9/11 ans

Les difficultés scolaires : une question d'amour

Parmi les facteurs de réussite à l'école, on cite souvent les capacités intellectuelles, le goût de l'effort, l'influence du milieu social ou culturel. Dans son livre, Réussir à l'école : une question d'amour ? (Larousse pratique), Stéphane Clerget, pédopsychiatre, affirme que l'amour est, lui aussi, décisif. Rencontre.

Les difficultés scolaires : une question d'amour

Le Ligueur : Vous dites que les facteurs émotionnels exerceraient une influence capitale sur les apprentissages et que le défaut d’amour est la cause principale de l’échec scolaire.
Stéphane Clerget : « J’observe que les difficultés scolaires constituent un motif de consultation de plus en plus fréquent. Dans 90 % des cas, ces difficultés sont liées à un défaut d’amour. Le manque de motivation, l’incapacité à fournir des efforts, voire les problèmes de compréhension, ont la plupart du temps des origines affectives, actuelles ou anciennes. Les causes purement intellectuelles de l’échec scolaire sont extrêmement rares. Même lorsque l’enfant présente une dyslexie, une dysorthographie ou une dyscalculie, on s’aperçoit généralement que la dimension affective peut elle aussi exercer une influence. »

INTELLIGENCE ET DÉVELOPPEMENT ÉMOTIONNEL

L. L. : Quels sont les mécanismes affectifs qui influencent les apprentissages ?
S. C. : « L’intelligence, tant logico-mathématique que verbale, est logée dans le cortex, qui est lui même en lien permanent avec le système limbique, le siège des émotions. Autrement dit, le développement de l’intelligence est intimement lié au développement émotionnel. Un enfant qui serait élevé sans amour deviendrait bête. Dans une moindre mesure, des difficultés affectives, des inquiétudes, des secrets de famille, des malentendus ou des problèmes de place au sein de la fratrie peuvent générer de l’échec scolaire. Si l’on repère et si l’on traite ces difficultés d’ordre affectif, les résultats à l’école sont susceptibles de s’envoler, alors que des mois et des mois de cours particuliers n’auraient apporté aucune amélioration. Cela ne marche cependant pas à tous les coups. Car il n’est pas toujours possible d’identifier la nature de ces difficultés émotionnelles. Ou bien parce que l’enfant a déjà accumulé un retard qui lui sera quasi impossible de rattraper. »

L. L. : On dit souvent aux enfants : « Tu n'apprends pas pour tes parents, mais pour toi-même, pour préparer ton avenir ». Selon vous, l'amour est-il le moteur principal de l'enfant lorsqu'il est en classe ?
S. C. : « Oui, c’est clair, du moins jusqu'à la puberté. L’enfant peut certes éprouver le plaisir de savoir, qui est un peu du même type que le plaisir de manger, un plaisir oral. Mais il est surtout mû par le plaisir, presque phallique, de grandir. L’enfant comprend que l’école le lui permet. Aujourd’hui, elle constitue même la principale échelle : on passe en 4e, en 5e, en 6e… Et ce qui le motive le plus, c’est de croître dans les yeux de ses parents et, plus largement, dans les yeux des adultes auxquels il s’attache. L’enfant travaille donc avant tout pour eux. Il faut ainsi garder à l’esprit qu’élever un enfant, c’est l’aider à s’élever, et lui montrer que cela passe par les apprentissages. »

DES RÊVES COMME DES PRISONS

L. L. : Quel rôle jouent les projections que les parents nourrissent envers leurs enfants ?
S. C. : « Un rôle à la fois essentiel et complexe. Chaque parent doit faire un effort de lucidité et essayer de cerner ce qu’il projette sur son enfant. Mais ce travail n’est pas toujours facile à effectuer tout seul. Car consciemment, on se dit bien sûr qu’on veut que notre enfant réussisse, qu’il travaille bien à l’école. Mais si on creuse un peu, peut-être qu’il nous fait penser à telle ou telle autre personne, qui avait tant de mal en classe, peut-être qu’on l’imagine dans une trajectoire similaire… Il faut aussi savoir que plus on a d’enfants, plus on a de projections différentes. Et il est bon que chaque enfant soit confronté à des projections plurielles, qu’il soit entouré de plusieurs adultes qui imaginent pour lui des destins différents et, de la sorte, lui donnent le choix. C’est plus difficile s’il est élevé par un seul adulte ou s’il vit une relation fusionnelle avec son père ou sa mère : il a alors le sentiment de devoir répondre à la projection du parent en question. En règle générale, l’enfant perçoit la ou les projections, mais il peut tout aussi bien s’y conformer que s’y opposer. Ce qu’on nomme l’hyperactivité manifeste bien souvent la volonté de l’enfant d’échapper aux projections de ses parents. »

L. L. : Comment se défaire, en tant que parents, de ces projections, notamment lorsqu'elles sont négatives ou ne correspondent pas aux aspirations de l'enfant ?
S. C. : « En prendre conscience, c'est un peu une façon de s'en défaire. Si l’on pointe que tel enfant, dans son attitude en classe, rappelle à la mère son petit frère parti vivre en Thaïlande et qui lui manque tant, on fait déjà un grand pas. Même si le parent ne parvient pas à se défaire d’une telle projection, cette prise de conscience libère l’enfant, l’aide à aller mieux, parfois même de manière spectaculaire. Le fils, qui inconsciemment se comportait à l’école comme son oncle pour faire plaisir à sa mère, pour représenter l’absent, change d’attitude. »

L. L. : Comment expliquer qu'au sein d'une même fratrie, certains enfants apprennent mieux que d'autres ? Justifiez-vous cela par des projections différentes ?
S. C. : « Oui. Cela tient aux projections de la mère, du père… Et aussi au besoin qu’a, par exemple, tel enfant de s’identifier à son père, qui se trouve avoir eu une scolarité chaotique. Dans ce cas, il faut expliquer à l’enfant qu’il peut très bien lui ressembler sans forcément mal travailler à l’école. Enfin, il s’opère au sein de la fratrie un partage des rôles : si la place du bon élève est déjà occupée par l’un des enfants, les autres auront plutôt tendance à développer des compétences extra-scolaires pour pouvoir se distinguer.
Il y a peut-être là une nécessité biologique de l’espèce : dans une famille, on développe des compétences multiples, un peu comme s’il s’agissait d’un clan tenu d’occuper tout le terrain : on trouvera un intellectuel, un sportif, quelqu’un qui veut toujours mettre de l’ordre partout, une petite cuisinière… On observe très bien ce phénomène dans les familles nombreuses ou recomposées. »

L. L. : Quelles sont les conséquences à en tirer ?
S. C.
 : « Il faut aider son enfant à se réaliser pleinement dans la mission qu’il s’est donnée. Après s’être vraiment assuré qu’il s’agit de son choix et pas seulement d’une acceptation des projections parentales. Si l’enfant occupe la place du petit sportif, il faut se demander si ce n’est pas uniquement parce que son père est fou de sport. Par ailleurs, il faut aussi essayer de lui faire passer le message suivant : ‘C’est ton frère, peut-être, qui sera l’intello de service. Toi, tu seras un sportif accompli. Mais cela ne doit pas t’empêcher de travailler à l’école. Tu ne dois pas être mauvais en classe, tu peux très bien être moyen, ou même bon, cela ne représente aucune menace pour ton frère’.
Le problème, dans notre société de plus en plus basée sur la compétition, c’est qu’on a le sentiment de devoir être très compétent, d’être le meilleur dans notre domaine, sinon notre entourage n’est jamais satisfait… Du coup, un nombre incroyable d’enfants, s’apercevant qu’ils ne sont pas très bons, juste moyens, baissent totalement les bras et se bloquent. Acceptons la médiocrité ! »

LE DROIT D’AIMER L’ECOLE

L. L. : Si nous avons aimé l'école, notre enfant a-t-il plus de chances de l'aimer aussi ?
S. C. :
« Les statistiques montrent que ceux qui obtiennent les meilleurs résultats sont les enfants d’enseignants, les enfants de personnes qui ont tellement aimé l’école qu’ils ne l’ont jamais quittée. Si, à l’inverse, notre scolarité a été une expérience difficile, douloureuse, il faut le dire à son fils ou à sa fille. Le fait de raconter ses mauvais souvenirs, c’est déjà une façon, là encore, de limiter ses projections. Du coup, l’enfant comprend pourquoi son parent a la boule au ventre lorsqu’il l’accompagne en classe. Il comprend que si son père ou sa mère ne supporte pas son enseignante, c’est parce qu’elle lui fait penser à l’instit qu’il ou elle avait dans son enfance. Il ne se dit pas : ‘Elle doit être méchante, je ne veux pas travailler pour elle’. Si on explique tout ça, l’enfant comprend que le malaise ne vient pas de lui et qu’il a, lui, le droit d’aimer l’école. »

L. L. : Faut-il punir en cas de mauvaises notes ?
S. C. : « Non. Il faut chercher à comprendre ce qui n’a pas été acquis et se demander comment aider son enfant. Une mauvaise note est déjà en soi une punition. Et il n’y a pas lieu d’appliquer la double peine. »

Propos recueillis par Joanna Peiron

 POINT DE VUE

Les câlins avant les devoirs

Lorsque l’enfant rentre de l’école, la priorité doit être de lui faire un câlin, de discuter avec lui de tout et de rien, de préparer à manger avec lui, et non pas de lui parler immédiatement de l’école. Bref, comme le dit Stéphane Clerget, il faut se conduire « comme des parents et non comme des professeurs particuliers ».
Dans un second temps, on invite son enfant à faire ses devoirs, dans l’endroit qui lui convient le mieux et de la manière la plus autonome qui soit, tout en lui proposant notre aide en cas de besoin. « Au bout du temps imparti, par exemple vingt minutes en dernière année du primaire, on dit ‘stop’, que le travail ait été fini ou pas. Et on passe à autre chose, même si notre fils ou notre fille doit obtenir une mauvaise note », conseille le pédopsychiatre. Car selon lui, si l’enfant consacre trop de temps aux devoirs, c’est aux dépens d’autres composantes essentielles de sa vie. Et s’il ne dort pas assez, s’il ne joue pas assez, s’il n’a pas d’échanges informels, il n’ira pas bien et sera donc encore moins performant à l’école. Mieux vaut rencontrer le professeur et essayer de le convaincre de donner moins de travail à la maison.

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