Vie de parent

Les parents mieux protégés
contre les discriminations

Le 30 janvier, la Chambre des représentants a approuvé une proposition de loi visant à interdire toute discrimination liée à la paternité, à la comaternité, à l’adoption, à l’allaitement, à la procréation médicalement assistée ou aux caractéristiques sexuelles. Et c’est une excellente chose.

Les parents mieux protégés contre les discriminations

Un père qui n’accède pas à une promotion attendue à son retour de congé de paternité. Une mère qui se voit interdire d’allaiter son enfant dans un café. Une travailleuse ou un travailleur sur qui l’employeur fait pression pour qu’elle ou il ne prenne pas son congé d’adoption. Une travailleuse qui doit régulièrement s’absenter dans le cadre de sa PMA. Ou encore une personne intersexe victime de comportements indésirables… Dans la vie quotidienne, avoir des enfants peut malheureusement constituer un frein à ses activités professionnelles et personnelles. De tels traitements des parents ou futurs parents seront désormais non seulement interdits, mais également punissables.

Un signal fort, des conséquences concrètes

Cette loi porte un message fort et fondamental : celui d’une société qui affirme qu’aucune discrimination fondée sur le rôle de père ou de mère ne sera plus tolérée. Mais elle a également des conséquences très concrètes : confronté·e·s à des discriminations, les citoyen·ne·s pourront saisir directement les tribunaux pour faire respecter leurs droits. L’Institut pour l’égalité des hommes et des femmes pourra également recevoir des plaintes et intervenir comme plaignant. Encore faut-il que le gouvernement lui donne les moyens de faire face à ses nouvelles missions.

Les pères souhaitent s’impliquer dans leur vie de famille…

Aujourd’hui, les pères souhaitent de plus en plus s’impliquer dans l’éducation de leur·s enfant·s : 7 pères sur 10 ont pris ou vont prendre un congé de paternité. Ce chiffre est en constante évolution.

Ces papas qui dérogent à l’image stéréotypée de l’homme d’abord soucieux de sa carrière peuvent, eux aussi, être victimes de discriminations. Il ressort de notre Baromètre des parents 2018 que 10 % des pères ne prennent pas de congé de paternité par crainte de conséquences professionnelles. On voit donc tout l’intérêt d’élargir la protection contre les discriminations sur le marché du travail au-delà du seul périmètre de la grossesse.

Cette loi légitimise l’importance de leur implication dans la vie de leur·s enfant·s et de leur participation au nouvel équilibre familial. Elle met aussi en garde les employeurs qui tenteraient de faire pression.

… mais ils ont besoin de plus

Il faut toutefois aller plus loin pour permettre effectivement aux pères de prendre un congé de paternité sans crainte de représailles professionnelles. Pour cela, le congé de paternité doit devenir obligatoire. Le droit au congé de paternité est un droit inconditionnel du travailleur. L’employeur ne peut dès lors ni le refuser, ni le postposer, ni en fixer les conditions. Il faut impérativement réaffirmer ce droit et permettre aux hommes qui souhaitent s’impliquer dans leur vie de famille de pouvoir le faire dans les meilleures conditions.

Et la protection des autres responsabilités familiales dans tout ça ?

Mais ce n’est pas tout. Une travailleuse qui est licenciée peu de temps après avoir demandé à travailler à temps partiel pour s’occuper de sa mère gravement malade ne sera, par contre, pas protégée par la nouvelle loi. Un travailleur parent d’accueil qui rencontre des difficultés suite à son refus de prester des heures supplémentaires pour aller chercher son enfant à l’école, non plus.

Les dispositions existantes interdisant les discriminations fondées sur la maternité et la paternité ne visent pas l’ensemble des responsabilités familiales qui ne sont pas seulement limitées à la charge d’enfant·s. Il s’agit d’un enjeu d’autant plus fondamental qu’avec le vieillissement de la population, les travailleuses et les travailleurs n’ont plus uniquement leur rôle de parents à jouer et doivent aussi très souvent remplir celui de proches aidants.

Les aidants proches ou les parents d’accueil peuvent être victimes de discriminations au même titre que les parents et doivent être protégés.

Inclure le critère de « responsabilités familiales » dans la loi permettrait de protéger ce type de situations. La Ligue des familles ne manquera pas de faire un appel aux élu·e·s en ce sens pour protéger et reconnaître les solidarités intrafamiliales.

Lola Galer, chargée d’études à la Ligue des familles

Sur le même sujet

Ils vécurent heureux et eurent beaucoup… de mal à avoir des enfants

Comme si la vie des parents qui tentent de le devenir n’était pas assez compliquée, voilà que, en plus, l’entourage s’en mêle. L’environnement professionnel peu conciliant, puis les amis et la famille pleins de maladresse. Le long parcours de la PMA est pavé de contrariétés que les parents nous racontent.