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Les disputes des parents frappent les enfants

Pas besoin de chercher les conflits, ils arrivent tout seuls ! Dans la mesure du possible, les adultes peuvent essayer d’écarter leurs enfants quand une discussion devient houleuse ou la postposer si elle risque d’être ardue. Des attitudes plus faciles à énoncer qu’à mettre en pratique, ces mises à l’écart ou ces remises à plus tard n’allant pas de soi ! Alors ?

Les disputes des parents frappent les enfants

On le sait, les enfants sont des éponges et tous les comportements parentaux les influencent. Vaut-il mieux alors tenter d’échapper aux conflits ? Les fuir à tout prix pour protéger sa progéniture ? Ce n’est pas idéal non plus ! Ainsi, des adultes qui évitent toutes disputes risquent de donner pour modèle à leur(s) enfant(s) le fait de battre en retraite pour un oui ou pour un non. Tout conflit serait tellement dangereux qu’en cas de désaccord, mieux vaudrait abdiquer. Ces parents donnent ainsi à penser qu’il faut éviter de s’affirmer et investir son énergie dans la fuite plutôt que dans la recherche d’une solution. Une attitude qui n’aidera les enfants ni dans leur vie sociale future ni dans leur vie scolaire actuelle.

Sans violence, elles apprennent à vivre

Attention, il y a dispute et dispute ! Une dispute sans violence, sans propos destructeur, sans volonté d’écraser l’autre met en évidence les différences bien réelles entre personnes. Quand elle se termine, elle témoigne qu’on peut mettre des mots sur les problèmes et les discordances. On peut n’être pas d’accord sans que cela soit grave, chercher et trouver des solutions acceptées par les protagonistes.
Et surtout, on peut se disputer, être en désaccord et s’aimer malgré tout ! Ainsi, quand le calme est revenu, Marius voyant ses parents s’embrasser se tranquillise : « Vous n’allez pas vous séparer, alors ? ». Il est effectivement important de rassurer les enfants après une discussion bénigne.
En effet, société actuelle oblige, les marmots savent dès la maternelle (et même dès la crèche) que les séparations et les divorces sont fréquents. Et ceux qui ne les vivent pas - comme ceux qui vivent dans une famille recomposée - les craignent. Il est donc utile d’insister et de rassurer tout le monde : « On peut ne pas être d’accord, c’est normal de ne pas toujours être du même avis. C’est difficile de trouver une solution, mais on y arrive... Et on s’aime toujours ! »
Quand les disputes sont peu fréquentes et non destructrices, quand les adultes règlent pacifiquement et verbalement des conflits, les enfants en retirent des leçons qui sont utiles à leur évolution personnelle. Ainsi, ils n’auront pas peur de manifester un désaccord, d’affirmer une opinion, un avis ou une émotion. Ils auront tendance à rechercher et négocier un compromis. Des atouts dans la vie en société !

Futiles et permanentes, elles se banalisent

Certains couples fonctionnent sur un mode de désaccords futiles mais constants. On crie beaucoup, on pleure, on vit sans cesse dans le bruit et le mini-conflit. Ces chamailleries permanentes, ces discussions pour des queues de cerises sont devenues un moyen de communication. Un mode de fonctionnement pas vraiment choisi mais qui, en quelque sorte, s’impose parce qu’aucun autre ne semble possible, praticable. 
Qu’en retiennent les enfants ? Eux aussi risquent de s’exprimer par des cris, eux aussi se disputent pour un rien… Ils n’apprennent évidemment pas à communiquer paisiblement et cela pourrait leur poser problème avec leurs copains comme ultérieurement dans la vie sociale.
Il arrive aussi que les parents banalisent les cris, ceux-ci faisant partie de leur vie de tous les jours. « Elle crie beaucoup, mais ce n’est pas grave, c’est comme ça ! », explique, par exemple, Aurélien à un voisin quelque peu étonné du niveau sonore de la maisonnée.

Violentes, elles traumatisent

Et quand les disputes sont violentes en paroles, voire en coups ? La campagne Yapaka l’affirme : « La dispute des parents frappe les enfants ». Et Germain Duclos, psychoéducateur canadien, de rajouter dans son ouvrage Du côté des enfants (Éditions CHU Sainte-Justine) : « La dispute parentale est préjudiciable à l’enfant quand elle s’inscrit dans une dynamique de non-respect, de disqualification, voire de rapport de forces. Qu’il s’agisse de coups, d’attitudes ou de mots, l’expérience montre que l’enfant qui vit dans un environnement de violence ‘ordinaire’ est en grande souffrance. »
Ces disputes sont d’autant plus perturbantes qu’elles ont lieu en présence d’un enfant et à son propos. Ou encore quand il est poussé à prendre parti pour l’un ou l’autre de ses parents. Elles provoquent l’insécurité, le stress auxquels les enfants peuvent réagir par des difficultés d’apprentissage, des problèmes de sommeil, d’agressivité ou, au contraire, de repli sur soi.

Thérèse Jeunejean

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