Vie de parent

Luc, Charlotte et le Chant des Cailles à Boitsfort

Pour ce premier numéro de janvier, nous reprenons nos rencontres avec des familles ayant déménagé récemment. Dans le cadre de notre campagne ICIOCI, elles nous racontent l’accueil reçu dans leur nouvelle commune. Cette semaine, Luc et Charlotte nous ouvrent leur porte à la cité-jardin Le Logis de Watermael-Boitsfort.

Luc, Charlotte et le Chant des Cailles à Boitsfort - © Bea Uhart

Charlotte et Luc forment une famille recomposée et vivent avec les deux fils de Charlotte, de 25 et 22 ans, dans une coquette maison de la cité-jardin Le Logis à Watermael-Boitsfort. Un quartier comme un décor de cinéma. Un havre de verdure étonnant, avec ses maisons mitoyennes alignées au cordeau, ses châssis verts ou blanc cassé, ses jardinets, son réseau de venelles intérieures, ses rues plantées de cerisiers du Japon (sauf la leur avec des platanes greffés sur des érables), etc. Un quartier tellement typique qu’il est classé : même les châssis ne peuvent être changés librement.

Se loger, parcours du combattant

En 2004, Charlotte introduit une demande de logement social à la société du Logis suite à la séparation d’avec son conjoint. Elle loue une première habitation à Hoeilaart. Son arrivée dans cette commune ne lui laisse pas que de bons souvenirs : « L’accueil à la commune a commencé par une amende de 500 € pour non-domiciliation. J’ai dû négocier un plan financier pour pouvoir la payer. Je venais de me séparer et j’avais peu de moyens. Par contre, mes propriétaires étaient gentils et mes amis très présents. L’un d’entre eux m’a proposé un bout de terrain pour planter des légumes ! »
En 2006, Charlotte doit quitter ce logement car le propriétaire désire y installer sa fille. Elle déménage dans une maison, à Hoeilaart également. Luc la rejoint en 2010. Malheureusement, en 2012, le propriétaire veut aussi récupérer son bien. Ils partent s’installer à Rhode-Saint-Genèse en 2012. Manque de chance : la même mésaventure survient trois ans après. Heureusement, ils reçoivent à ce moment la bonne nouvelle : le droit à une maison au Logis, où ils s’installent en décembre 2015. Charlotte aura attendu presque douze ans pour que son dossier aboutisse.
Watermael-Boitsfort n’est pas une commune anodine pour Luc et Charlotte. Ce qui explique en partie le fait qu’ils soient venus s’y installer. « Grâce à l’octroi d’une maison au Logis, avec un loyer social, nous avons pu revenir à Boitsfort, commune où nous avions tous les quatre un passé riche, détaille Luc. J’y avais vécu adolescent et jeune adulte, Charlotte l’a connue de 4 à 43 ans. Quant aux enfants, à mi-temps chez leur père, ils n’ont jamais vraiment quitté la commune. Ils étaient surtout contents de ne plus devoir subir des trajets laborieux vers l’extérieur de Bruxelles pour être avec nous. »
S’ils ne se sont jamais croisés auparavant dans cette commune aux accents villageois, ils y avaient gardé de nombreux amis, ce qui a facilité leur nouvelle installation. Ils n’auront donc pas besoin de recourir aux dispositifs que la commune a prévus pour favoriser l’accueil des nouveaux habitants, comme un tour en car pour découvrir le lieu.
« Le journal de la commune d’une part, et les innombrables associations d’autre part, font que l’accueil se passe de façon simple et naturelle, tiennent-ils à préciser. Pour ne rencontrer personne à Boitsfort, il faut le décider, plutôt que le contraire. Le Logis organise également une séance d’accueil et nous incite à participer à l’Assemblée Générale annuelle de la coopérative. »

L’homme qui plantait au Chant des Cailles

Avec enthousiasme, Luc et Charlotte racontent leur découverte d’un lieu qui a largement contribué à leur nouvelle intégration dans la commune : le Chant des Cailles, un espace maraîcher professionnel où l’on peut cueillir les récoltes, un élevage de brebis, un coin d’herbes médicinales et un espace collectif ou semi-collectif. Luc s’y occupe de six parcelles avec huit personnes. Le tout, sur trois hectares.
« Nous sommes allés à une première réunion d’information, se souvient Luc, et nous avons pris un abonnement pour pouvoir y cueillir nos légumes et y acheter nos fromages et nos herbes de cuisine. J’y cultive une parcelle avec quelques amis. Depuis, il ne se passe plus un jour sans une nouvelle rencontre. Le Chant des Cailles crée du lien au quotidien. »
Cerise sur le gâteau, Luc a eu l’occasion de donner son spectacle inspiré d’un récit de Jean Giono, L’homme qui plantait des arbres, devant la communauté du Chant des Cailles. Une histoire prédestinée pour l’endroit !
De plus, les initiatives qui favorisent les rencontres ne manquent pas comme Grands-parents pour le climat, Tout Autre Chose, Les Compagnons de la Transition, l’épicerie participative Le Bercail, etc. « Des projets où il est possible de créer du lien, enchaîne Luc. Comme partout, il y a des gens qui ont envie de se rencontrer, d’autres pas ». Charlotte poursuit : « Il y a une solidarité qui se met en place sans qu’on ne demande rien. C’est communicatif, généreux à un point désarçonnant. Toutes ces connexions font que la vie est d’une richesse incomparable. On prend conscience qu’on n’est pas tout seuls et cela donne de la force ».

Le bonheur dans le pré ?

À les entendre, cette deuxième vie à Watermael-Boitsfort tient du paradis. Ce serait faire fi des réalités sociales, des tensions certes rares mais réelles avec la police, des problèmes de racisme ou de drogues sans oublier ce sentiment de se retrouver parfois entre soi. « Au Chant des Cailles, explique Luc, nous creusons tous ensemble la question de la mixité sociale, c’est le point le plus délicat. Nombre de Boitsfortois ignorent encore l’existence de ce lieu ou se sentent empêchés d’y venir. Ce mouvement de société en transition demande du temps et de la persévérance pour aller au-delà des personnes convaincues. Les participants sont déjà investis dans des projets de société ou ont des repères culturels et intellectuels communs. Dès que quelqu’un arrive avec une autre culture, une autre langue, cela devient plus difficile. Mais d’autant plus intéressant ».
Bien souvent, les difficultés de la vie de quartier apparaissent dans ce qui peut apparaître comme des détails. « Les petites maisons sont très chouettes, mais très mal isolées du bruit. On entend tout d’une habitation à l’autre. Par exemple, quand on ferme le robinet tard le soir, cela fait un bruit qui réveille notre voisine directe, raconte Charlotte. Cela demande une attention continue de tenir compte des voisins dans nos mouvements, de nuit comme de jour. La promiscuité provoque parfois des conflits entre certains voisins, souvent de cultures différentes, et nous montre, là aussi, la difficulté de la mixité sociale. Si l’on ne reste pas calme, si l’on ne se parle pas, cela peut exploser… ».
Au moment de quitter Luc et Charlotte, nous demandons si un objet pourrait symboliser l’accueil qu’ils ont reçu dans leur nouveau quartier. Aussitôt, les idées fusent : « Le panier de coings offert par une voisine, une plante de courge qui a escaladé la haie pour s’installer chez l’autre voisine, une échelle qui a déjà visité plusieurs maisons du quartier, les lilas de la dame d’en face, qui ont embaumé notre salon au printemps… ». Une liste de plaisirs qui ne demande qu’à s’allonger !

Michel Torrekens

 En pratique

  • Vous aussi, vous connaissez des communes ou des habitants qui mettent de la chaleur et de l’inventivité pour aider les nouvelles familles à emménager ? N’hésitez pas à nous relayer leurs bonnes idées en remplissant notre enquête sur liguedesfamilles.be/icioci
  • Vous êtes prêts à témoigner du bon, du mauvais ou du non-accueil vécu lors de votre installation dans un nouveau lieu ? Merci de nous communiquer vos coordonnées pour un prochain portrait à l’adresse : m.torrekens@leligueur.be
  • Une question ? Une remarque ? Une suggestion ? Écrivez à icioci@liguedesfamilles.be. Yolande Duwez se fera un plaisir de vous répondre.