Vie de parent

Les enfants veulent
retourner à l’école, et vite...

Un grand nombre de parents plaide en faveur d’un retour à l’école tout en douceur, avec prudence. Mais certains nous rappellent une évidence que l’on aurait presque tendance à oublier : le retour à l’école pour les enfants, ce n’est pas une reprise économique. Ce n’est pas une libération du parent. Ce n’est pas la joie de replonger la tête première dans les cours. Mais non. C’est d’abord les retrouvailles tant attendues avec les copains-copines.

Les enfants veulent retourner à l’école, et vite...

Nous sommes les premiers surpris au Ligueur par un tel consensus autour de la reprise de l’école. Tant sur notre page Facebook, que dans les infos que nous font suivre les syndicats des différents réseaux d’éducation, un seul mot d’ordre : un retour à l’école ne peut pas se faire dans la précipitation. Il doit être préparé, organisé et le plus respectueux possible d’une logique sanitaire. Altruiste de la part des familles alors qu'on sait que vous êtes nombreux à souffrir de la situation. Parents, solos, télétravailleurs, travailleurs de première ligne, sans revenus, menacés par la faillite... Les cas de figure sont aussi nombreux que préoccupants. Malgré cela, vous gardez un cap : celui de continuer à lutter collectivement contre le virus. Seulement, une donnée importante de l’équation est à prendre en compte...

Le ras-le-bol des enfants

Certains d’entre vous nous rappellent une évidence pourtant peu évoquée : quid de la souffrance de l’enfant liée à son isolement social ? Après un mois passé sans leurs copains, à ne vivre quasi exclusivement qu’avec papa-maman, ce n’est rien de dire qu’ils commencent à trouver le temps long, comme nous le décrit Sophie, maman d’un petit garçon de 3 ans et d’un bébé d'1 mois.

« Mon aîné est très sociable. Il adore jouer avec des enfants et commence à vivre extrêmement mal cette période. D’autant plus que mon conjoint travaille et je ne peux pas m’occuper des deux enfants comme il le faudrait. Plusieurs de mes amies, mamans d’enfants en bas âge, me disent aussi que leurs enfants ne vont pas bien, font énormément de crises de colère, sont souvent tristes. »

Même constat pour Achille, papa de deux filles de 5 et 9 ans. « Depuis deux jours, ma petite dernière pleure le soir. Ses copines lui manquent. Elle ne veut plus jouer avec sa sœur. Cinq semaines. Cinq semaines, put***n. C’est long. C’est trop long. Il leur faut, comme à nous, des journées plus contrastées. Il leur faut plus d’interactions. On a tous l’impression de vivre comme le film Un jour sans fin... ».

Vivre avec le virus

L’argument qui consiste à dire qu’il faut protéger les enfants d’une contamination et par capillarité la population la plus vulnérable ne fait pas mouche auprès de tous les parents. Ainsi, Élise nous fait part de son ressenti.

« Reporter la réouverture des écoles n’apportera aucune solution. Même si on attendait l’arrivée d’un vaccin, il est peu probable que les enfants soient vaccinés, car ils ne sont pas une population à risque. Le virus circulera donc inévitablement dans les écoles et dans les familles. Nous allons devoir vivre avec et continuer à prendre les précautions nécessaires pour que sa propagation soit suffisamment lente pour que les cas graves puissent être soignés dans les meilleures conditions dans les hôpitaux. Il est irréaliste de croire qu’en restant confiné, le virus va disparaitre. L’objectif du confinement est d’éviter la saturation des hôpitaux, pas d’éradiquer le virus. »

Didier, papa de trois enfants, reste prudent : « Je pense moi aussi que le virus, on doit vivre avec. Je pense qu’attendre septembre, c’est trop long et qu’il va continuer à circuler dans trois mois. Mais la question qui me pose problème, c’est comment renvoyer les enfants à l’école sans qu’ils n’aient peur ? La joie de retrouver les copains, oui. Mais la peur au ventre, ça risque de gâcher le plaisir. C’est peut-être dommage de fiche en l’air cet effort collectif ». Pour que les enfants soient confiants, il faut d’abord que les parents le soient. À ce propos, quelles seraient les conditions idéales pour une reprise en douceur ? Voyons voir.

Comment l’école pourrait reprendre ?

Là aussi, il y a consensus. Celui d’une reprise de l’école à temps partiel. Comme au Danemark, par exemple, où l’école a redémarré par petits groupes d’élèves. On retrouve Sophie qui fomente un plan de sortie : «  Peut-être qu’une reprise de l’école dans un mois, deux-trois demi-journées par semaine pour diviser les classes en deux, aiderait déjà beaucoup les enfants à retrouver le moral sans avoir un impact trop massif en terme de rebond. Et ce retour à l’école pourrait peut-être être optionnel pour que les familles qui préfèrent garder leurs enfants puissent quand même le faire ».

Sur la page Facebook du Ligueur, Julie semble plaider pour la même solution : « Reprendre une semaine sur deux pour enseigner à des demi-groupes. Pour avoir une reprise en douceur, à tout point de vue. Moitié moins d’élèves par classe, dans la cour, les transports en commun, le réfectoire... les profs donneraient deux fois les mêmes apprentissages. Et les parents n’auraient 'que' une semaine sur deux à gérer. C’est assez facile à mettre en place dans les écoles, tous niveaux confondus ».

Pour l’heure, tout reste envisageable. Est-ce que les parents à travers leurs récits tracent les grandes lignes du retour aussi attendu que redouté des rejetons sur les bancs de l’école ? Soit,une reprise prudente, nuancée, mais qui prenne en compte les attentes des enfants. Leur ras-le-bol. Leur isolement de plus en plus douloureux. Vous les entendez ces cris de joie qui résonnent dans le cour le jour J. S’ils ne sont plus très loin, souhaitons qu’ils se fassent le plus intelligemment possible. Non. Nous n’avons pas fini d’en parler.

Yves-Marie Vilain-Lepage

Témoignez

L’état d’être des enfants après ce mois d’isolement nous préoccupe particulièrement. Nous lui consacrons d’ailleurs un article dans le prochain Ligueur papier du 29 avril . Nous allons tâcher de voir comment aider les enfants à exprimer au mieux ce qu’ils ressentent et donner des pistes pour les accompagner et soulager leurs maux. N’hésitez pas à nous faire part de vos questions ou de vos situations. Sur redaction@leligueur.be ou sur notre page facebook.

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