Vie de parent

Les conflits parentaux centrés
sur l’éducation des enfants ont doublé
pendant le confinement

Les conflits « massifs » liés à l’éducation des enfants se sont multipliés après l’annonce gouvernementale du prolongement du lockdown. Des parents se sont retrouvés en total désaccord, en perte de contrôle, et plus enclins à l’agressivité.

Les conflits parentaux centrés sur l’éducation des enfants ont doublé pendant le confinement

Alors qu’habituellement, les conflits « massifs » liés à l’éducation des enfants tournent autour de 4% des parents, le prolongement du confinement annoncé le 27 mars dernier les a fait monter à 8,2% (les particularité de l'échantillon sondé se trouvent dans l'encadré ci-dessous). C’est l’un des premiers résultats les plus frappants d’une étude qui a eu lieu au sein de l’UMons.

À ce jour, l'étude s’est élargie au niveau international et est désormais menée dans 25 pays. La question posée dans cette étude est relative à l'impact que pourrait avoir le stress, lié à la crise sanitaire actuelle, sur la vie de couple et l'intimité. Est-ce que la situation que nous connaissons rapproche les couples ou au contraire, exacerbe les tensions et conflits ? Éclairages avec Sarah Galdiolo, professeur et chargée de l’étude à l’UMons, et Marie Géonet, chargée de cours et de l’étude à l’UCLouvain.

Quand vous dites que 8,2% des couples présentent des conflits massifs quant à l’éducation des enfants, que voulez-vous dire par conflits « massifs » ?

« Les parents se retrouveront dans des situations où ils vont perdre le contrôle de la parole et s’énerver de façon extrême devant les enfants. Ils seront complètement en désaccord sur l’éducation des enfants. L’un dira blanc, l’autre noir. Jusqu’à saper l’autorité de l’autre devant l’enfant plusieurs fois par jour, ou même devenir agressif. Ils n’arrivent plus à se contrôler, sont incapables de gérer leurs émotions. Ils sont fatigués, ont du mal à gérer la logistique et l’éducation de leurs enfants tout en étant obligé de performer dans leur travail. La coopération ne sera donc plus possible, et les valeurs divergeront au point où les parents en viennent à préférer exercer l’éducation de leurs enfants quand l’autre est absent. On n’est pas habitué à être tout le temps avec l’autre pour décider de tout : quand on est seul pour faire des choix sur l’éducation de l’enfant, c’est parfois plus facile. »

Vous parlez de conflits centrés sur l’éducation des enfants, mais pourriez-vous être plus précises? S’agissait-il de conflits liés l’enseignement/l’école, ou plutôt sur l’éducation des enfants à la vie sociétale ?

« Les partenaires se retrouvaient en désaccord sur la manière dont ils devaient agir avec les enfant. On peut distinguer trois questions qui ont suscité des débats et des tensions au sein des couples :

"C’est la question de la responsabilité partagée qui s’est révélée la plus problématique."

D’abord, celle des valeurs à transmettre pendant le confinement. Quelle utilisation des écrans ? Comment occupons-nous nos enfants 24h sur 24 ? L’un voudra être présent avec l’enfant, faire des activités, alors que l’autre préfèrera laisser l’enfant devant la télévision et ne pas s’en occuper de trop, par exemple.

Ensuite, la répartition des tâches logistiques a posé problème. Celles-ci ont augmenté de 6-7h par semaine vu que les enfants étaient désormais présents toute la journée. Il fallait leur faire à manger à midi, par exemple. Ces nouvelles charges ont augmenté les risques de dispute au sein des couples parentaux.

Enfin, et pour synthétiser les deux premiers points, c’est la question de la responsabilité partagée qui s’est révélée la plus problématique. Dans une relation conjugale sans enfants, le couple ne se retrouve pas avec plus ou moins de responsabilité durant le confinement, il a simplement plus de temps avec son partenaire. Du côté des parents, la responsabilité s’est incontestablement accrue. Ce qui a accentué les désaccords. »

" Nous avons l’impression qu’au fond, la situation de confinement n’est pas négative pour les couples sauf si ce dernier est déjà fragile à la base."

Des conséquences à long terme sur le bien-être du couple parental ont pu être observées ?

« Non, nous n’avons pas de données sur le fait que les gens vont se séparer ou pas. Nous devons encore investiguer. Mais nous avons l’impression qu’au fond, la situation de confinement n’est pas négative pour les couples sauf si ce dernier est déjà fragile à la base. Là où il y avait déjà des conflits importants, le lockdown risque de les exacerber. Mais ce genre de constat devra faire l’objet d’une étude à long terme. »

Des éléments positifs peuvent-ils être relevés ?

« Oui, bien sûr. Des interactions positives peuvent être notées : le fait de partager tous les repas en famille, de faire des balades quotidiennes avec les enfants, de ne pas être stressé le matin et pouvoir déjeuner tranquillement, cela a fait du bien. De nouveaux rituels ont pu être mis en place, ce qui a fait du bien à la famille de manière générale. »

Alix Dehin

Les caractéristiques de l’échantillon interrogé

« L’étude a porté sur 779 individus (dont 473 parents/582 femmes et 195 hommes) avec une moyenne d’âge de 36 ans, en couple depuis 11 ans en moyenne, et qui passaient en moyenne 18h par jour ensemble durant le confinement et essentiellement en télétravail. Ce sont aussi des personnes qui ont toutes fait des études supérieures. Nous travaillons à ouvrir cet échantillon à un maximum de nouvelles personnes pour le futur. »

A ce propos, l’étude est toujours en ligne et en cours. Si vous souhaitez y participer, n’hésitez pas et cliquez sur ce lien .