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Les phobies scolaires

L’école, c’est le socle social de nos petits. Mais, pour certains d’entre eux, enfants comme adolescents, la simple idée d’y mettre un pied les bouleverse. L’angoisse devient physique. C’est à ce moment-là qu’on parle de phobies scolaires, sujet encore tabou dans beaucoup d’écoles et de familles.

Les phobies scolaires

Ces phobies sont pourtant à prendre très au sérieux, comme en témoignent les parents et ados que nous avons rencontrés. Avec eux et l’éclairage de la pédopsychiatre Julie Bruyère (Hôpital Reine Fabiola), en contact permanent avec ces jeunes phobiques, tentons de comprendre et de prévenir ces peurs qui gâchent la vie de nos écoliers.

2-5 ans

Caprice ou phobie ?

Thierry, papa de Max, 4 ans  

« Impossible d’emmener Max à l’école. Nous sommes déchirés entre la tentation de céder ou celle de l'obliger à y aller. Alors quoi, caprice ou phobie ? Nous n’arrivons pas à faire la distinction. »

► Ce qu’en pense la psy
La question de la frontière entre le caprice et la phobie est très souvent soulevée par les parents. Quoi qu’il en soit, mon premier conseil est de rester à l’écoute de la souffrance de l’enfant. Au final, peu importe le terme qu’on lui accorde. Un jeune de cet âge-là est censé s’épanouir à l’école. Un enfant de 4 ans qui refuse obstinément d’aller en classe, c’est un petit en souffrance. Il est donc important de comprendre ce qui se cache derrière. Si c’est un caprice, pourquoi ce besoin d’attention ? Où se situe le problème ? À l’école ? À la maison ? 4 ans, c’est tôt selon moi pour parler de phobie scolaire. On parle plutôt d’angoisse de la séparation (ndlr : lire en page 6). Mais ce n’est pas pour cela qu’il faut prendre cette angoisse à la légère, car il s’agit d’un moment où l’enfant se détache de ses parents pour investir les apprentissages. Si la situation devient trop compliquée pour les parents, ils peuvent se faire aider par un psychologue.

6-12 ans

Des ruses pour éviter l’école

Mélanie, maman d’Eva, 11 ans

« Ma fille ressent une angoisse terrible à l’idée de parler en public, surtout à l’école.  Elle va jusqu’à inventer des stratagèmes pour aller le moins possible en cours. Elle met le thermomètre sur un radiateur et simule une fièvre. »

► Ce qu’en pense la psy
Là encore, on flirte avec les frontières : décrochage ou phobie ? Difficile de le dire. L’incapacité à parler en public relève de l’angoisse. Il s’agit d’une sorte de phobie sociale qui concerne des jeunes dès qu’ils sont en groupe. J’attire l’attention des parents sur un point important : la crainte du regard des autres est évidemment propre à l’adolescence ou à la préadolescence. Ce qui est alertant, c’est le fait que cette jeune fille invente si tôt des stratagèmes pour ne pas se rendre en cours. Il faut prendre en compte sa situation générale. Concrètement, quelle image a-t-elle d’elle-même ? Comment s’exprime-t-elle à table avec ses parents et ses frères et sœurs ? Les jeunes argumentent leurs phobies scolaires. Ce sont le plus souvent des justifications. Le problème, en réalité, c’est rarement l’école en elle-même. Il s’agit juste de la partie visible de l’iceberg. Il faut aller chercher plus en profondeur. La phobie scolaire est liée à quelque chose de plus complexe. On remarque qu’elle apparaît surtout entre 5-6 ans, entre 10-11 ans et entre 13-15 ans.

En apnée

Jérémie, 12 ans

« Un jour, je me suis retrouvé paralysé par ce que j’associerai à la peur de l'échec. J’étais obsédé par cette idée. Depuis, je me suis retrouvé incapable de retourner en classe. Je pleurais, j’avais mal au ventre. J’étais en apnée dès que je franchissais le seuil de l’école. Aujourd’hui, je suis des cours par correspondance. »

► Ce qu’en pense la psy
On est en plein dans la phobie scolaire. Même s’il n’existe pas vraiment de cas typique. Le problème de Jérémie est souvent évoqué par les jeunes et leurs parents : la pression scolaire. On estime que 5 % des élèves absents sont des phobiques. Ce qui correspondrait en tout à 0,3 % des enfants scolarisés. Il est donc important de faire le lien avec cette pression, cette « peur de l’échec » que ressentent ces jeunes et qui est décrit par Jérémie. On sait qu’au Japon (connu pour son rythme scolaire infernal), la phobie correspond à presque 70 % des consultations chez les élèves. Et si nous recherchions les causes ? Une grande part vient de la société dans son ensemble. Nous évoluons dans un environnement dont l’objectif prioritaire est la rentabilité. Les établissements sont sous pression. Les conséquences chez les enfants peuvent aller très loin. Elles peuvent entraîner une véritable désinsertion sociale. Or, l’intégration dans notre société est la clé de l’épanouissement d’un jeune. Il faut trouver des solutions pour sauter l’obstacle plutôt que de le contourner. Les cours par correspondance, par exemple, ne sont pas une recette miracle. Tôt ou tard, ce jeune rencontrera de nouvelles difficultés. Il faut lui apprendre à reprendre confiance. Que chaque parent prenne bien en compte l’estime de son enfant. Une grosse partie de l’enjeu est là, finalement.

13 ans et +

Les profs s’en moquent !

Thibault, 14 ans

« Comment décrire le truc ? Je me sens comme ‘empêché’ d’aller à l’école. De tous les toubibs que j’ai vus, je retiens le terme ‘trouble de l’anxiété’. Mais la galère, c’est que dès que j’en parle à un prof, il me rit au nez. »

► Ce qu’en pense la psy
Voilà une difficulté qui revient souvent : l’école ne répond pas toujours adéquatement. Ce qui est compréhensible, un tel problème culpabilise. Cette situation remet beaucoup de chose en question. Pourtant, la phobie scolaire n’est jamais liée à un établissement. La réalité et la richesse d’une école, c’est le fait qu’il y ait aussi des relations compliquées. Quand elles sont franchies, elles permettent de préparer le jeune à des problèmes futurs. Ce qui se joue à l’école n’est que le reflet de ce qui se joue dans le monde des adultes. À ce propos, certains chercheurs font le lien entre l’augmentation des phobies scolaires chez les jeunes et le burn-out dans l’entreprise. Le parallèle est intéressant. Ce que je trouve très positif dans ce témoignage, c’est que Thibault met des mots sur sa souffrance. Il faut donc l’accompagner et l’aider à trouver des pistes. Plus un jeune est pris en charge rapidement, plus il a des chances de s’en sortir vite. Les statistiques nous montrent que l’idéal, c’est une prise en charge dans les trois mois. Le problème, par la suite, c’est d’alimenter ses angoisses. Aux parents, aux profs et à tout autre adulte qui nous lisent : prenez les maux des ados au sérieux.

La peur du divorce

Lilas, 13 ans

« Mes parents se disputent beaucoup depuis des années. Si je m’absente, je suis certaine qu’ils vont se séparer. Je me suis évanouie à l’école et, depuis, dès que j’y retourne, il m’arrive une catastrophe, genre je me blesse ou je tombe malade. »

► Ce qu’en pense la psy
Voilà une fois de plus la preuve que les phobies scolaires cachent d’autres difficultés. On se retrouve dans le cas typique d’une situation familiale compliquée. Dans ce cas présent, l’ado endosse la responsabilité du couple. Dans ce témoignage, on voit que Lilas a le recul nécessaire et cible ses propres maux. Hélas, il arrive que certains ados plongent et que les parents se retrouvent débordés par la situation, eux-mêmes submergés par leurs épreuves. Dans ce cas, les proches, éducateurs et enseignants doivent rester vigilants. On peut interpeller les centres PMS au moindre signe de souffrance du jeune. Encore une fois, j’insiste sur l’importance d’une réaction rapide de l’adulte.

Harcelée et terrifiée

Sophie, 16 ans  

« Suite à un problème de cyber-harcèlement d’une fille que je prenais pour ma meilleure amie, l’école, je ne peux plus. Même quand je passe devant d’autres établissements, une crèche, une maternelle ou autre, j’ai envie de m’effondrer. »

Le cyber-harcèlement est un phénomène sur lequel on a peu de recul. De ce que j’observe, il provoque pas mal de dégâts chez les jeunes comme chez les parents. C’est ce qui se joue dans la cour de récré, au grand jour et en mieux ciblé, qui s’est déplacé sur les écrans. Je suis très interpellée par la violence qui s’en dégage. De plus en plus d’experts font le lien entre l’utilisation sans cadre des réseaux sociaux et les phobies scolaires. Des jeunes qui créent une page pour qu’untel se suicide, par exemple. Toutefois, le lien entre le harcèlement et la phobie n’est pas systématique. Mais il fragilise, évidemment. Peu s’en sortent par eux-mêmes. Les manifestations peuvent être très fortes. Comprenez bien dans ce cas qu’une aide est fondamentale. Reconnaissez la souffrance de votre enfant. Et dites-lui qu’il existe des solutions pour s’en sortir. L’enjeu est capital, il s’agit de retrouver confiance dans le système scolaire. Très important dans ce genre de situation : le traumatisme des parents. Le cyber-harcèlement porte sur l’intime de l’enfant d’abord et sur celui de sa famille bien souvent. C’est pourquoi j’insiste auprès des parents sur la nécessité de se faire aider par un tiers. Ne serait-ce que pour élargir la réflexion et avoir un peu de recul. Il faut savoir que l’aide que nous apportons à un phobique se fait par l’entremise d’un pédopsychiatre et d’un suivi thérapeutique de toute la famille. Il y a toujours une mise en jeu familiale. Même avec de « bons » parents, il est capital de réfléchir ensemble, ne serait-ce que pour se redonner confiance.

Yves-Marie Vilain-Lepage et Romain Brindeau

À lire

Anne-Marie Rocco et Justine Touchard, Le Jour où je n'ai pas pu aller au collège, Flammarion.

Pour vous aider

Les signes physiques de la phobie scolaire

Plusieurs signaux d’alarme sont symptomatiques du développement d’une phobie scolaire. Ils sont particulièrement présents en période de stress. Voici les principaux :

  • Nausées
  • Vomissements
  • Perte d’appétit
  • Syncope
  • Maux de tête
  • Malaise
  • Douleur abdominale
  • Diarrhée
  • Douleur dans les membres
  • Tachycardie
     

Les troubles psychologiques et sociaux associés

Les enfants atteints de phobie scolaire ne vont pas forcément présenter l’ensemble des troubles psychologiques et sociaux ci-dessous. Si ces troubles se présentent à des degrés plus ou moins importants selon les cas, c’est surtout leur association qui est un bon système d’alarme. Ici encore, ce sont les plus fréquents :

  • Retrait progressif des activités de groupe et isolement
  • Agoraphobie, claustrophobie, phobie sociale, peur des transports en commun, etc.
  • Rapprochement vers la mère ou la mère devient l’objet des colères
  • Emprise familiale (allant même jusqu’à devenir un tyran domestique)
  • Anxiété de séparation
  • Conduites agressives
  • Conduites addictives
  • Conduite d’évitement
  • Surinvestissement de la scolarité
  • Comportements dépressifs : crises de larmes, baisse de l’estime de soi, repli sur soi, idées de mort, indifférence, trouble du sommeil, cauchemars, modification de l’appétit et de l’alimentation (boulimie ou anorexie), etc.

Attention, ces symptômes peuvent être la manifestation d’autres troubles que la phobie scolaire.

(Source : Fapeo - La phobie scolaire - 2009)

À qui s’adresser ?

Les phobies scolaires touchent environ 5 % des élèves âgés de 12 à 19 ans. Si votre enfant présente des signaux d’alarme, il vous faudra trouver alors des interlocuteurs.
La première ressource se situe au niveau même de l’école. D’abord l’enseignant, qui pourra vous renseigner sur le comportement de votre enfant en classe. Puis le centre PMS.
Étape suivante sur le chemin de la guérison : le thérapeute. L’offre est assez large en Wallonie comme à Bruxelles. Mais, attention, il n’existe pas une seule solution, ni une seule forme de prise en charge. Cela dépend du tempérament de votre enfant, mais aussi des causes, de la gravité et de l’état du trouble. Vous serez peut-être amené à changer de thérapeute en cours de traitement.
Enfin, face à la demande de plus en plus importante, deux structures ont ouvert leurs portes à Bruxelles. Leur particularité ? Un établissement scolaire au sein même du centre de soins psychiatriques.
L’École Robert Duboisest une école type 5 qui a ouvert ses portes en avril dernier. Elle propose une prise en charge appuyée par des professionnels de l’éducation et de psychologues. L’idée, ici, est de multiplier les activités pédagogiques (activités artistiques, ateliers en effectifs réduits, etc.) pour remettre les ados dans le circuit scolaire. Difficile de dire si les résultats sont concluants, mais on sent l’équipe experte et prête à tout. On vous en dit plus dans un prochain Ligueur.
Area + est une entité de l’asbl Epsylon, réseau de soins psychiatriques. Ouverte depuis le 1er juillet dernier, la structure accueille une vingtaine de jeunes de 12 à 20 ans dans un hôpital de jour-lycée thérapeutique. Les élèves rentrent donc chaque soir chez eux. La prise en charge dure quelques mois, avec au programme le travail scolaire, des entretiens individuels ou collectifs réguliers, des ateliers et la pratique du sport. 

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Elle s’appelle Séverine et est la maman d'Ethan, 10 ans, et Quentin, 13 ans. L’aîné n'a jamais aimé l'école mais s'y rend pour retrouver les copains. Jusqu’au jour où il est saisi de phobie scolaire. Pour l'aider à lutter contre ses peurs et à supporter les cours, Séverine et son mari ont fait appel à une équipe mobile, Tandem’o liée à Rhéseau (réseau hennuyer pour l’épanouissement et la santé mentale des enfants, adolescents et usagers assimilés) pour essayer de le motiver. Témoignage.