16/18 ans

Les filles sont plus futées
aux jeux vidéo

« Les jeux vidéo, c’est violent. Il y a bien que les garçons qui y jouent ». Cette phrase, vous avez dû déjà l’entendre. Peut-être même est-elle sortie de votre bouche. Au Ligueur, on a voulu en savoir plus. Et on a même retourné la chaussette pour aller voir ce qui se passe du côté des filles.

Les filles sont plus futées aux jeux vidéo

Un magasin de jeux vidéo du centre de Bruxelles. À l’intérieur, des clients. Ou plutôt des clientes. Trois filles, âgées de 16 à 18 ans. Dans leurs mains, des boîtes de jeux. « Du lourd », précisent-elles. Un coup d’œil sur la jaquette le confirme. Battefield 4, Call of Duty et Borderlands. On est bien loin de l’univers de Mario, le gentil plombier.
Derrière la caisse du magasin, Mike, le gérant du magasin, confirme que chez les ados, les filles sont nombreuses à acheter des jeux de type FPS (first-person shooter) ou RPG (role playing game), autrement dit les fameux jeux considérés comme violents. « Cela fait plus de quinze ans que je travaille dans ce milieu, les filles ont toujours été des clientes régulières, souligne Mike. Et même plus avant, beaucoup ont commencé avec La légende de Zelda, sorti à la fin des années 1980. »

Avec le grand frère ou les copains

Brahim Azzidi, sociologue des médias, confirme les dires. Pour lui, ce phénomène des filles qui jouent aux jeux vidéo n’en est même pas un. « Depuis toujours, les statistiques montrent que la majorité des joueurs sont en fait des joueuses. Ce n’est pas un grand écart, puisque c’est de l’ordre de 53 %, mais c’est une réalité. Il y a deux grandes explications à cette présence des filles dans le monde des jeux vidéo. La première est simplement la présence d’un autre membre de la famille adepte des jeux vidéo. La deuxième, l’effet copains, avec des groupes d’ados où les deux sexes sont représentés et où on pratique les mêmes activités, que ce soit du foot, du skate ou des jeux vidéo. »
Pour le sociologue, la tendance devrait être à la hausse dans les années à venir. La faute à qui ? Aux jeunes parents ! « Parmi les jeunes parents d’aujourd’hui, beaucoup ont été ou sont encore des joueurs de jeux vidéo. Et on sait très bien que, dans ces cas-là, il y a un phénomène de transmission, que les enfants soient des filles ou des garçons. Et comme la génération de parents à venir est encore plus gameuse, on sait presque vers quoi on va. »
Après les professionnels, place aux ados. À 16 ans, Charlène a déjà de longues années de consoles et de manettes derrière elle. « J’ai commencé vers 7-8 ans avec mon frère. Je jouais avec lui aux jeux de foot quand ses copains n’étaient pas là. Puis j’ai commencé à jouer seule quand il n’était pas là et à tester ses jeux. Ce que j’aime, c’est tout ce qui est quête collective. J’aime être le leader, celle qui mène les troupes et choisit la stratégie. Je suis plus timorée dans la vie réelle, l’écran me permet de dépasser ma timidité. »

Et les parents dans tout ça ?

Pour Solène, 17 ans, l’amour de la console est venu avec… les copines ! « Ce sont elles qui m’ont initiée. Il y a même pas un an, je ne faisais aucune différence entre une PS4 et une xBox. Aujourd’hui, je ne joue pas pendant des heures et des heures, mais un peu tous les jours. Que des jeux assez trashs, avec des armes, des combats, du sang. Ça me défoule à fond. C’est vraiment le seul truc sur lequel j’arrive à passer totalement mes nerfs. Ça fait d’ailleurs un peu flipper mes parents, je crois. »
Justement, la maman de Solène, elle en pense quoi ? Au début, du mal, voire beaucoup de mal. « Aujourd’hui, je n’en pense pas énormément de bien, c’est vrai. Mais je vois que la consommation de Solène est maîtrisée, qu’elle ne fait pas que ça, qu’elle sort aussi. Et puis, ses résultats scolaires restent bons, donc je ne lui dis trop rien. Mais bon, je lui dis quand même que je préfèrerais quand même des jeux disons moins barbares. »
Chez Frank, le son de cloche est très différent. C’est ce papa gameur qui a contaminé sa fille, aujourd’hui âgée de 15 ans et demi. Et c’est très souvent que père et fille se retrouvent dans le canapé, manettes en mains. « Je lui ai transmis ça, c’est certain. Mais c’est aussi un prétexte pour passer du temps ensemble. Il ne faut pas croire qu’on est les yeux rivés sur l’écran, sans se parler. Quand on joue, on parle de tout et de rien. De l’école, des copines, des éventuels petits copains, de ses activités sportives ou culturelles. C’est un vrai moment d’échanges que nous apprécions tous les deux. »
Du côté des professionnels de la santé, peu ou pas de réponse. Les psys et généralistes contactés ne font état d’aucun cas pathologique lié à la consommation de jeux vidéo par des jeunes filles ados. Faut-il en tirer une quelconque conclusion ? Sûrement pas. Mais il reste bon de garder en tête quelques évidences. En cas de surconsommation d’écrans, de vie sociale limitée et de résultats scolaires en chute libre, les jeux vidéo ne resteront que le catalyseur d’un mal plus profond. Et qui devra donc être pris en charge.

Romain Brindeau

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Les jeux vidéo chez les filles de 6-12 ans

Si les garçons marquent leur intérêt pour les jeux de sport dès le primaire, les filles, elles, sont déjà attirées par les jeux de réflexion ou de simulation. Tout en haut de leurs préférences, on trouve les pets games, ces jeux dont l’objectif est de prendre soin et d’élever un animal. Viennent ensuite les jeux de réalité simulée, avec comme leader incontesté la série des Sims. Dans ce jeu, les personnages interagissent entre eux et avec leur environnement selon leur caractère. Caractère que peut modifier le joueur tout au long de la vie du personnage.