Vie de parent

Les intemporels, encore et toujours

C’est le jeu de cartes qui traîne dans un tiroir. Le Monopoly dont les coins de la boîte de jeu sont écornés. Ou encore le simple ballon qui n’arbore plus les pièces de monnaie d’Oncle Picsou, mais la robe argentée de la Reine des Neiges. C’est aussi le bon vieux cache-cache, parfois revisité, parfois pas. Voilà quelques-unes de vos réponses quand on vous demande quels sont à vos yeux les jeux intemporels. On les compile et on essaye de voir pourquoi ces jeux traversent les âges.

Les intemporels, encore et toujours

Kapla, Duplo, Playmobil, Lego

► Le premier mot qui me vient à l’esprit, c’est Playmobil. On peut créer plein de mondes, on peut recommencer, on peut créer de nouvelles histoires. Ça se joue à l’infini.
Laurent, papa d’une fille de 10 ans

Solides, universels et libres. Ce sont les trois adjectifs qui rendent les Kapla, Playmobil, Duplo et Lego intemporels. « Le fait qu’ils durent permet de les passer de génération en génération, explique Renaud Keymeulen, ludopédagogue. C’est aussi pour cela que l’on s’en souvient. Quand on les retrouve, on se rappelle que l’on jouait avec ».
Car intemporels, ils ne le sont pas tant que ça, puisque ces jeux sont issus de la tendance plastique. Et pour une fois, c’est vraiment fantastique puisque ces jeux riment avec durabilité. Leur universalité repose aussi sur le fait qu’on peut y jouer à tous les âges.
« Avant 7 ans, on est dans les jeux collaboratifs où il n’y a pas trop de règles. Tout le monde a le même statut. On est sur de la mise en scène, de l’imaginaire, ce qui correspond à toutes les tranches d’âge également », explique Renaud Keymeulen.
On peut également mettre dans cette catégorie les ateliers à outils, les poupées, les dînettes ou le petit magasin. À la différence que ceux-là, on ne continue pas d’y jouer en grandissant. Contrairement aux Duplo, qui deviennent Playmobil et enfin Lego. Les éditions Lego Stranger Things, Creator Expert ou encore les répliques d’Apollo avec son lanceur Saturn V montrent que ces jeux continuent de séduire jusqu’à l’âge adulte.

Petits chevaux, dames et échecs

► J'aime les grands classiques de mon enfance comme Monopoly, Puissance 4, Docteur Maboul, jeu de l'oie, jeu de dames, memory, puzzles, poupées et Barbie, dînette, etc.
Sabrina sur Facebook

Comme pour les Lego, ces jeux ont une valeur affective. Les parents se rappellent des parties jouées étant petits, les grands-parents aussi, tellement ces jeux traversent les temps.
« On ne se pose aucune question sur leurs valeurs éducatives ou autres », précise Renaud Keymeulen. Et pour ce spécialiste du jeu, « les marques gagnent très peu d’argent sur une boîte de jeu, mais ils en vendent en tellement grande quantité que ça reste rentable ».
On a posé la question à un distributeur belge, Asmodée : « On les distribuait, en effet, mais on a arrêté cette année, nous dit Élodie Migeal, chargée de communication du distributeur. Les classiques d’avant ne sont plus ceux d’aujourd’hui. Ce sont peut-être de très bons jeux, mais ils ne sont plus contemporains ».
Les sociétés éditrices ou distributrices de jeux de société veulent faire plus que dépoussiérer les boîtes de jeu. Elles veulent créer de nouveaux jeux qui deviendront les nouveaux classiques.

Ils sont devenus des classiques

Concept ! Nos enfants y jouent souvent, la dernière depuis ses 4 ans, c'est trop bien. Chercher le bon mot, associer des images... elles ont parfois plus d'imagination que nous ! C'est un excellent moyen d'enrichir son vocabulaire, la façon de s'exprimer.
Nancy, maman de quatre filles de 6, 8, 10 et 11 ans

Concept, c’est ce jeu où il faut faire deviner des mots aux autres joueurs en plaçant des pions sur différentes icônes du plateau. Par exemple, rouge, insecte et pois… c’est une coccinelle. Vous nous avez aussi cité d’autres exemples à classer dans cette catégorie, dont le fameux Time’s up. « Ce sont des nouveautés imaginées pour devenir de grands classiques », explique Élodie Migeal.
Et la recette n’est pas un secret : l’explication des règles ne doit pas prendre plus de 30 minutes et le jeu doit pouvoir rassembler le plus de monde possible autour d’une table. Parmi ces boîtes de jeu devenus des classiques, on retrouve des noms plus anciens comme le Monopoly. Le jeu de l’homme au chapeau n’a de cesse d’être décliné à toutes les sauces. De quoi lui permettre de vivre encore longtemps.

Le jeu en extérieur : la balle, les échasses, cache-cache…

► Cache-cache sardines, c’est le même principe que cache-cache, sauf qu’il n’y a qu’une personne qui va se cacher et toutes les autres doivent essayer de la trouver. Une fois qu’une personne l’a trouvée, elle se cache avec elle. À la fin, il ne reste qu’une personne qui doit en chercher dix autres. C’est super drôle.
Sandrine, maman de trois enfants de 1, 3 et 5 ans

Qui dit jeux ne dit pas forcément jeux de société. Dans les intemporels, vous avez été nombreux à nous citer des jeux d’extérieur : le ballon ou les échasses, par exemple. Et puis, le célèbre cache-cache tant apprécié, même par les plus petits.
« Dans ces jeux, c’est la notion du corps qui est valorisée et ça, c’est très bien, réagit Claire-Anne Sevrin, directrice de l’association Yapaka, dont une des campagnes est axée sur l’importance du jeu. En voiture, à l’école, devant les écrans… les enfants sont souvent assis, immobiles. Ces jeux permettent de jouer avec tout leur corps et de faire des expériences physiques, de reconnaître la gravité, ce qui roule, etc. »
L’avantage des jeux comme touche-touche ou cache-cache, c’est qu’ils se transmettent. « La transmission est inhérente à la nature humaine. C’est le propre de l’enfant : reprendre ce que la génération précédente lui a appris et se le réapproprier. Il suffit de regarder une cour de récré pour voir que les élèves d’aujourd’hui jouent aux mêmes jeux que nous quand on était petit·e·s. Et bien souvent avec des variantes ».

Le jeu que l’enfant fait soi-même

► Le meilleur jeu de tous les temps pour un enfant, je pense que c’est le jeu qu’il se crée lui-même. Si on le laisse seul, je pense que, dans 99 % des cas, il va inventer quelque chose. Peut-être inhabituel pour nous, peut-être même très embarrassant, mais il va créer quelque chose. Ça, c’est sûr.
Nicolas, papa de Zoé, 3 ans

Il n’y a finalement pas plus intemporel que le jeu libre. Prenez un enfant, quelles que soient son origine ou son époque, il finira par s’autoanimer. Pas besoin de matériel particulier.
« Les avantages du jeu libre sont nombreux, explique Claire-Anne Sevrin. C’est ce qui va faire de lui un être singulier et le faire grandir. L’enfant est tout le temps confronté à des codes sociaux bien définis. Or, il a aussi besoin de zones, de moments, où il peut prendre une part active dans la création. On veut souvent que l’enfant joue pour développer une compétence particulière. Mais on peut aussi ne pas se donner d’objectif. Alors, tout est à inventer. Et ce n’est pas pour autant qu’il ne va pas déployer ses compétences. Au contraire, elles seront multiples. »
En créant ses activités ludiques, il va comprendre le monde et le vivre sereinement. Il y a aussi des chances pour qu’il « fasse semblant » pour mettre ses émotions à distance et se les représenter. Bref, jouer pour l’enfant, c’est apprendre, se projeter, vivre.

Marie-Laure Mathot

Sur le même sujet

À eux de jouer

Cette année, on fait une pirouette. Tiens, ça ferait un super nom de magasin de jouets « pirouette ». Ça tombe bien, de magasins de jouets, il en est justement question. Plus précisément de magasins indépendants. Nous leur laissons les manettes pour cette sélection thématique. Et vous vous en doutez, ce choix n’est pas anodin.