Vie de parent

Les rentrées à temps partiel :
un casse-tête pour les familles déconfinées

Si la majorité des écoles organise une « rentrée » cette semaine, certaines ont décidé de ne la programmer qu’à temps partiel. Pas facile pour les parents de jongler entre les différents horaires. Certains d’entre eux ont du mal à comprendre les raisons de ces décalages, maintenant que les mesures sanitaires ont été assouplies.

Les rentrées à temps partiel : un casse-tête pour les familles déconfinées

L'un, en 6e primaire, est rentré à partir du 18 mai le lundi et le mardi. Depuis le 8 juin, c’est le mardi et le vendredi. L'autre, qui est en 3e primaire, c’est le lundi et le jeudi. Pour le petit dernier, qui est en maternelle, c’est école tous les jours, sauf le mercredi. Reste l’aîné, en 3e secondaire, qui ne rentre pas du tout. Pour David*, papa de quatre enfants à Amay, ce retour à l'école est un véritable casse-tête.

« Ce qui m’embête, c’est que depuis cette semaine, on a la possibilité de rentrer à temps plein. J’ai calculé, ils auraient droit à quinze jours d’école, mais certains n’en auront que six. Or, rentrer est bénéfique socialement et pour les apprentissages… surtout après trois mois difficiles à gérer comme ceux-ci. »

Dans le réseau catholique, un premier sondage effectué début juin montrait qu’environ un quart des écoles primaires étaient rentrées à temps partiel pour 15% dans le maternel. « C’est vraiment difficile à gérer ces horaires décalés, réagit le papa toujours en télétravail, tout comme son épouse. On a l’impression que la réalité de terrain est différente de l’annonce de la semaine dernière. On ne s’attendait pas à ça et on ne comprend pas pourquoi notre école s’organise comme cela alors que d’autres font rentrer toutes les classes tous les jours de la semaine ».

Ne pas retrouver tous les parents
en même temps devant la grille de l’école

David a interpellé la direction, mais il considère qu’il n’a pas reçu de réponse claire à sa question. « On nous dit que c’est pour créer un ‘sas temporel et sanitaire’. Qu’est-ce que ça veut dire, exactement ? Quand j’ai posé la question à la direction, ça s’est très mal passé. J’ai maintenant un rendez-vous avec le pouvoir organisateur ».

D’autres parents, comme David, nous ont interpellés. Avec tous la même question : maintenant qu’il ne faut plus respecter les 4 m² par enfant, ni le masque, qu’est-ce qui justifie ces rentrées à temps partiel ?

D’abord, précisons qu’il a été annoncé que les écoles pouvaient faire rentrer tous les élèves… mais en laissant la liberté aux pouvoirs organisateurs d’adapter ce retour en fonction de ses possibilités. C’est ce qu’on peut lire dans la circulaire publiée le 27 mai : « Les pouvoirs  organisateurs, sur base de leurs réalités locales et contraintes propres, peuvent choisir de différer ou adapter cette nouvelle étape de reprise des leçons. Il leur appartient, le cas échéant, de fixer le moment exact de la reprise des leçons et le temps d'enseignement adaptés à leurs possibilités ».

Voilà pourquoi deux établissements sous un même pouvoir organisateur peuvent programmer la rentrée différemment : une à temps partiel et une à temps plein. C’est le cas à Nivelles, par exemple. Une maman nous fait part des raisons invoquées par la direction. « D’abord, il était compliqué d’organiser des entrées et sorties d’écoles pour toutes les classes à horaires décalés pour ne pas que tous les parents se retrouvent agglutinés aux grilles, surtout dans l’implémentation de mes enfants qui se trouve dans le centre-ville. Ensuite, la direction m’a répondu qu’il n’y avait pas de personnel en suffisance pour nettoyer correctement le matériel et les locaux ».

Autant de personnel pour plus d’hygiène

Les mesures d’hygiène décidées par l’ONE prévoient en effet que les locaux soient nettoyés au moins une fois par jour en dehors de la présence des enfants (sol, surfaces et mobilier), en plus de la désinfection des surfaces fréquemment touchées (poignées de portes, interrupteurs, robinets etc.) et des sanitaires.

« Ça n’a l’air de rien comme ça, mais, pour certaines écoles, il y a une vraie question budgétaire autour du nettoyage, embraye Conrad Van de Werve, responsable presse du Segec, qui coordonne l’enseignement catholique en Fédération Wallonie-Bruxelles. Les écoles n’ont pas reçu les moyens d’augmenter les équipes de nettoyage alors qu’il est très conséquent. »

Ne pas se faire croiser les bulles

Et puis, dernière raison invoquée : les bulles. « Chaque classe doit former une bulle. Elles ne peuvent pas se croiser, rappelle le Segec. Dans certaines infrastructures dont l’espace est plus réduit, c’est difficile de ne pas se faire croiser les élèves de deux bulles différentes ». Un argument que la maman nivelloise a du mal à avaler. « Les jours où il n’y a pas école, je vais de toute façon mettre mon enfant à la garderie où il va se retrouver dans une autre bulle que celle de sa classe ».

Même constat pour le secrétaire général de la Fédération des établissements libres subventionnés indépendants. Même s’ils ne représentent qu’une petite partie des écoles en Fédération Wallonie-Bruxelles, elles sont soumises aux mêmes règles. « On a eu l’occasion de s’entretenir avec la task force pédiatrique. Les experts nous ont confirmé que ce n’était pas un drame si un enfant se retrouvait dans plusieurs bulles, car ils sont moins transmetteurs et récepteurs que le reste de la population. De toute façon, dans les faits, c’est déjà le cas quand ils viennent en bus à l’école. Ils se retrouvent dans la bulle bus et dans la bulle classe ».

Si ces règles rendent dingues certaines directions qui doivent continuellement s’adapter depuis le début de cette crise sanitaire, le constat est le même chez les parents. Certains nous ont même confié qu’ils n’ont pas voulu conduire leur enfant à l’école car les règles changeaient constamment. Combien sont-ils à ne pas avoir repris le chemin de l’école ? Pas de chiffres précis à ce stade, mais une certitude sur les défis à venir : faire en sorte que tous ces élèves absents raccrochent à l’école en septembre.

*(prénom modifié)

Marie-Laure Mathot