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Les papas aussi ont des changements
hormonaux après une naissance

Baisse de la testostérone et augmentation de l’ocytocine, c’est ce qui se produit au niveau hormonal chez les papas après une naissance. Cela pourrait se traduire par davantage d’implication dans le soin à l’enfant. À condition d’en donner l’occasion. 

Les papas aussi ont des changements hormonaux après une naissance

C’est la deuxième nuit à la maternité après l’accouchement. « On m’a toujours dit que c’était la pire. C’était le cas », raconte Laura. Elle vient d’accoucher du petit Thijl et ne se sent pas du tout en capacité d’affronter les pleurs de son nouveau-né.

L’allaitement est difficile. Le bébé souffre d’une malformation buccale. Alors, c’est Thomas qui prend le bébé dans ses bras et le nourrit. Une fois apaisé, le bébé s’endort contre le torse de son papa.

« Alors que moi, j’étais au bout du rouleau, ça a été une de mes pires nuits, raconte la maman, pour lui, ça a été un moment de bonheur intense, un échange extraordinaire. Comme une révélation sur le rôle qu’il pourrait jouer auprès de cet enfant. » 

Que se passe-t-il exactement dans le corps de Thomas au moment où il prend le bébé dans ses bras au milieu de la nuit ? Plusieurs études scientifiques montrent que, comme les mamans, les hommes aussi subissent des changements hormonaux quand ils deviennent pères. Et le premier d’entre eux serait la baisse du taux de testostérone.

Une recherche, publiée dans la revue scientifique PNAS en 2011, a étudié le taux de testostérone chez 624 hommes sur une période de cinq ans. Il en ressort d’abord que les hommes avec un haut taux de testostérone étaient plus susceptibles d’être en couple et de devenir père après quatre ans de suivi.

Autrement dit, l’hormone « de la virilité » permettrait de trouver plus rapidement une partenaire pour s’accoupler. Ensuite, ces hommes devenus papas ont vu leur taux de testostérone se réduire d’environ un tiers après la naissance de leur enfant, contrairement aux hommes restés sans enfant.

Il en ressort aussi que les papas qui ont passé trois heures par jour ou plus à s’occuper du bébé ont un taux de testostérone plus faible que ceux qui ne s’impliquent pas dans le soin. 

La testostérone s’adapte

Conclusions de cette étude : le taux de testostérone et la stratégie de reproduction de l’humain mâle s’adaptent en fonction des circonstances. La testostérone ne serait donc pas « juste » l’hormone de la virilité et de l’acte de reproduction, elle s'ajusterait aussi après celui-ci, en fonction de la paternité ou non. D’où la différence entre les hommes devenus pères et les autres.

Les conclusions d’une autre étude réalisée en 2017 et publiée dans la revue Hormones and Behavior ont également montré que plus cette baisse de testostérone est grande, plus l’investissement du père après la naissance se passe bien et plus les mères se disent satisfaites de leur relation de couple pendant le post-partum.

Ces conclusions et d’autres encore sont mises en évidence par Aline Schoentje. Elle est sage-femme et co-fondatrice à Amala Espace Naissance à Saint-Gilles (Bruxelles). Pour elle, c’est clair, les papas ont un « potentiel parental » important.

« Comme pour la maman, il dépend du vécu de la personne, du substrat biologique, mais aussi et surtout des circonstances, commente la sage-femme. Si on ne donne pas l’occasion aux papas de s’investir, ce changement hormonal ne peut pas avoir lieu et les effets psycho-sociaux qui y sont liés non plus. Autrement dit, il y a moins d’attachement avec l’enfant. » 

L’attachement

L’hormone de l’attachement, c’est l’ocytocine. On la relie souvent aux femmes, aux mères. Mais les hommes en ont aussi et d’autres études scientifiques montrent que parallèlement à la baisse de testostérone, le taux d’ocytocine augmente chez le père après une naissance. 

Une expérience publiée dans la revue scientifique Psychoneuroendocrinology en 2014 a comparé deux groupes d’hommes : ceux avec des enfants de 1 à 2 ans et ceux qui n’en ont pas. Ils ont, entre autres, calculé leurs niveaux de testostérone et d’ocytocine, ainsi que les réponses neuronales quand on leur montre des images d’enfants.

« Comparés aux hommes sans enfant, les pères avaient un niveau significativement plus élevé d’ocytocine et un taux plus bas de testostérone, conclut l’étude. Quand on leur a montré des images d’enfants, les pères ont exposé une plus grande activation que les non-pères des régions du cerveau importantes pour le traitement des émotions du visage, leur conceptualisation et le traitement des récompenses. »

Autrement dit, quand la testostérone baisse et que l’ocytocine augmente, le papa est plus prompt à reconnaître les émotions sur le visage de l’enfant et donc à comprendre l’état mental du bébé. Et même s’il faut rester prudent avec les effets de l’ocytocine, des études ont mis en évidence, chez l’homme, un effet sur la confiance, l’empathie, la générosité, la sexualité, le lien conjugal et social et la réactivité au stress. L’actuel corpus scientifique tend à montrer que plus le papa s’implique, plus la modulation hormonale se prolonge. Et donc, plus il comprend son enfant et crée du lien. En somme, rien d’illogique.

Donner du temps aux hormones

Mais alors, si les papas se sentent « récompensés » quand ils s’occupent de leur enfant, comment expliquer que ce soit encore majoritairement aux mamans que la charge des enfants incombe ? « Quatrième bébé et, chez nous, pas de gros changements dans les répartitions de tâches et la charge mentale, réagit Vanessa sur notre page Facebook. Dans l’organisation de la vie de famille nombreuse non plus. On reste un stéréotype à mon grand regret, maman au fourneau et papa au turbin ». Les dernières chiffres de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes ne disent pas l’inverse : 25% des femmes qui prennent un temps partiel le font pour s’occuper des enfants.

Pour Aline Schoentje, il faut donner l’occasion aux papas de développer ces changements. Et pour le moment en Belgique, le congé de naissance est trop court pour cela. « Si on donne davantage le temps aux papas pour s’investir après la naissance, ils pourront profiter de ces décharges hormonales et développer le paternage. Bien sûr, dans mes consultations, je ne mesure pas le taux d’hormones des papas quand ils arrivent, mais j’en vois beaucoup qui se consacrent à la paternité au même titre que la maman quand on leur donne l’occasion de le faire… et ils font ça aussi bien qu’elles ! ».

Chez Laura et Thomas, c’était l’idée de base. « Pour nous, c’était clair que si on avait des enfants, il fallait se répartir les tâches plus ou moins équitablement, se souvient Laura. Mais, on a beau le décider, on ne sait jamais comment ça va se passer dans les faits. Finalement, le bébé est né pendant les congés scolaires. Mon compagnon qui est enseignant a donc eu un mois à partager avec lui. Ça lui a permis de vivre le début de la parentalité au même titre que moi ». Un argument de plus, s’il en fallait un, à l’allongement du congé de naissance.

Marie-Laure Mathot

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Changements cérébraux : s’occuper à deux du bébé,
mais pas de la même façon

Il n’y a pas que les hormones qui changent avec une naissance chez le papa, le cerveau aussi. En 2014, seize jeunes papas ont passé des IRM deux à quatre semaines après la naissance de leur enfant, puis deux semaines plus tard. Il en est ressorti que le volume de matière grise avait augmenté dans plusieurs zones du cerveau impliquées dans la motivation parentale.

« Ce sont des zones liées à l’attachement, à l’éducation, à l’empathie et à la capacité d’interpréter et de réagir de façon adéquate aux comportements du bébé, commente Aline Schoentjes qui s’est penchée sur cette étude. Ce sont des activités différentes de celles des mamans. Chez elles, elles se situent plus au centre du cerveau, là où se régulent les soins, l’éducation et la détection du risque. Chez les pères, elles se situent plus en surface, plus orientées vers la réflexion, les objectifs à atteindre, la planification et la résolution de problèmes. Bref, le cerveau des pères et des mères se transforme à la fois de façon identique au niveau anatomique pour s’attacher et s’occuper du bébé. Mais ils vont le faire différemment et de façon complémentaire. L’enfant, pour sa part, trouvera son compte chez chacun de ses parents. »