pour s’informer

De ce travail ressortent des conclusions qui collent à celles de Vincent Yzerbit. L’information doit être la plus claire possible. Ainsi, du côté de l’ONE, on a sorti un nouveau petit carnet en octobre, plus clair. On renvoie aussi vers le site vaccination-info.be pour obtenir des réponses fiables. Autre source d’infos conseillée, évidemment, les médecins traitants. « C’est normal d’avoir et de poser des questions. Il faut juste trouver les réponses les plus justes », conclut Clément Brasseur.

T. D.

 Vaccination : le point avec l’ONE en 3 questions

Des maladies dont les conséquences peuvent être graves circulent encore dans le monde et en Belgique : rougeole, coqueluche, oreillons, diphtérie, tétanos… Pour se protéger contre celles-ci, des vaccins sont recommandés à des âges clés, principalement à l’enfance et à l’adolescence.

► Comment les parents donnent-ils leur autorisation ?

Selon le choix des parents, ces vaccinations peuvent être réalisées chez le médecin traitant, dans les consultations ONE et certaines sont notamment proposées dans le cadre scolaire. C’est au cours de la 2e primaire, 6e primaire, 2e secondaire et 4e secondaire que les séances de vaccinations sont généralement organisées par les Services de Promotion de la Santé à l’école (PSE) ou par les Centres Psycho-Médicaux-Sociaux (PMS) dans les athénées. Ces vaccinations sont réalisées uniquement sur base volontaire.

Pour ce faire, un document d’autorisation de vaccination est transmis par le Service PSE ou le Centre PMS aux parents afin que ceux-ci marquent leur accord. Ce document indique précisément le nom de la maladie pour laquelle une vaccination est proposée. C’est en fonction de ce document et sur base des informations données par les parents que le médecin scolaire prescrira la vaccination. Sans accord des parents, aucune vaccination ne sera réalisée. Que ce soit celles prévues dans le calendrier vaccinal actuellement ou celles qui pourraient le cas échéant y être ajoutées.

 ► Vaccinations dans le cadre scolaire : contre quelles maladies ?

Seules les vaccinations contre les maladies suivantes sont possibles et gratuites dans le cadre scolaire : coqueluche, diphtérie, poliomyélite, tétanos, oreillons, rougeole, rubéole, infections à papillomavirus humains (HPV), méningites et maladies invasives à méningocoque C, hépatite B.

La vaccination contre la Covid-19 ne concerne pas les moins de 18 ans en 2021.

La plupart des vaccins nécessitent plusieurs doses à des âges différents. Toutes ces doses sont indispensables pour être bien protégé·e. Raison pour laquelle il est important de respecter l’ensemble du schéma vaccinal. Les Services PSE et les Centres PMS pour les athénées offrent une opportunité de pouvoir réaliser ces vaccinations gratuitement et sans contrainte organisationnelle.

► Que faire si le moment recommandé pour une vaccination a été dépassé ?

Si le moment recommandé pour une vaccination a été dépassé, tout n’est cependant pas perdu. Il est encore possible d’effectuer un rattrapage. Pour ce faire, les parents peuvent contacter le service de Promotion de la Santé à l’Ecole de leur enfant (ou le Centre PMS s’il fréquente un athénée) ou le médecin traitant.

Il n’existe pas de contre-indication à la vaccination en période d’épidémie. La vaccination reste un acte sûr et toujours recommandé même en période de coronavirus. En respectant bien sûr les principes de précautions et les gestes barrières tels qu’on les connaît.

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