16/18 ans

Les sites de rencontre
ciblent les jeunes

On connaissait les sites de rencontre pour adultes, pour adultères… Il en existe désormais qui s’adressent directement, voire exclusivement, aux adolescents. Quels dangers pour nos ados parfois crédules. Comment les mettre en garde ?

Les sites de rencontre ciblent les jeunes

Les sites de rencontre font des petits… qui s’adressent spécifiquement aux adolescents. L’inscription ? Un véritable jeu d’enfant : un profil à remplir, une photo, et le tour est joué. Ces sites séduisent de plus en plus de jeunes, dès l’âge de 13-14 ans.
Même s’ils font des rencontres à l’école ou ailleurs, dans la « vraie » vie, les ados, parfois timides, et toujours avides de nouvelles expériences, privilégient de plus en plus le web pour tester leurs techniques de séduction et franchir le pas de la drague. « Internet, c’est une mode, et c’est une manière pour eux de découvrir la sexualité, sans lendemain. Ils l’utilisent comme les adultes », explique Jean-Marie Gauthier, psychologue et pédopsychiatre prof à l’ULg.

Les mêmes dangers que sur les réseaux sociaux

Nos ados, s’ils se croient parfois déjà mûrs, sont (encore) des enfants face aux réalités du monde virtuel. Sur les sites de rencontre, ils imitent le comportement d’adultes, alors qu’ils n’ont pas les mêmes besoins, les mêmes attentes, les mêmes expériences. Ils n’abordent pas la rencontre avec le même discernement, la même maturité, ni les mêmes émotions.
Les ados raffolent des photos et n’hésitent pas à mettre en valeur leurs atouts physiques pour attirer les regards sur leur profil. Certains ont des poses très suggestives, sans toujours bien mesurer l’impact du message qu’ils font passer, malgré eux.
Ils y balancent aussi leurs infos personnelles, sans méfiance. « On voit tout le temps des ados qui laissent leur adresse ou leur numéro de téléphone, puis sont harcelés par des gens qui les exploitent ou qui tentent de les exploiter. Et pour s’en débarrasser, c’est très compliqué », ajoute le psychologue.

Tu parles d’une « rencontre »

Sur ces sites communautaires, ils peuvent - tout comme les adultes - se créer un faux profil. Ils peuvent se vieillir - sport national des ados - ou se rajeunir. Une jeune fille de 15 ans peut donc entrer en contact avec un jeune homme de 25 ans ou plus. Or, avec dix ans d’écart, ces deux personnes ne sont pas au même stade de leur cheminement, dans l’approche de l’amour et de la sexualité notamment. Si certains de nos jeunes ne sont pas dupes et s’amusent parfois à les déceler, les dénoncer même, d’autres, plus crédules, peuvent se heurter à de mauvaises rencontres.
Bien souvent, l’issue des rencontres sur internet est sans lendemain. Les adultes y sont préparés. Les plus jeunes, pas toujours. « Les adolescents risquent de se planter et s’ils ont fait ça sans assistance, ils peuvent avoir des retours très douloureux », prévient Jean-Marie Gauthier.
Derrière la gratuité de ces sites de rencontre, il y a encore les annonceurs et les agences de marketing qui ne voient en nos jeunes que des consommateurs potentiels. « Les ados sont plus naïfs. Ils dépensent plus facilement l’argent qu’ils ne gagnent pas, donc ils sont encore plus rentables. C’est pour cela qu’ils sont la cible des commerciaux », explique Jean-Marie Gauthier.

Les protéger en les informant

Pour protéger nos jeunes de ce marché et de ses autres pièges, les parents doivent s’intéresser à internet et à ce qui s’y passe. Pas la peine d’empêcher un jeune de s’inscrire sur un site de rencontre. La tentation serait d’autant plus grande de braver l’interdit. Et on ne va pas non plus épier ses moindres faits et clics.
Avant tout, on leur rappelle quelques règles d’usage, qui leur serviront tant sur ces petits frères de Meetic que sur n’importe quel site web :

  • Rien n’est gratuit sur internet : un clic, un numéro de téléphone, la date de naissance… Tout peut être exploité à des fins commerciales.
  • Quand on inscrit des données sur internet, elles sont irréversibles et éternelles.
  • Toute donnée, statut, commentaire, photo personnelle qu’on poste sur le web décline notre identité numérique et dessine notre image (qui on est, ce qu’on fait, ce qu’on aime, nos valeurs…). Il faut donc très tôt les inviter à ne pas agir par impulsion ou sous le coup de l’émotion, afin de soigner leur e-réputation.

On opte ensuite pour un dialogue sur les relations sexuelles et sur l’amour. « Une fille de 13 ans m’a dit qu’elle était frigide, tout ça parce qu’elle avait eu des rapports sexuels avec un gars dans une voiture dans de très mauvaises conditions. Et comme elle n’avait pas eu de plaisir, le type lui avait dit qu’elle était frigide. C’est étonnant de voir à quel point la sexualité est glorifiée et dévaluée dans le même temps », avance le psychologue. Et c’est en famille que commence l’éducation à la sexualité. Autant ne pas prendre le risque qu’ils « s’instruisent » sur internet… en confondant rapport sexuel et exercice de gymnastique.

Stéphanie Grofils

Ils en parlent...

« Par internet, on est moins timide. J’ai un pote qui a trouvé sa copine comme ça. »
Max, 17 ans

« Je suis contre, c’est pas très romantique de se rencontrer sur internet ! »
Lilou, 15 ans

« Je trouve ça triste, quand on est jeune, de passer par internet. T’as pas le plaisir de la chasse, les regards qui se croisent, les sourires qui s’échangent. »
Myriam, future grand-mère

« Comme si ce n’était pas suffisant de devoir surveiller leur activité sur les réseaux sociaux. On les expose à des dangers réels dont ils ne vont pas mesurer l’ampleur. Parce qu’à leur âge, on croit qu’on est plus malin que le voisin et que prendre des risques, c’est excitant. »
Béatrice, maman d’ado

« Là, on les pousse encore plus à faire semblant d’être des grands alors qu’ils ne le sont pas. C’est inquiétant car ils vont rencontrer des gens qu’ils ne connaissent pas et qui cherchent un partenaire pour un soir ou vont être approchés par des gens beaucoup plus âgés qui pourront les manipuler sans difficulté. »
Ingrid, maman d’ado

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