Vie de parent

Les droits de l’enfant ont 30 ans,
mais, au fait, ça veut dire quoi ?

30 bougies de soufflées depuis la création des Droits de l’enfant. Mais à hauteur des parents, qu’est-ce que cela veut dire ? Que leurs enfants ont tous les droits ? Que la société précipite le mythe de l’enfant-roi ? Ou alors qu’il faut faire autorité autrement ? Profitons de cet anniversaire pour revenir sur tous ces changements qui avancent petit pas par petit pas.

Les droits de l’enfant ont 30 ans, mais, au fait, ça veut dire quoi ?

30 ans. Le 20 novembre 1989, la Convention internationale relative aux droits de l’enfant (Cide) était adoptée par l’Assemblée générale des Nations-Unies. Aujourd’hui, l’évènement est bien heureusement relayé massivement dans la presse francophone. Vous allez lire à juste titre que ces droits sont malmenés. Qu’ils sont bafoués. Et peut-être, dans les commentaires des internautes, par ci, par-là, des frondeurs qui ressortiront la rengaine : « On parle de leurs droits, mais on oublie qu’ils ont des devoirs aussi ». Ou encore, les bons vieux standards sur l’enfant-roi. Et pourquoi pas un petit « C’était mieux avant »…

Droits ≠ Devoirs ? Non

Nous avons eu la chance dans le cadre des cafés Ceré - que l’on vous recommande - d’assister à une petite mise au point par un juriste du Délégué générale aux Droits de l’enfant. Voilà qui nous a permis de dépasser pas mal d’idées reçues. Idées qui créent peut-être une confusion chez le parent. Notamment, celle que le droit s’oppose au devoir.

« Les droits sont indivisibles, explique l’expert. Tout enfant a droit à la protection, contre toute forme de négligence, de violence, d’exploitation et de discrimination. Tout enfant a le droit d’être aidé, soigné et éduqué et de donner son avis sur ce qui le concerne ». Conséquences de quoi, c’est la fin de la toute-puissance parentale. De la toute-puissance adulte. L’enfant évolue légalement dans un processus démocratique à l’école et dans la famille. Tous les domaines qui concernent donc de près ou de loin ce qui touche à l’enfant dans le processus institutionnel est donc légiféré, dans un cadre précis.

L’intérêt « supérieur » de l’enfant

Quand vous lisez des articles dans lesquels nous faisons intervenir Bernard De Vos, le DGDE, vous avez peut-être tiqué sur cette mention peu compréhensible de « l’intérêt supérieur de l’enfant ». « Le mot ‘supérieur’ pose problème observe notre juriste. Il apporte beaucoup de confusion. Il provient d’un problème de traduction ‘best interests of the child’ qui du coup pose moins de problème dans sa version originale. Les traducteurs ont déconné à l’époque », plaisante-t-il.

Il soulève aussi le problème qu’il n’existe à ce jour aucun module de formation en droits de l’enfant. Toute institution, tout corps de métier en lien direct avec l’enfance, se lance dans sa mission sans connaître précisément le cadre légal autour du respect de l’enfant dans son individualité, dans la confidentialité de ses propos au moment où il est entendu, dans la protection de sa vie privée, etc. À commencer par le principal intéressé : l’enfant lui-même.

« Il est intéressant de questionner les jeunes autour de la définition d’un règlement de fonctionnement. Les impliquer afin de les rendre visibles plutôt que de leur marteler : ‘Tu ne peux pas. Ah là, tu ne peux pas non plus’. En un mot : rendre visible le cadre commun. »

Peut-être que nous pouvons profiter de cet anniversaire pour insister sur l’importance des principes et des fonctionnements dans notre société qui vont donner un sens au cadre dans lequel évolue l’enfant, ses parents et les professionnels qui l’entourent. Et pendant que nous y sommes, profitons-en aussi pour dresser un petit bilan.

ET EN BELGIQUE ?

Autre information que vous lirez partout, la Cide dont nous avons parlé plus haut est le traité le plus ratifié au monde, exception faite des États-Unis. On ne pariera pas sur leur participation dans un avenir proche… En dépit de cette ratification massive, dans un grand nombre de pays, les droits de l’enfant sont encore méconnus. Inutile de les pointer du doigt, si la Belgique n’est pas le plus mauvais élève, notre pays est loin d’être irréprochable. Les manquements sont abondants. Trois points parmi les nombreux signalés régulièrement par le DGDE nous semblent importants à mettre en lumière.

► Le plus médiatique ces dernières années : l’enfermement des enfants dans des camps. Enfin, dans des centres fermés dit-on pour faire passer la pilule. Il y a tout juste un an, la Ligue des familles joignait justement ses forces au DGDE autour de la question de l’enfermement des enfants. Le Ligueur et le Ciré ont mis sur pied également un magazine dédié aux mineurs en exil pour accompagner au mieux l’engagement des familles impliquées dans l’accueil des migrants.
► Autre urgence : le taux de la pauvreté infantile en Belgique est l'un des plus élevés d'Europe. À Bruxelles, 4 enfants sur 10 grandissent dans la pauvreté, en Wallonie, 1 enfant sur 4, et en Flandre, 1 enfant sur 10. Ce qui empiète sur leur accès à l’éducation, aux soins, aux loisirs... Pour rappel : « Les États parties reconnaissent le droit de tout enfant à un niveau de vie suffisant pour permettre son développement physique, mental, spirituel, moral et social… » (article 27).
► L’égalité des chances dans l’enseignement : le constat d’une école à la belge inégalitaire est encore très visible et les premières victimes sont les élèves issus des classes sociales les moins favorisées ou d’origine immigrée. Ligue des familles et Ligueur pointent régulièrement les failles, où discriminations et exclusions abondent. Loin de l’Article 28 qui stipule que « les États parties reconnaissent le droit de l’enfant à l’éducation, et en particulier, en vue d’assurer l’exercice de ce droit progressivement et sur la base de l’égalité des chances ».

Yves-Marie Vilain-Lepage

L’engagement de la Ligue des familles

Ces faiblesses, la Ligue des familles n’a de cesse d’avancer avec. Elle lutte au quotidien pour que les droits des enfants soient respectés en Belgique. Au cœur de son action, l’association avance une série de propositions de mesures politiques afin que tous les enfants trouvent leur place dans la société belge d’aujourd’hui et de demain. Entre autres :

  • La fin de l’enfermement des enfants avec leur famille en centres fermés avant une expulsion du territoire.
  • Une école de qualité pour tous et financièrement abordable.
  • Des places d’accueil de la petite enfance plus nombreuses, mieux réparties et plus accessibles financièrement.
  • La fin des trajets interminables en bus scolaire des enfants en situation de handicap.

Balance tes droits

Pour mieux cerner les questions sur les Droits de l’enfant et devenir incollable en la mtière, on ne peut que vous aiguiller vers le rapport de la Coordination des droits de l’enfant (CODE). Tout pour comprendre et débattre des droits de l’enfant en Fédération Wallonie-Bruxelles.
 

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