Vie de parent

Élections 2019 : 5 solutions
pour les parents (2/5)

Les « coupons séparation » : un dispositif novateur et nécessaire pour les parents séparés

La Ligue des familles a conçu un nouveau système public d’aide aux parents qui se séparent. Nous proposons l’accès gratuit à des séances de médiation familiale, des conseils juridiques, un accompagnement psychologique et un suivi social. Une solution qui peut être mise en œuvre dès la formation du prochain gouvernement.

Élections 2019 : 5 solutions pour les parents (2/5)

40 % des parents ne vivent plus avec l’autre parent de leur·s enfant·s, plus encore dans les grandes villes. La séparation est aujourd’hui le premier risque dans la vie d’une famille. Et pourtant, rien n’a été pensé, ni organisé, pour apporter une aide concrète dans ces moments de vie difficiles aux niveaux financier, matériel et émotionnel.
Rien de centralisé, sans aucune prise en charge financière. Les parents se retrouvent livrés à eux-mêmes, à devoir chercher des informations dans tous les sens, assumer des frais d’avocat ou de médiateur, offrir à leur·s enfant·s (ou à soi-même) un soutien psychologique pour passer ce cap, devoir entièrement réorganiser leur vie matérielle (trouver un logement, faire des démarches administratives sans fin, etc.).
Ceux qui le peuvent payent ces services, les autres se débrouillent, avec parfois de lourdes conséquences sur leur vie matérielle ou leur santé mentale. Alors qu’une économie fleurit autour de ces parents séparés, aucune solidarité n’est organisée pour les aider à faire face à ces coûts. Pour combler ce vide, la Ligue des familles propose la création d’un nouveau système public, doté d’une administration, mettant à disposition des parents séparés des services adaptés et gratuits, sans contrôle, ni justification, pour les bénéficiaires.

Un nouveau droit

Malade, vieillissant, accidenté professionnellement ou au chômage, les pouvoirs publics vous aident au travers de la Sécurité Sociale. Vous êtes séparé·e ? Rien pour vous, notre société est toujours organisée sur des modèles familiaux papa/maman/les enfants/une maison/un travail pour la vie.
C’est bien dommage, car la séparation appauvrit les familles (toutes les études le démontrent) et les fragilise de façon aiguë au moment de ce changement de vie. Avec cette proposition, la Ligue des familles veut créer un nouveau droit pour les parents séparés. Pour tous les parents séparés : divorcés, ceux qui ont mis fin à une cohabitation légale ou de fait. La seule condition ? avoir eu un ou plusieurs enfants ensemble, de moins de 18 ans au moment de la demande.
Nous revendiquons également la mise en place de ce nouveau droit sur le principe d’une simple déclaration du parent, sans contrôle (fini, de compter les brosses à dents dans les salles de bain). Ce dispositif serait entièrement gratuit pour les parents, sans avance de fonds.
Enfin, nous souhaitons la qualité des services par la nécessité d’agrément des professionnels qui assureront ces prestations.
Avec la création de ce nouveau droit, nous visons l’égalité d’accès à des services de qualité et de proximité, agréés par des institutions reconnues, via des procédures faciles, rapides et fiables. Chaque parent est libre d’utiliser le service dont il a besoin, au moment qui lui convient, sans limitation dans le temps.

Une solution innovante, facile et accessible à tous les parents

Concrètement, le parent séparé se rendrait sur un site web facilement identifiable (du type « jemesepare.be »). Une fois inscrit dans le dispositif, il recevrait un « coupon électronique » avec un numéro. Il introduirait alors son code postal et accéderait à une liste des prestataires proches de chez lui agréés par le dispositif (psychologues, médiateurs, avocats et services sociaux). Il choisirait celui qui lui convient et organiserait ses rendez-vous. Le professionnel le recevrait, vérifierait qu’il est bien inscrit et qu’il ne dépasse pas le nombre de séances auquel il a le droit. Il se ferait ensuite rétribuer sur le modèle du tiers-payant : le parent ne devrait pas avancer d’argent.
L’administration fédérale en charge de ce dispositif aurait pour mission de garantir l’égal accès au dispositif, de vérifier et de mettre à jour les listes de professionnels agréés sur le site web, d’assurer l’accès des parents au dispositif et de procéder à son évaluation régulière.
Ce dispositif serait un premier pas. Il ne réglera pas tous les problèmes liés à la séparation, ni les difficultés vécues par les parents solos. Nous plaidons dans le même temps pour une amélioration du versement des allocations familiales en cas de séparation, pour une garantie du paiement des contributions alimentaires, etc.
Mais il offrirait une aide concrète qui, de l’avis de tous, est fondamentale.
Cette proposition a d’ailleurs été élaborée avec une soixantaine de professionnels et des parents concernés. Et puis, surtout, il ferait entrer les politiques familiales dans une modernité plus qu’attendue par les parents. Il serait temps. Allez, futur·e·s élu·e·s, ne vous privez pas de tout ce travail que nous vous offrons gracieusement. Adoptez cette proposition et inscrivez-là dans le plan d’action du futur gouvernement fédéral. C’est dans votre intérêt et surtout dans celui des familles d’aujourd’hui et de demain.

 3 questions à…  Valérie Leleu, avocate spécialisée en droit de la famille au Barreau de Bruxelles

Quelle première réflexion vous inspire ce dispositif pour les parente n cas de séparation ?
C’est vraiment une excellente idée, notamment parce qu’elle peut permettre l’accès à une information juste. De ma propre expérience professionnelle, je constate que même une simple séparation, souhaitée par les deux parties, a un coût financier que l’on n’estime pas toujours facilement.
Être séparés est une situation difficile parce qu’il faut souvent se reloger, acheter des meubles, etc. Ces dépenses nécessaires le sont au détriment d’un rendez-vous auprès des professionnels que sont les psychologues, les médiateurs ou les avocats. Et ils peuvent encore se le permettre, les gens vont alors au plus urgent. Donc, oui, il y a vraiment quelque chose à faire de ce côté et votre proposition est une belle idée qui va dans ce sens.

Les parents qui se séparent sont-ils généralement bien informés ?
Là encore, mon expérience de terrain montre que, non, les parents ne sont pas assez informés. Et s’ils le sont, c’est très souvent par le bouche-à-oreille avec la famille, les amis, les collègues, donc c’est une information biaisée. Ce qui se transmet alors, c’est une espèce de résumé juridique, avec forcément beaucoup d’émotions et des recherches sur le net où il y a quand même pas mal de jargon professionnel.
La réalité, c’est que si la loi est la même pour tous, chaque cas est particulier. On touche au plus intime de la vie privée, il y a en jeu des biens, de l’argent et, surtout, au cœur de tout cela, les enfants.

Consulter des professionnels est donc pour vous une étape obligatoire ?
Absolument ! Même si c’est une séparation qui se passe bien entre les parents. Du côté juridique, il est important de mettre par écrit ce qui a été décidé, de le formaliser pour l’avenir, parce qu’on ne sait jamais ce qui peut se passer. Et puis, symboliquement, c’est une page qui se tourne avec des engagements, des droits, des devoirs qui sont clairs.
Au niveau psychologique, l’accompagnement n’est jamais superflu. Cela peut permettre aux parents de passer le cap avec plus de sérénité, de faciliter la communication entre ex-conjoints, mais aussi avec les enfants. Ce n’est pas toujours aussi simple pour eux de voir leurs parents se séparer. Ils ont besoin aussi de ce suivi psychologique, évidement si cela se passe mal entre les parents, mais aussi si la séparation se déroule dans la communication et la sérénité. Dans ce cas, les enfants peuvent ne pas comprendre la séparation et il faut donc les accompagner dans la démarche.    

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles

Ils en parlent... 

Trop tard !

« Je me suis séparée il y trois ans et j’aurais effectivement eu besoin d’aide à ce moment-là. J’ai cru que j’étais préparée, que tout allait bien se passer parce que nous nous quittions d’un commun accord et je me suis bien trompée. On n’imagine pas les difficultés qui peuvent survenir. Pour moi, ça a été de faire accepter notre décision de séparation aux enfants. Aujourd’hui, ils ont 5 et 8 ans et c’est encore un problème. J’aurais aimé être accompagnée plus tôt pour pouvoir moi-même accompagner mes fils dans cette séparation. »
Natacha

De l’huile dans les rouages

« Je suis en plein dedans ! Pour moi, c’est une véritable épreuve, parce que rien n’est simple avec mon ex-compagne. Elle refuse à peu près tout compromis, manque les rendez-vous importants, oublie de me transmettre des documents. Alors, un accompagnement, des services accessibles, des professionnels qui peuvent m’aider ou faciliter la communication, je suis évidemment pour. Une séparation, c’est déjà une drôle de chose, mais si en plus c’est chaotique, ça devient vite une épreuve qui finit par rendre dingue. »
Nicolas

Oui à la centralisation des infos

« Quand je me suis séparée de mon ex-mari, il est parti vivre en Flandre, alors que moi, je suis restée à Nivelles. Pour tout ce qui me concerne, j’ai pu me débrouiller. Par contre, pour tout ce qui concerne les enfants, ça a été la galère. Si j’avais pu trouver une sorte de guichet unique pour les démarches administratives, le suivi médical, tout ça, ça aurait été tellement plus simple ! »
Aïcha  

Rendez-vous

Trois autres propositions du service Études de la Ligue des familles vous seront présentées dans le Ligueur avant les élections :

  • Le 3 avril sur la fiscalité familiale.
  • Le 30 avril sur le logement
  • Le 15 mai sur l’accueil de la petite enfance.
     

Vous souhaitez aller plus loin dans la réflexion sur ces sujets ? Retrouvez nos analyses et nos études.

À lire

Retrouvez la première proposition sur la conciliation de la vie familiale et de la vie professionnelle.

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