3/5 ans

Les dessins animés à la loupe

De Bambi aux Nouveaux Héros en passant par Titeuf ou les Totally Spies : les dessins animés occupent depuis des décennies les écrans et l’imaginaire des enfants de tout âge. Comment ont-ils évolué ? Quels sont leurs bienfaits et les risques pour nos bambins et comment éviter la crise lorsqu’on éteint la télé ? On vous explique tout !

Les dessins animés à la loupe

26 mai 1938 : Blanche-Neige et les Sept Nains, premier long métrage d’animation jamais paru, sort dans les cinémas belges. Les enfants se pressent par milliers pour admirer sur grand écran les aventures de cette jolie princesse et de ses drôles de compagnons. Depuis lors, les films d’animation se sont succédé dans tous les styles et sous toutes les formes.

D’hier à aujourd’hui

En regardant de plus près, force est de constater que les thèmes des dessins animés ont finalement peu changé : on y retrouve toujours des héros qui combattent le crime et sauvent l’humanité (d’Albator aux Pyjamasques en passant par les Totally Spies), des princesses qui rencontrent leur prince charmant (Blanche-Neige, La Petite Sirène, La Princesse et la Grenouille et j’en passe), des mondes imaginaires, des châteaux et beaucoup d’animaux. Les Walt Disney, grands maîtres de la tragédie, continuent d’aborder des thèmes durs avec poésie : si la mort de Bambi ou de Mufasa a marqué notre enfance, d’autres scènes tristes ou intenses apparaissent encore dans les dessins animés plus récents.
Outre les évolutions techniques évidentes, le principal changement concerne les héros, moins genrés qu’auparavant, même s’il y a encore du chemin à faire. De Blanche-Neige ou Cendrillon, parfaites petites reines du ménage, à Rebelle ou encore Tiana (La Princesse et la Grenouille), femmes fortes et indépendantes, les dessins animés semblent être le reflet de leur époque. Les Totally Spies, superhéroïnes capables de sauver le monde au même titre que leurs homologues masculins, ont également marqué un tournant à ce niveau. La tendance est donc progressivement aux héros moins stéréotypés et aux dessins animés destinés aussi bien aux filles qu’aux garçons.
Depuis les années 2000, les héros « ordinaires » ont le vent en poupe. Qui sont-ils ? Titeuf, Cédric, Hé Arnold, Sourire d’enfer, Foot2rue et bien d’autres. Ici, pas de superpouvoirs. Ils utilisent un langage jeune, vivent une vie normale et ont les préoccupations de jeunes de leur âge : l’école, les copains, la cour de récré, les conflits entre amis, des amourettes de préados, la relation avec les parents. Ces « antihéros » entraînent une identification forte de la part des enfants qui veulent leur ressembler.

Pourquoi les enfants adorent-ils les dessins animés ?

« À travers les dessins animés, les enfants peuvent se comparer, vivre par imitation et entrer en empathie avec ce qu’ils voient, explique Annie Deplanck, psychologue pour enfants. Le dessin animé peut également apporter des résolutions par rapport à leur propre vécu. Quelque part, ils s’identifient aux personnages et peuvent trouver des solutions à leurs propres questionnements ». Le dessin animé permet aussi de rêver et de s’échapper du quotidien, de s’imprégner d’un univers nouveau, magique ou réaliste, qui attise la curiosité de l’enfant.
Il peut dès lors s’avérer très bénéfique pour l’enfant, pour peu qu’il soit adapté à son âge et à ses besoins. « Un dessin animé, comme un livre, peut servir de support aux parents pour aborder un sujet sensible afin que l’enfant comprenne mieux ce qu’il traverse, ce qu’il a vécu, ce qu’il voit. Mais il est important que le parent ait un rôle d’accompagnateur, qu’il aide son enfant à assimiler cette information, à la remettre dans un contexte », souligne la professionnelle.
Tout comme la chanson qu’on écoute en boucle ou le film qu’on a déjà vu dix fois, il est courant qu’un enfant ait besoin de regarder plusieurs fois le même dessin animé. Il anticipe ses moments préférés, décortique l’intrigue dans tous les sens. « Certains films entrent en résonnance avec le vécu d’un enfant et cela peut lui faire beaucoup de bien, explique Annie Deplanck. Par exemple, j’ai eu comme patient un jeune garçon qui avait été adopté à l’âge de 10 ans. Il parlait très peu de son passé mais voulait toujours regarder le même film, en particulier une scène qui le marquait. À travers ce film, les parents ont pu comprendre ce qu’il avait vécu ».

Quels risques pour nos enfants ?

Attention toutefois aux généralités : tous les enfants n’adorent pas tous les dessins animés, et tous ne sont pas bénéfiques pour eux. Selon l’âge de l’enfant, son vécu, sa sensibilité, certaines scènes ou ambiances pourront le heurter, le déranger, voire le traumatiser. L’accompagnement est ici encore primordial et il est important que le parent garde un œil sur ce qui défile à l’écran.
« Je déconseille fortement la télévision chez les enfants avant 3 ans, explique la psychologue. De nombreuses recherches prouvent en effet qu’elle n’a aucun impact positif chez les très jeunes enfants, au contraire ». Certains spécialistes parlent même d’un risque d’addiction comparable à celle attribuée à certaines drogues. Si cette information a par la suite été contrebalancée, il reste toutefois important de souligner les risques qu’entraîne un excès de télé chez les petits. Nervosité, dépression, insomnie, cauchemars… Alors, les dessins animés : oui, mais à petite dose et bien choisis.
« Il faut également une cohérence entre l’attitude des parents et le cadre qu’ils donnent à leurs enfants, poursuit Annie Deplanck. En d’autres termes, si les parents sont eux-mêmes addicts à leur écran, il n’y a pas de sens à limiter son utilisation chez l’enfant. Il vaut mieux que le parent évite lui-même l’utilisation d’écrans quand il est avec ses enfants, surtout lorsqu’ils sont en bas âge. Laisser la télévision allumée constamment, même en fond, est également nuisible pour l’enfant, qui sera happé et réduira ses temps de jeux. »

Marie-Laetitia Mattern

Zoom

Trois conseils pour éviter la crise

C’est classique : l’enfant est hypnotisé par son dessin animé et lorsqu’on l’arrête, c’est la catastrophe. Pleurs, cris, colère, on regrette presque d’avoir opté pour ce moment de tranquillité facile… Pour éviter la crise, Annie Deplanck donne trois conseils :

  • Être proactif, établir des petits contrats : « Tu regardes ce dessin animé-ci, et puis on arrête et on fera un autre jeu ». Ainsi l’enfant sait d’emblée qu’il y aura une fin et peut l’anticiper, tout en profitant pleinement de son épisode.
  • Le dessin animé est une source de plaisir parmi d’autres : il est important que cela ne devienne pas l’occupation principale. Mieux vaut donc éviter le piège de la facilité en choisissant systématiquement le dessin animé pour pouvoir vaquer à d’autres occupations. Bien sûr, cela peut arriver, mais regarder la télévision doit faire partie d’une démarche active, pédagogique et éducative.
  • Favoriser le contenu plutôt que la période-temps : l’enfant sera très frustré si on coupe le dessin animé avant la fin. Mieux vaut qu’il regarde un épisode complet qu’un et demi…

Hit-Parade

Nos 5 coups de cœur

  • T’Choupi (3-4 ans) : T’Choupi est un petit pingouin qui ne se sépare jamais de son doudou. Ce qu’on aime dans ce dessin animé ? Sa simplicité, sa douceur, son accessibilité. Aucun risque de scènes difficiles pour les plus petits. Autre avantage : les épisodes ne durent que 5 minutes.
  • Pyjamasques (3-4 ans) : les incontournables de la cour de récré. Trois héros ordinaires qui se transforment en superhéros une fois la nuit tombée. Un dessin animé intelligent et éducatif, avec une fille dans le trio, ce qui n’est pas toujours le cas.
  • Les As de la Jungle (5-7 ans) : outre le long métrage sorti en 2017, Les As de la Jungle existent aussi sous forme de série, avec des épisodes de 11 minutes. Cette équipe d’animaux exotiques a pour mission de soutenir et d’aider les autres. Un thème formateur traité avec beaucoup d’humour.
  • Ernest et Célestine (5-7 ans) : ce long métrage sorti en 2012 est un petit bijou d’originalité et de poésie. Inspiré de la série de livres de Gabrielle Vincent, il raconte l’histoire d’une amitié improbable entre Ernest le gros ours et Célestine la petite souris. À regarder en famille un soir de pluie.
  • Vice Versa (8-10 ans) : ce dessin animé plaira autant aux grands enfants qu’à leurs parents. Les émotions y prennent la forme de personnages qui font ainsi vivre la joie, la tristesse, la colère, la peur et le dégoût avec beaucoup de finesse. Un bon support pour aborder certains sujets délicats avec ses enfants.
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Le petit écran cantonne les 3-6 ans dans des rôles…

Les enfants de maternelle n’échappent malheureusement pas à la vision d’images violentes à la télé. Une situation, affirment les spécialistes, qui risque de les cantonner dans l’une des trois figures proposées par ces images : la victime, le bourreau ou le sauveur. Pour contrer ces effets pervers, le programme Yapaka de prévention de maltraitance initié par la Fédération Wallonie-Bruxelles propose un Plan B (le Plan A, se passer de télé, n’étant pas tenable). Il s’agit du jeu des trois figures.

 

Zapper les écrans

À la gare ou en rue, les publicités s’animent et captivent déjà nos marmots en poussette. Dans la poche ou dans la main, notre smartphone est toujours prêt à être dégainé. À la maison, l’ordi et la télé sont bien incrustés. Et au milieu de tous ces écrans, nos enfants. Alors, dans ce monde ultra-numérisé, comment bien connecter nos enfants ? Éric Willems, chercheur au département Technologie et Éducation de l’UNamur, balise le parcours avec nous.