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Les Lucioles, une crèche qui ne manque pas d’éclat

Le Ligueur ouvre chaque mois ses colonnes à des expériences d’inclusion. Cette fois-ci, une crèche qui s'ouvre aussi aux petits en situation de handicap : l’asbl Les Lucioles est un milieu d’accueil pour tous les enfants, pionnier dans la prise en charge des tout-petits en situation de handicap. Située dans la commune de Lasne, la double structure est cachée dans un océan de verdure. Marion Vandevoorde, la directrice, nous ouvre grand ses portes. On respire et on s’inspire.

Les Lucioles, une crèche qui ne manque pas d’éclat

Une crèche spécialisée, à quoi cela peut bien ressembler ? À une grande maison. Chaque enfant a sa place, ses habitudes, sa puéricultrice préférée. Donc, tout le monde peut accueillir des tout-petits aux besoins spécifiques ? « Il est important de garder en tête que c’est parfois difficile, nouveau et cela pose toujours question », nous dit la directrice Marion Vandevoorde.
Selon l’experte, le minimum, c’est de travailler en réseau, par exemple avec le kiné de l’enfant, ce qui permet aux parents et à leur rejeton de ne pas devoir foncer chez le thérapeute après les heures de bureau.
La particularité, c’est que l’équipe pluridisciplinaire (ergothérapeute, logopèdes, kiné, éducatrices) travaille en étroite collaboration avec les puéricultrices qui bénéficient d’une formation en prise avec la réalité. « Nous travaillons de différentes façons. Nous agissons au cours de séances individuelles, mais aussi autour d’ateliers thématiques, type musique, lecture, etc. »

Une histoire à l’envers !

Des espaces de jeux, un cadre adapté à l’évolution de chacun et une vue magnifique sur les bois. Difficile de s’imaginer les débuts ardus de l’asbl. Nous sommes en 1990, et, très vite, les mères fondatrices se rendent compte qu’il y a pénurie d’infrastructures pour l’accueil de petits en situation de handicap. Leur envie est audacieuse : fonder un lieu qui prône l’ouverture, pas un ghetto. Recherches et démarches se mettent en branle. L’équipe se déplace parfois loin pour s’inspirer.
« Nous nous efforçons de lancer des ponts, mais la démarche est inédite. Alors on ouvre de façon privée au départ », se souvient la directrice. C’est en 1996 que l’association pose ses valises et accueille six enfants handicapés et un enfant valide. « On fonctionne un peu à l’envers », s’amuse t-elle.
Aujourd’hui, tout est pensé pour tout le monde. « Nous accueillons des familles d’une grande mixité sociale, grâce notamment à un service de transport qui peut véhiculer les enfants. On voit des parents de milieux très différents échanger autour de leurs expériences, se donner des conseils sur absolument tout ». C’est ce qui rend le lieu passionnant.

Quelques précieux conseils

Passionnant, d’accord, mais pas de tout repos en termes de gestion. « Il y a un souci de financements des pouvoirs publics, ils ne nous permettent pas de couvrir tous les frais. D’où le premier conseil que je prodiguerai aux structures qui veulent voir le jour : gare au budget ». Autres précieux conseils de la directrice : « N’hésitez pas à cumuler les formations de manière à toujours vous remettre en question. Mieux vaut ne pas rester seul dans son coin : multipliez les interlocuteurs (Awiph, ONE, Phare ou VAPH et DPB en Flandre) pour une vision plus large. »
Pour la directrice, les maîtres mots sont réflexion et adaptation. Il ne s’agit pas juste d’actions à mettre en place. Il faut se mettre à la hauteur du petit et le mettre en relation avec les autres, dans le souci d’une démarche collective. Un exemple ? « Nous avons des activités en extérieur, mais un des enfants ne peut pas sortir pour une raison ou une autre. Alors on s’ajuste, on réfléchit à une façon de ne pas l’exclure, sans pour autant priver ses copains. »
Et le regard des enfants dans tout ça ? « C’est évidemment différent d’un petit à l’autre. Mais nous avons des démonstrations incroyables. Un copain qui va ramasser le jouet d’un autre en situation de handicap alors qu’il ne le ferait pas pour un enfant valide. Je pense que de très beaux réflexes se développent. Et puis, de vraies amitiés se nouent. Aussi entres parents. C’est un ancrage pour la suite. »
On quitte nos coléoptères. Dehors, les lieux sont en chantier. Belle métaphore d’une société en mutation, n’est-ce pas ?

Yves-Marie Vilain-Lepage

Ceci n’est pas un guide

« Comme beaucoup de structures viennent nous voir, nous avons décidé de créer un ouvrage. Il s’agit ici de pistes de réflexion issues de notre pratique, ce n’est pas l’unique chemin pour y arriver, c’est un partage de repères utiles ». Décliné en huit chapitres très pratico-pratiques, En route… est une mine d’informations et de coordonnées utiles.

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En collaboration avec

Pour les enfants en situation de handicap, l’accueil dans les crèches, chez les accueillantes, à l’école, dans les activités extrascolaires ne se fait pas sans heurts. L’Awiph et l’ONE soutiennent ces milieux d’accueil via huit services « accueil de la petite enfance ». En 2013, 1 500 milieux d'accueil ont ainsi pu être sensibilisés, 131 professionnels formés et près de 275 enfants intégrés.