Vie de parent

Lockdown : faire face à l'angoisse
en tant que parent

L’angoisse est un sentiment que nous découvrons tous ces jours-ci. En tant que parents, nous souhaitons plus que tout le maîtriser pour éviter de le transmettre à nos enfants. Comment y arriver ? Le Ligueur vous donne ici quelques recommandations avec l’aide d’expertes.

Lockdown : faire face à l'angoisse en tant que parent

Sarah est la maman de Marie [noms d’emprunt], qui a 5 ans. Elle est séparée du papa, qui habite à trois rues de chez elle. Elle vit à Bruxelles avec son compagnon qui a deux filles de 5 et 7 ans. Pour le moment, Marie est chez son papa. Sarah est censée la récupérer demain, mais elle a beaucoup de questions en tête.

« La situation n’est pas simple. Je sais que Marie a été malade, mais je ne pouvais pas être avec elle puisqu’elle est avec son papa en ce moment. Je me réjouis de la récupérer demain, mais j’entends que l’armée sera dans les rues, et je me demande si je pourrai effectivement récupérer mon enfant. Je suis ultra-angoissée. »

C’est normal d’être angoissé

Parallèlement à sa vie de maman, Sarah est psychologue clinicienne. Elle travaille dans un service psychiatrique avec des personnes handicapées, vieillissantes, souffrant de maladies chroniques. L’angoisse, c’est un sentiment qu’elle a l’habitude de traiter pour les autres. Mais aujourd’hui, elle est elle-même prise par la panique.

« J’ai conscience que mon angoisse est irrationnelle, mais, parfois, c’est de la survie que d’être angoissée. C’est cela qui est compliqué car, cette fois-ci, je ne peux pas dire aux gens : 'Ça va passer, ce n’est qu’une grippe', puisque je n’en sais rien ». Mais cette angoisse est légitime. Et ça, il convient de commencer par l’accepter.

Comprendre son angoisse

« L’angoisse, contrairement à la peur, est diffuse. Elle n’est pas rationnelle, elle est envahissante, elle n’a ni un début, ni une fin. La peur est objectivable : on a peur de quelque chose. Si on a peur des chiens et qu’on voit un chien, le symptôme sera physique et il partira une fois que le chien se sera éloigné. L’angoisse est un sentiment permanent », explique Sarah.

Doris Van Cleemput, psychologue, psychothérapeute familiale et directrice du planning familial d’Evere, ajoute : « L’angoisse dépend aussi de l’histoire et du contexte de vie de chaque personne. Si, en tant que parent, on a eu une maladie grave lorsqu’on était enfant, on ne vivra pas ce sentiment de la même manière. Pour comprendre son angoisse, l’idéal consiste à s’accorder un moment d'introspection pour réfléchir et tenter de répondre à la question : 'Pourquoi cela m'inquiète/me touche autant ?' ».

Parler de son angoisse

Pour comprendre son angoisse, on peut aussi tenter de l’extérioriser auprès de tiers. Vu son côté insaisissable, nous éprouvons tou·te·s des difficultés à décrire ce sentiment. Néanmoins, Doris Van Cleemput rappelle l’importance de le partager, de ne pas rester seul avec, « en veillant à choisir son interlocuteur. Tout le monde ne peut pas nous rassurer face à la panique. Il faut veiller à sélectionner les personnes avec qui on en discute de sorte qu’elles puissent nous écouter et nous apaiser ».

Recréer de nouvelles habitudes

Une fois que nous avons compris la teneur et l’origine de notre angoisse, nous pouvons agir pour l’amoindrir. Dans le cas du coronavirus, l’angoisse provient surtout du fait « que nous sommes empêchés dans notre quotidien, explique Sarah. Nous n’avons plus le droit de conserver nos habitudes, nos points de repères s’effritent ».

Face à cela, une solution serait de « recréer de nouvelles habitudes au sein de la famille : continuer de se lever tous les matins comme si on allait travailler ; manger aux heures fixes, coucher les enfants aux mêmes heures, etc. Chez nous, le mercredi, on mange des crocs-monsieurs. Cela sera toujours le cas les semaines à venir ».

Tout cela a une fin

Par ailleurs, gardons en tête que cette situation va se terminer. On ne sait pas encore quand, mais elle aboutira. Doris Van Cleemput corrobore : « Ce qui fait peur dans l’angoisse, c’est qu’on a l’impression qu’on ne va jamais s’en sortir. Mais ça va passer, cet état émotionnel finit toujours par s’en aller. Il faut accueillir ce sentiment, l’accepter, mais ne pas lui laisser toute la place. Il faut pouvoir se dire que ça va passer, le laisser nous traverser. Si on tente de le repousser en l'étouffant, on se coupe aussi d'une partie de soi : l'émotionnel ».

Éviter les groupes WhatsApp anxiogènes

Hier, Sarah s’est écartée de son téléphone pendant deux heures. Quand elle l’a retrouvé, elle avait 292 notifications non lues. En ces temps préoccupants, les groupes et les conversations whatsapp pullulent. « Je suis la première concernée, mais je pense qu’il faut diminuer notre présence sur les groupes WhatsApp. Cela ne nous aide pas à rester sereins, à recréer un quotidien et une vie structurée ».

Doris Van Cleemput ajoute : « Les groupes WhatsApp de parents qui se partagent des informations sur le coronavirus sans forcément les vérifier, il faut s’en méfier ! Cela peut justement générer de l’angoisse. Allez chercher les informations sur medecingeneraliste.be plutôt que de vous fier à ce qui circule dans les différents groupes d’amis ».

Ne pas rester H24 avec ses enfants

Enfin, une angoisse de parent est celle de la transmettre à ses enfants. Pour l’éviter, Sarah recommande de « jouer, certes, avec ses enfants mais pas tout le temps. Sinon, cela risque de devenir bizarre pour eux aussi. Il faut prévoir des temps où on est avec eux mais aussi d’autres où on n’est pas disponible. Je pense que si les parents commencent à jouer avec leurs enfants huit heures par jour, ces derniers vont justement commencer à ressentir l’angoisse. Il vaut mieux fonctionner comme un samedi ou un dimanche après-midi et les laisser s’occuper pour le reste. On peut les laisser seuls dans leur chambre pendant deux heures, ils trouveront toujours de quoi s’occuper ».

Alix Dehin

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