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Les soucis d’argent, on en parle ?

Perte d’emploi, problème de santé, séparation… nous pouvons tous, un jour ou l’autre, être confrontés à des problèmes financiers. Et même si nous essayons de ne rien dire devant nos enfants pour les préserver, ceux-ci finissent bien souvent par comprendre que quelque chose ne va pas. Comment répondre à leurs questions sans les inquiéter ? Une experte nous livre quelques pistes de solutions.

Les soucis d’argent, on en parle ?

Un jour ou l’autre, nous pouvons tous devoir faire face à des difficultés majeures : perdre notre emploi, tomber malade, nous séparer de notre conjoint·e, assumer de grosses dépenses imprévues… La conséquence directe : une situation financière difficile. Et pour certaines familles, ces difficultés sont même récurrentes.
D’après les chiffres communiqués par Viva for Life, lors de sa grande récolte de fonds annuelle, la Belgique serait l’un des pays d’Europe où le taux de pauvreté infantile est le plus haut. Environ 200 000 enfants de 0 à 6 ans vivent actuellement sous le seuil de pauvreté dans notre pays dont 80 000 sur le territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Cela représente 40 % des enfants bruxellois et 25 % des enfants wallons.

Ils en savent déjà beaucoup

Pour ces familles, chaque facture qui arrive, chaque achat à effectuer, chaque dépense imprévue est un véritable problème. Et même si la majorité des parents essayent de ne rien montrer à leurs enfants, ceux-ci en savent généralement bien plus que l’on ne croit.
« Les enfants sont des éponges et devinent bien souvent des choses qu'on aimerait leur cacher, explique Natalie Peninger, professeure et spécialiste de la petite enfance. La situation économique actuelle est compliquée, les prix augmentent partout et l’emploi est précaire. Les enfants en entendent parler à la télé, à la radio dans la voiture, via leurs copains à l’école... Ils entendent et absorbent bien plus de choses qu’on ne l’imagine. Par ailleurs, à force de refuser un jouet, un nouveau pull ou une sortie, petits et grands finissent par comprendre que leurs parents ne roulent pas sur l'or. »
Se pose dès lors la question de savoir s'il faut leur parler de nos soucis d’argent et surtout comment. Les enfants s’inquiètent très vite et peuvent rapidement imaginer le pire. Aussi, même si vous êtes dans une situation financière difficile, Natalie Peninger conseille de minimiser autant que possible les problèmes.
« Il faut permettre à votre enfant d’assimiler qu’en effet, quelque chose ne va pas, mais que ce n’est pas à lui de s’en soucier. Inquiéter ses jeunes enfants avec des soucis d’argent, c’est leur faire prendre une part de responsabilité qui n’est pas la leur. Un enfant ne devrait pas avoir à s’inquiéter de perdre son toit ou de ne rien avoir à manger. »

À chaque âge ses explications

Pour autant, mentir sur la situation n’est pas non plus une solution. « Vous aurez beau ne rien dire, votre enfant ressentira votre inquiétude, verra qu’on ne met plus autant de choses dans le caddy qu’avant, qu’on ne va plus au cinéma, etc. », explique Natalie Peninger. On peut alors en parler avec l’enfant, au calme, dans un moment qui n’est dédié qu’à ça. Et selon l’âge de l’enfant, il conviendra de nuancer ses explications. Un enfant de 6 ans n’a pas le même degré de compréhension qu’un enfant de 10 ou de 12 ans.

► De 6 à 7 ans : l’enfant n’a encore aucune notion de la valeur de l’argent. C’est donc difficile de lui parler de questions financières. La première chose à faire est d’expliquer à son enfant d’où vient l’argent. De lui dire que pour avoir des sous, il ne suffit pas d’aller au distributeur avec sa carte. Que derrière, il y a du travail et que c’est grâce au temps consacré au travail que l’on peut leur offrir des choses. Dans les magasins, les tout jeunes enfants ont souvent tendance à réclamer systématiquement quelque chose. Cela fait partie de leur éducation financière de ne pas systématiquement céder à leur demande, même si la situation financière de la famille est bonne. On lui explique que oui, il pourra avoir ce jouet, mais pour une occasion spéciale comme son anniversaire ou la Saint-Nicolas
► De 8 à 9 ans : l’enfant peut commencer à poser des questions très concrètes, du type « Maman, comment on va faire les courses si tu n’as plus de travail ? ». Dans ce cas, le mieux est de miser sur la franchise, mais en restant rassurant. On peut expliquer qu’on va faire des courses un peu plus économiques et remettre certains achats à plus tard. Rassurer aussi sur le fait qu’il pourra continuer à vivre sa vie d’enfant. On peut lui dire, par exemple, qu’on n’ira pas au cinéma mais qu’on pourra aller à la plaine de jeux très souvent. On peut lui proposer de remplacer le fast-food du mercredi midi par un atelier soupe en famille. Ces moments de partage sont très importants et souvent tout autant appréciés par l’enfant que des sorties qui coûtent de l’argent.
► De 10 à 12 ans : à partir de la pré-adolescence, on peut commencer à parler plus sérieusement d’argent avec son enfant. On peut lister les gros frais avec lui, faire des comparaisons entre le prix d’une sortie en famille et ce que ça représente en nourriture, etc. Il ne faut pas pour autant lui dire qu’on s’inquiète de perdre son toit, mais on peut lui expliquer qu’il faut faire des choix et savoir où mettre ses priorités.

Le parent, le garant

Bien sûr quand on a vraiment de grosses difficultés financières, que les factures s’accumulent, qu’on achète le minimum au magasin, ce n’est pas toujours possible de cacher à son enfant que la situation est très difficile. « Il faut toutefois éviter d’utiliser celui-ci comme dépositaire de ses inquiétudes », conseille Natalie Penninger.
Le parent doit rester la personne qui donne à son enfant confiance en demain. Qui le rassure en lui disant de ne pas s’inquiéter car maman ou papa va trouver une solution. Que la situation est temporaire. « Il faut pouvoir dire à l’enfant que oui, c’est difficile maintenant, mais que ce ne sera pas tout le temps comme ça. Il faut rassurer sur les solutions à court terme, mais surtout sur les solutions à long terme ».

Gaëlle Hoogsteyn

En pratique

Évitez à tout prix de discuter de vos problèmes financiers en présence des enfants, car même s’ils ont l’air de jouer ou de regarder la télévision, ils sont très attentifs à tout ce qui se dit autour d’eux, en particulier lorsque les discussions sont tendues.

Des parents en parlent…

Tirelire d’enfant, problèmes d’adulte

« Je suis maman solo et je cumule deux boulots pour arriver à boucler mes fins de mois. Un jour que j’étais à bout, ma fille est venue me donner sa tirelire en me disant « Comme ça, tu ne dois pas travailler ce soir et tu peux te reposer ». Son geste adorable m’a fait chaud au cœur, mais j’ai aussi pris conscience du fait que je devais faire plus attention à garder mes problèmes d’adulte pour moi. »
Maëlle, maman de Manon, 6 ans

Éducation à l’argent

« J’ai été plusieurs mois au chômage et, pendant cette période, nous avons dû priver les enfants de beaucoup de choses. Nous avons essayé de compenser ces privations par du temps de qualité ou des alternatives moins chères. On a fait des brocantes, ils ont revendu certains de leurs jeux pour en acheter d’autres, on a fait des pique-niques, des balades, des bricolages… Au final, cela leur a appris que dans la vie on ne peut pas tout avoir. »
Jake, papa de deux enfants

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