Vie de parent

Les études ? Non merci

Et pour refermer « ce spécial 1re année », évoquons les 9 % de jeunes qui sautent la case secondaire soit pour travailler, soit pour voir ailleurs, soit pour ne rien faire du tout. Qui sont-ils ? Que font-ils et comment les accompagner au mieux ?

Les études ? Non merci

« Pour moi, ce n’est pas le trajet qui compte, c’est la façon d’y arriver », dit Émilien d’un regard bleu presque translucide qui souligne sa détermination. Sa destination aurait-on pu même écrire. S’il ne sait pas où il va, ça ne lui fait pas peur.
« J’ai 18 ans tout juste. Je n’ai pas envie de faire psycho comme tout le monde pour passer un an à fumer des joints et jouer au petit étudiant ULBiste qui rentre dans la danse pour faire plaisir à ses parents ». Rentrer dans la danse, voilà ce qui rebute Émilien, qui ironiquement accompagne ses copains sur le campus de Solbosch à l’occasion d’une journée de pré-rentrée.
Et alors, ça ne lui fait pas envie toute cette effervescence ? « Je trouve ça trop bizarre de choisir un peu à l’aveugle son orientation et de se lancer là-dedans à corps perdu. Désolé de la jouer cynique, mais sur tous les gens que tu vois là, combien vont valider leur 1re année ? »

« Les tonalités des gens »

Comme Émilien, ils sont 9 % des 18-24 ans à quitter le système éducatif pour tout autre chose et 38,3 % des 20-24 ans à travailler sans passer par la case études supérieures (source eurostat). Pourquoi ? Parce que, comme Émilien, ils sont beaucoup à considérer que l’orientation ne se joue pas à coup de hasard, sur un coup de tête. C’est un processus continu et réfléchi.
Émilien nous confie que s’engager ne lui fait pas peur, mais qu’il veut se donner du temps pour réfléchir. À ce stade-là, on se dit qu’on a affaire à un enfant gâté qui va profiter du confort octroyé par papa-maman pour glander une année. Et pourquoi pas… Sauf que l’on fait fausse route. Sa démarche ne manque pas d’une certaine ambition. Partir à travers l’Europe et multiplier les petits boulots pour s’imprégner des « tonalités des gens ». Pas mal.
On en discute peu après avec l’équipe d’Infor Jeunes qui nous explique qu’elle voit beaucoup d’étudiant·e·s ou de post-rhéto qui savent très tôt dans quoi ils ou elles veulent s’engager et quelle orientation donner à leurs parcours. « Dans ces cas-là, pourquoi s’acharner à poursuivre des études supérieures qui sont le plus souvent très générales les premières années ? ».

« À l’américaine, quoi »

D’autres font le choix de la vie active. Par nécessité, bien sûr, mais aussi par choix. On rencontre Lola, 19 ans, une jeune femme de Charleroi. Elle veut gagner sa vie, quitter le domicile familial, s’amuser, voyager, « sans se prendre la tête à suivre des études » qui lui semblent peu en phase avec la réalité des choses.
« On est beaucoup de jeunes, je pense, à ne plus considérer les études supérieures comme la porte d’entrée d’un bon boulot. Moi, je préfère partir du terrain. Tester plusieurs jobs avant de me fixer dans une boîte et monter les échelons. À l’américaine, quoi ».
Lola rêve d’être graphiste, mais ne se voit pas enfermée huit heures par jour avec des fil·le·s à papa qui se prennent pour des graphistes. Le diplôme ne fait plus rêver le jeune ? L’équipe d’Infor Jeunes confirme, mais explique tout de même que les études servent aussi d’entraînement à l’apprentissage.
« Or, toute sa vie, on se forme. Le marché de l'emploi est sans cesse jalonné de formations qui permettent de se perfectionner dans certains domaines bien précis et qui visent également à l'obtention d'un diplôme ». On se fait toujours rattraper par les études en fin de compte. Et alors, dans tout ça, comment réagissent nos chers parents ?

No culpabilité

Avant toute chose, aux parents de comprendre d’où vient cette forme de résignation. Émilien et Lola paraissent sûrs d’eux. Dans ces cas-là, est-ce grave ? Vous êtes encore beaucoup à considérer que le diplôme est la meilleure porte d’entrée pour l’univers professionnel. Là-dessus les experts ne se prononcent pas. Pourquoi ? À ma droite, je sais que les études apportent une forme d’assurance, ô combien précieuse dans le monde du travail. À ma gauche, les diplômes ont un coût, exigent des sacrifices financiers avec de moins en moins de certitudes d’un job à la clé.
Très prudente, l’équipe d’Infor Jeunes glisse un précieux conseil à rappeler aux enfants trop pressés : « Sans un certain niveau d’études, il est impossible d’avoir accès à beaucoup de postes ? Ne serait-ce que d’un point de vue administratif : on se ferme pas mal de portes ». De son côté, Laurent Belhomme de PsyCampus relativise. Qu’un jeune ait besoin d’une année de réflexion en plus après la rhéto, c’est tout à fait normal. Et, à coup sûr, le début d’une expérience enrichissante. Au lieu de se dire : « Il ne veut rien faire », on peut se dire : « Il veut se trouver un endroit en phase avec qu’il est et ce qu’il éprouve ».
Quoi qu’il en soit, le responsable de PsyCampus insiste sur une chose importante : il est absolument nécessaire que les parents et l’enfant gardent en tête qu’ils sont les autorités les plus compétentes pour faire face à une telle décision. Votre rôle de parent ? Mobiliser votre enfant sans le culpabiliser. Veiller à ce qu’il se mette en action et se mette dans une certaine dynamique. S’il reste assis sur le canap’ toute la journée, lové devant Netflix, il y a un problème. Encouragez-le à se former en langues, en informatique, à voyager, à faire des stages. En un mot, mettre en branle le mécanisme de préparation et d’organisation de son avenir.
On peut citer solidarcite.be qui permet aux jeunes de profiter d’une année off pour se construire, être en phase avec leurs valeurs citoyennes et repartir du bon pied. Comme le dit Émilien, ce n’est pas le trajet qui compte, mais peut-être tout simplement le fait de fouler les sentiers de la liberté.

Yves-Marie Vilain-Lepage

Attention !

Claquer la porte de l’école et tout ce qui s’en rapporte pour de bon, pourquoi pas. Mais n’oubliez pas de rappeler à votre aventurier d’enfant qu’il faut quoi qu’il en soit au minimum être titulaire du CESS pour pouvoir décrocher un job ou une formation. Si jamais votre grand quitte l’école sans l’obtenir, il existe une solution : le Jury central.

En pratique

Au bonheur administratif

Votre enfant a encore droit aux allocations familiales juste après ses études, tant qu'il est en stage d’insertion professionnelle pour le chômage et qu'il a moins de 25 ans. Peu importe qu'il vive encore chez vous, seul ou en colocation. Une seule condition : qu'il soit inscrit comme demandeur d’emploi (au Forem en Wallonie, Actiris à Bruxelles).