Vie de parent

Les repas

Matin, midi et soir… au réfectoire, à la récré ou autour de la table familiale : manger est un éternel recommencement ! Pour le meilleur ou pour le pire selon les papilles gustatives de nos enfants. Chicon, poisson, oignon, melon, saucisson : on les attendait donc au tournant, leurs réflexions épicées à propos de l’alimentation.

Les repas

► Ceux qui sont raisonnables

Junior, 8 ans : « Les dames du midi me coupent l’appétit »
Le midi à l’école, je préfèrerais aller au repas tartines plutôt qu’au repas chaud. Pour être avec les copains, mais surtout parce que les dames du réfectoire, elles crient beaucoup dans nos oreilles. Je l’ai dit à maman. Mais bon, je sais que c’est plus facile pour elle comme ça, elle ne doit pas faire à manger pour nous le soir en revenant du travail.

Charlie, 10 ans : « On recrache ce qu’on n’aime pas »
La règle à table, c’est qu’il faut tout goûter. C’est pas vraiment un problème pour moi parce que j’aime presque tout. Sauf les chicons, mais maman n’en fait jamais. J’ai pris l’habitude de tout goûter depuis que je suis petite. Je me souviens même que lorsque j’étais toute petite, il fallait déjà que je goûte tout. Mais j’avais le droit de recracher dans la poubelle si je n’aimais pas. Et en fait, ça n’arrivait jamais.

Wendy, 14 ans : « Mon frère, il arrive à ne pas aimer ce qu’il aime »
À table, moi, j’aime tout. Ou presque. C’est comme ça depuis que je suis née, je ne sais pas pourquoi. J’ai rien fait pour ça, c’est la nature. Mon petit frère, c’est carrément l’inverse : lui, il n’aime rien. Mais vraiment rien de rien. Et même parfois ce qu’il aime - comme les carottes ou le chou-fleur - et bien d’un coup, il ne l’aime plus. Alors que papa en a fait justement pour lui, pour lui faire plaisir. Alors là, ça part en vrille. Mon frère hurle comme si on lui avait arraché un bras. Mes parents s’énervent. Alors moi, je termine rapido mon assiette et je quitte la table.

► Ceux qui feintent

Léo, 11 ans : « J’y peux rien, j’ai toujours faim »
Ma mère me dit souvent que je suis un estomac sur pattes. J’y peux rien, j’ai toujours faim. C’est parce que je suis en pleine croissance, non ? Alors, oui, je mange parfois des biscuits avant le souper en rentrant de l’école. Même un peu en cachette. J’ai mes trucs pour ne pas me faire prendre. Ne pas laisser de miettes. Ne pas piquer le dernier biscuit. Et surtout, ne pas jeter l’emballage en haut de la poubelle. Je m’en sors bien. Mon frère, lui, est moins doué pour ça.

Grégoire, 12 ans : « Le mensonge, ça les met en colère »
L’année passée, en rentrant seul de l’école, j’avais acheté des bonbons en cachette. J’ai rien dit et je les ai mangés dans ma chambre. Et pourtant, ce n’est pas interdit d’en manger à la maison. Ce qui me plaisait, c’était d’être libre de faire ce que je voulais. Mes parents l’ont su et ils se sont fâchés vachement fort. Parce ce qu’ils ne supportent vraiment pas du tout, on le sait tous les trois, c’est le mensonge.

► Ceux qui sont résignés

Lina, 8 ans : « En 2019, je fais des efforts »
J’aime pas vraiment les légumes. En 2019, mes parents ont décidé avec moi d’une nouvelle règle : maintenant, je dois tout goûter. J’ai pas vraiment envie, mais, bon, je vais le faire. Je vais essayer au moins. Ils ont raison. On va arrêter d’en discuter… car en fait, j’aime pas vraiment parler de ça.

Sylvain, 15 ans : « Certains légumes donnent envie de vomir »
En principe, la consigne à table, c’est de tout goûter. En principe, car, parfois maintenant, je peux laisser de côté ce que je n’aime pas. Mais j’ai des souvenirs horribles quand j’étais petit. Je ne voulais pas manger certains légumes car, vraiment, cela me donnait envie de vomir. Alors, oui, j’ai des souvenirs comme ça où je restais parfois seul à table dans la cuisine devant mon assiette pendant des heures.

► Ceux qui sont nostalgiques

Mina, 15 ans : « Tous ensemble à table, c’est fini »
Longtemps avec mes deux grands frères, on a fait la révolution de la bouffe à la maison. On n’en voulait plus de leurs légumes bio et du quinoa. Ah oui, faut dire que nos parents sont végétariens. Nous, on voulait manger de la viande ! Enfin, surtout mes frères. Puis, maintenant, avec toutes nos activités après l’école et aussi les réunions de nos parents, on mange tous à des heures différentes. Chacun fait comme il veut. Au début, c’était trop cool. On était libre de faire ce qu’on voulait. Depuis la rentrée, je trouve ça moins drôle. Faut dire que nos parents se sont séparés maintenant. Et parfois, oui, je regrette ces moments où on était tous ensemble à table.

En coulisses

Rien à faire : l’alimentation, ça divise nos gamins et ce, sans qu’ils y soient vraiment pour quelque chose. Les bonnes fourchettes avalent les paroles de leur·s parent·s sans crier gare. Tandis que pour les autres, les règles imposées (ou décidées ensemble), notamment pour leur faire aimer les fruits et les légumes, leur restent forcément sur l’estomac. Et pourtant, ils sont tous conscients que manger équilibré est important, voire incontournable, pour bien grandir.
Alors, quand ils prennent la parole sur la question des repas, c’est vraiment du bout des lèvres. Comme s’ils savaient que leurs arguments ne pouvaient pas vraiment faire le poids. De quoi nous laisser (un peu) sur notre faim.

Anouck Thibaut