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Les questions de vos ados,
les réponses de nos experts

Nos journalistes sont allés hanter les centres de planning familiaux pour mieux saisir ce qui préoccupe les ados qui ont rencontré une fois ou l’autre, volontairement ou par inadvertance, des images pornos. Voici quelques questions, parmi les principales qu’ils se posent ou qu’ils osent poser à des professionnels, accompagnées de leurs réponses. Instructif pour vous, parents qui recevez rarement les confidences de vos jeunes à ce propos !

Les questions de vos ados, les réponses de nos experts

Simon, 15 ans : « J'ai peur du 'ratage' »

Florence Deboeck, sexologue
Bien que la plupart des angoisses liées aux performances sexuelles soient généralement attribuées aux garçons, les filles craignent également de ne pas être à la hauteur. Familiers des prouesses acrobatiques les plus osées, certains jeunes voient leur trac amplifié par la pornographie et en arrivent à douter de leurs propres aptitudes sexuelles. Plus l'ado est jeune, plus il faudra essayer de comprendre pourquoi il en vient à se poser de telles questions, trouver l'origine de son malaise et, dans le cas de contenus pornographiques, le rassurer quant à l'artificialité des images qui l'ont marqué. Pour Florence Deboeck, sexologue et animatrice au Planning familial d'Evere, il faut avant tout recadrer le contexte de la pornographie.
« Un film X est un montage de séquences sélectionnées qui ne reflète en rien le déroulement réel de l'acte sexuel. Une scène peut sembler durer des dizaines de minutes, elle aura pu être tournée en bien plus de temps, avec des pauses, des coupures, des effets, etc. Les acteurs sont des professionnels, soigneusement choisis pour leurs performances et leurs mensurations spectaculaires, qui mettent en scène un fantasme généralement masculin, destiné à exciter sexuellement. Les ados doivent garder en tête que c'est une fiction très éloignée de la réalité, au même titre que n'importe quel film. »
Faces aux craintes des débutants de ne pas satisfaire un(e) partenaire plus précoce ou dont les exigences sont trop élevées, rappelons-leur que rien ne les force à brûler les étapes ou à devenir spontanément une bête de sexe. Tous les garçons n'ont pas la carrure pour devenir le nouveau Rocco Siffredi, ce n'est d'ailleurs probablement pas le souhait de leur petite copine. Et s'ils ont conscience de la différence entre le porno et la vraie vie, mais toujours peur de simplement foirer, eh bien… qu'ils sachent que ça arrive. La sexualité n'est pas une chose à prendre à la légère, mais pas de quoi paniquer non plus sous les couettes au moindre problème d'érection ou d'éjaculation précoce. Le sexe est un apprentissage. Et comme dans toute phase d'apprentissage « Il est normal de rater ». La relation sexuelle est d'abord une relation de confiance, si l'on n'imagine pas pouvoir surmonter à deux quelques ratés au départ, l'aventure n'en vaut peut-être pas la peine.

Carlos, 20 ans : « Est-ce que la taille de mon sexe est normale ? »

Jean-Paul Vankeerberghen, journaliste, spécialiste de la santé
Faute de nombreux points de comparaison (nous ne circulons pas nus), la réponse n'est pas évidente, ce qui entretient le doute, voire l'anxiété. Et ce n'est pas la consultation de sites pornos qui apaisera cette anxiété, car on y montre généralement d'énormes braquemards, des bites rendues impressionnantes grâce à un angle de prise de vue adéquat.
Depuis que l'être humain a compris que la fécondité des femmes était liée à la semence déposée dans leur ventre par le pénis des hommes, le culte de la déesse-mère en a pris un coup et la plupart des civilisations ont développé le culte du phallus. C'est un malentendu, évidemment, car la fécondité de l'homme réside en fait dans ses testicules, le pénis en érection n'étant que l'outil permettant de déposer les spermatozoïdes dans le vagin de la partenaire. Ces deux couilles sont aussi le siège de sa virilité, car elles sécrètent la testostérone, l'hormone responsable de ses caractères sexuels secondaires masculins (poils, musculature, etc.).
Mais rien n'y fait : dans l'imaginaire érotique, ces deux breloques ont toujours joué un rôle secondaire. Ce qui fait la virilité du mâle, c'est son phallus ! Et dans l'esprit des hommes, c'est leur pénis qui fait jouir la femme.
Encore un malentendu. Les Priape (dieu gréco-romain de la fécondité, représenté bien membré) ne font pas nécessairement de bons amants. Le siège du plaisir féminin ne se trouve pas au fond de son vagin, mais plutôt à son entrée et autour de cette entrée, du côté du clitoris notamment. Peu importe, dès lors, que la verge de son amant fasse dix ou vingt centimètres. Ce qui éveille le mieux le plaisir de la femme, ce sont les préliminaires amoureux, les caresses et les baisers sur ses zones érogènes (la vulve mais aussi les mamelons et d'autres lieux à découvrir en cours d'exploration amoureuse), la tendresse aussi. La pénétration du sexe raidi de son amant n'intervient qu'en conclusion : c'est le moment de plaisir le plus intense pour l'homme, mais la femme a souvent déjà joui avant.
Plusieurs enquêtes sur la sexualité ont montré que les femmes témoignent de moins d'intérêt pour l'aspect ou la taille de la verge que ce que les hommes imaginent.
Comme pour les autres parties du corps (nez, seins, mains, pieds...), la taille du pénis est extrêmement variable dans la population. Sa taille varie aussi beaucoup entre le repos et l'érection ; un petit pénis au repos s'allongera souvent plus en érection que ne le fera un grand pénis.
Pour les amateurs de statistiques, la taille moyenne des pénis mesurés se situe autour de 13 cm en érection. On considère que la taille du pénis se situe le plus souvent entre 7,5 et 11,5 cm au repos, entre 10 et 20 cm en érection. La taille d'une verge se mesure de sa base, contre l'os pubien, à son extrémité. À vos lattes !

Sébastien, 19 ans : « Je ne ferai jamais l'amour avec ma copine ! »

Florence Deboeck, sexologue
Cette phrase presque enfantine, qu'on croirait confiée en pure ignorance, peut cacher une véritable aversion pour le sexe, donc pas vraiment le meilleur moyen d'envisager une vie sexuelle harmonieuse. Que dire à un jeune qui se croit obligé de reproduire certaines pratiques qui le dégoûtent, mais sont courantes dans les films pornographiques ? Baignant dans une société hypersexualisée, certains adolescents ont du mal à dissocier les pratiques parfois extrêmes du porno d'une vie sexuelle « normale ». Sans les encourager à passer à l'acte inconsidérément, on peut les aider à surmonter cette répulsion et se défaire petit à petit des clichés glauques. En prenant le temps de découvrir leur sexualité, ils réaliseront d'une étape à l'autre que les standards du porno avaient tronqué leur vision d'un acte intime qui ne regarde personne d'autre qu'eux.
Florence Deboeck nous le rappelle, on peut simplement commencer en posant des questions au jeune du genre : 'Pourquoi tu trouves que c’est moche de faire l'amour ? Qu'est-ce qui te fait dire ça ?' Encore une fois, nous rapporte-t-elle, il faut identifier les causes du dégoût qui, bien que la question de départ soit la même, peut s'expliquer de différentes façons. Est-ce qu'il provient d'images vues dans un film porno ? Le jeune a-t-il grandi dans un environnement familial qui l'a conditionné à rejeter toute question liée au sexe ? Ou peut-être que cela vient d'une expérience traumatisante ? En creusant les racines, on peut voir quelles représentations le jeune a construit, les explorer ensemble et lui donner une vision plus positive de la sexualité. Sans pour autant nier l'existence de pratiques parfois extrêmes mais en précisant qu'elles ne sont nullement obligées de faire partie de sa vie sexuelle. On peut très bien dire : 'Oui, ça existe, mais il n'y a certainement pas que ça. Le sexe peut être très beau, c'est la plus belle preuve d'amour qu'on puisse donner'. La difficulté réside dans le fait d'accepter le clivage entre la pureté de l'amour et l'aspect plus bestial du sexe. » 

Irina, 16 ans : « Quand sait-on qu'on aime ou seulement qu'on désire ? »

Florence Deboeck, sexologue
Comment distinguer une simple pulsion sexuelle de l'amour avec un grand A ? Une équation déjà pas évidente à résoudre pour les adultes, donc carrément insoluble dans le bouillonnement hormonal de l'adolescence. Au-delà de l'influence du porno sur les mœurs des jeunes, ce genre de question existentielle hante les ados romantiques, du moins jusqu'à ce qu'ils soient capables d'y voir clair entre envie et sentiments, vie sexuelle et vie amoureuse. Autant dire que c'est souvent mission impossible.
Florence Deboeck, sexologue et animatrice au Planning familial d'Evere nous souffle une réponse : « Où se situe la frontière entre amour et désir, c'est une question très difficile. Il n'y a pas de réponse unique. Quand j'aborde ce genre de thématique, je travaille différemment selon qu'il s'agisse d'une consultation ou d'une séance de groupe. Avec un groupe, on part sur les réponses données spontanément par les jeunes. Une fois qu'on connaît la conception de chacun, on peut en débattre. Les réponses sont parfois très différentes, ça permet d'explorer le sujet sous plusieurs aspects. L'approche n'est pas la même si un ado vient en consultation et me pose la même question. Il devra parvenir à déchiffrer ses propres sentiments et une fois de plus, le processus d'identification pourra passer par une série de questions : 'Est-ce que tu peux désirer quelqu'un sans le ou la respecter ? Ou plus généralement, pour toi, c'est quoi le désir ?' Ici aussi, on peut débattre des questions parce que les conceptions du désir varient d'un ado à l'autre. Parfois, c'est le fait d'être avec la personne aimée, de passer du temps ensemble ou l'envie d'avoir des relations sexuelles. Il y a de tout. Mais malgré l'aide qu'on peut apporter aux ados, il est évidemment impossible de trancher de grandes interrogations comme 'Le sexe implique-t-il l'amour ? Et, à l'inverse, l'amour implique-t-il des relations sexuelles ?' Toutes ces questions se voient au cas par cas et il n'y a pas de réponse universelle. La preuve, même les professionnels de la discipline ne sont pas d'accord entre eux. »

Mathieu, 17 ans : « Quand je cherche des sites ou des images pornos sur mon PC, à chaque fois ça bloque. Pourquoi ? »

Romain Brindeau, journaliste
Pas besoin de se tourner vers un expert en sécurité internet pour répondre à la question : c'est simplement que la fonction de contrôle parental a été bien configurée. Cette fonction basique est relativement efficace à condition d'être activée… et surtout paramétrée. En effet, la règle qui prévaut pour la majorité des constructeurs d'ordinateurs et des fournisseurs d'accès à Internet est de proposer un contrôle parental « par défaut », c'est-à-dire préréglé avec des critères moyens.
Comment ont-ils fait (et ils ont bien fait ! Le porno - ce n’est un secret pour personne - n’aide pas à grandir) ? Petite démonstration… qui peut intéresser les parents qui lisent la réponse à cette question d’ado.
Pour rendre vraiment le contrôle parental intéressant et donc utile, il est important de définir des critères plus restrictifs (en général, la gradation va de modéré à strict), notamment sur le contenu des images et des sites internet. Pour cela, des mots-clés peuvent être introduits pour limiter l'accès. Accès qui peut être déverrouillé par un simple mot de passe, qu'on pensera d'ailleurs à modifier régulièrement en évitant les choix trop faciles à deviner comme, par exemple, les dates de naissance des membres de la famille.
Pour accéder au contrôle parental de l’ordinateur, le plus simple est d'utiliser un moteur de recherche. On tape simplement « contrôle parental + le nom de son fournisseur d'accès ou de son navigateur (Internet Explorer, Safari, Google, Chrome, etc. ». Il ne reste plus ensuite qu'à suivre les modes d'emploi ou les tutoriels proposés par des utilisateurs. De leur côté, certains systèmes d'exploitation (Vista, Windows 7, OS X, etc.) intègrent également un module de sécurité. Les paramètres se gèrent alors à la création du compte d'utilisateur (il s'agit alors de créer un compte par membre de la famille).
Si on souhaite aller un pas plus loin, il existe un bon nombre de logiciels de contrôle parental, certains gratuits, d'autres payants. Parmi ceux-là, difficile d'en mettre un en avant plus que l'autre, tant les options de paramétrages et les critères de sécurité et de tolérance propres à chacun différent.
Pour mieux comprendre les enjeux et établir des priorités en matière de sécurité sur Internet, quelques sites sont très bien faits. On peut citer entre autres, par exemple, saferinternet.be, e-enfance.org ou encore controle-parental.net
Pour information, il est à noter que la majorité des consoles de jeu (Xbox 360 - PlayStation 2, 3, 4 et portable - Wii - Nintendo DSi) possèdent également un contrôle parental intégré.

Myriam Katz et Mathieu Nguyen

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La curiosité des jeunes à l’égard de la sexualité est bien normale. Mais il est loin le temps où le Larousse médical ou le catalogue de La Redoute leur servait de source quasi exclusive d’information et d’excitation. Pubs, magazines, clips vidéo, télé et, bien sûr, internet : aujourd’hui, tout est imprégné de sexe. Avec internet, les images pornos, toujours plus hard, sont à portée des yeux des adolescents… et des enfants. Avec quels effets sur eux ? Le regard, tout en nuances, de Tanja Spöri, psychologue et psychothérapeute (1).

 

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