16/18 ans

Ma fille, mon fils est homo.
Qu'est-ce que ça change ?

On le sait, un jeune peut très bien vivre à l’adolescence des attirances ou des relations homosexuelles sans qu’il y ait un lien avec l’orientation sexuelle à l’âge adulte. Mais parfois, le jeune veut être lui-même, sans se cacher, sans (se) mentir. Avec l’aide de ses parents si possible…

Ma fille, mon fils est homo. Qu'est-ce que ça change ? - Thinkstock

« Jamais je n’ai pensé que mon fils pouvait être homosexuel. C’est vrai qu’il avait d’autres goûts que les garçons de son âge. Je me rassurais : il avait de bonnes copines. Vers ses 20 ans, il s’est mis à se tracasser, à maigrir. J’ai pensé qu’il vivait un chagrin d’amour, que la jalousie le travaillait. Quand je le questionnais, il ne répondait pas. Jusqu’au jour où, par hasard, j’ai découvert la lettre d’un ami. C’était une vraie lettre d’amour. Le ciel m’est tombé sur la tête. Cependant mes idées sur l’homosexualité étaient battues en brèche par le ton raffiné, poétique, affectueux de la lettre. Ce n’était pas un vice, il s’agissait bien d’une relation globale affective et sexuelle.
Je croyais que l’homosexualité se guérissait et que l’on pourrait trouver une solution. J’étais affreusement seule, n’osais en parler à personne, et me défoulais dans le travail. Je ne voyais aucune issue, aucun avenir pour mon fils. Un jour, il a tardé à rentrer de ses cours, j’ai été prise d’une angoisse folle : et s’il avait eu un accident ? C’est alors que j’ai accepté vraiment mon enfant tel qu’il est. Ne pas l’accepter, c’est refuser de l’aimer. Il n’est pas comme je l’ai rêvé, mais lequel de mes enfants réalise-t-il mes rêves ? », témoigne une mère.
« Depuis quelques temps, à la moindre occasion, Guillaume, 17 ans, évoque un ami auquel il trouve toutes les qualités. Il en parle si souvent que nous nous posons des questions. Une vague histoire avec une petite amie s’est clôturée très vite… Notre fils a toujours eu des amitiés exclusivement masculines. Il s’est aussi plusieurs fois entiché d’enseignants uniquement masculins… Serait-il homosexuel ? », se demande sa mère.
Comment réagir ? Et faut-il réagir ? Selon certains, poser la question de son orientation sexuelle à un jeune qui n’est pas prêt à la dire risquerait de le faire se renfermer, se bloquer. Mieux vaudrait montrer que l’on est ouvert et attendre une démarche personnelle.
A contrario, des témoignages de jeunes soulignent combien ils se sont sentis soulagés d’avoir pu dire leur homosexualité à leurs parents quand ceux-ci leur ont tendu la perche… Sans doute n’y a-t-il pas UNE bonne et unique manière de se comporter dans ces moments pas vraiment simples à vivre…
On le sait, à l’adolescence, un jeune peut très bien vivre des attirances ou des relations homosexuelles sans qu’il y ait un lien avec l’orientation sexuelle à l’âge adulte : « Un garçon/une fille qui se définit homosexuel/le peut très bien avoir eu des relations amoureuses avec une femme/un homme. À l’inverse, on peut avoir eu des relations sexuelles avec un partenaire de même sexe et se considérer comme hétéro par la suite » (1).
Ceci étant dit, comment des parents vivent-ils l’homosexualité d’un jeune ?

Un choc !

Les mentalités évoluent mais aucun parent n’est prêt à devenir « parent d’homo ». Apprendre que son fils est gay ou sa fille lesbienne ne va généralement pas de soi. Parfois, c’est une découverte, un choc pour des parents qui n’avaient jamais imaginé cette orientation sexuelle différente.
Dans d’autres familles, c’est enfin l’expression d’une réalité qu’elles subodoraient tout en la craignant, voire en la rejetant puisque aucun mot n’avait été dit.
Certains, heureusement moins nombreux qu’auparavant, rejettent cet enfant attiré par le même sexe que le leur. Avec le risque de conséquences désastreuses parce que cette attitude peut provoquer de graves comportements autodestructeurs (2).
Lors du coming out de leur enfant, les sentiments des adultes se bousculent… comme la tristesse de constater un enfant bien différent de ce que l’on croyait. Dès sa naissance, ses proches imaginent la vie future d’un bébé, une école, des études, un métier, une famille aussi. Si tout parent doit un jour faire le deuil de l’enfant imaginaire, ce deuil-ci est vraisemblablement plus compliqué aussi. S’y ajoute celui des petits-enfants imaginaires même si maintenant, les couples homosexuels peuvent avoir des enfants…    

Questions et peurs

De nombreux parents s’interrogent : « Pourquoi n’est-il/elle pas hétérosexuel/le ? ». À la recherche d’une explication, certains voudraient trouver un coupable et imaginer, par exemple, que leur jeune a été influencé par un ami. Ou bien eux-mêmes se sentent mis en cause : «   Qu’ai-je mal fait ? », « L’ai-je trop couvé ? », « Ai-je été trop sévère ? », « Me suis-je trompé(e) dans son éducation ? ». Des questions auxquelles les adultes échappent rarement alors que l’on sait pertinemment que l’homosexualité n’est pas une maladie que l’on « attrape », ni un comportement hérité d’un type d’éducation. Il n’y a de faute chez personne, personne n’est responsable de son orientation sexuelle !
La peur du qu’en dira-t-on, du regard des autres, sur soi et sur le jeune, peut aussi être bien présente. La peur quant à l’avenir : Max ou Carole seront-ils acceptés par les proches ? Par la société ? Quelle sera leur vie ? Pourront-ils être heureux ? S’ajoute encore la peur de maladies, du sida qui touche davantage la communauté homosexuelle.
Toutefois, pour certains parents, apprendre l’homosexualité de la bouche de son enfant n’est pas nécessairement un drame. Cela peut être vécu comme une immense preuve de confiance.  

Aider, soutenir

Quand un jeune révèle son homosexualité,  c’est parce qu’il veut être lui-même, sans se cacher, sans (se) mentir. Il souhaite avoir des relations authentiques avec ses proches, famille et amis. Peut-être veut-il s’engager, maintenant ou plus tard, dans une relation amoureuse.
Pour son équilibre personnel, sa sérénité et même son bonheur, il est important qu’il puisse assumer son identité sexuelle. « Le rejet de son orientation sexuelle peut aller jusqu’à éprouver une homophobie intériorisée, c’est-à-dire une haine envers soi-même » (2). Et une image négative de soi peut mener à des idées ou des actes suicidaires. 
Comme tout enfant ou jeune en difficulté, pouvoir écouter est important. Ecouter sans juger. Ecouter ce jeune pour le comprendre, l’accueillir et lui faire confiance. Le soutenir, c’est continuer à l’aimer, bien sûr, et le lui dire, le manifester : il est toujours la même personne, il n’a pas changé du jour au lendemain par ce qu’il s’est dit. 
D’autre part, vouloir changer ou  « soigner » un jeune qui révèle son homosexualité n’a aucun sens : il n’est pas malade ! Par contre, une aide psychologique peut être utilement proposée parce qu’il n’est pas évident de vivre l’homosexualité dans notre société.
Une autre manière de soutenir le jeune : accueillir son éventuel partenaire. Un geste à la fois terriblement simple et fort.   

Affronter des questions

Pas évident pour des parents d’affronter le regard des autres, famille, collègues, voisins, amis : dire ou ne pas dire que son fils est gay, sa fille lesbienne ? « J’ai reçu une éducation fondée sur la peur du qu’en dira-t-on ; il a fallu que je fasse un vrai travail sur moi-même pour m’en défaire », dit une mère. « Pourquoi faudrait-il le dire, questionne un père, annonce-t-on que son enfant est hétérosexuel ? »
Mais pas de raison de le cacher non plus, quand quelqu’un fait un commentaire ou questionne : « Toujours pas de petite amie ? » - « Non, un petit ami ! »
Certains parents, conscients des difficultés à vivre l’homosexualité, sont devenus des militants contre l’homophobie.

Et après ?

Quelles qu’aient été les difficultés lors du coming out, après un temps plus ou moins long, bien des témoignages de parents sont positifs. Si le lien enfant-parent reste quoi qu’il arrive indéfectible, il peut même se renforcer dans ces situations.

Thérèse Jeunejean

Help !

Sur le même sujet

Homophobie, non merci

17 mai : journée mondiale de lutte contre l’homophobie. Une question politique ? Oui, bien sûr. Mais aussi une affaire d’éducation. Au quotidien. Tous éducateurs confondus. Parents comme enseignants.

 

Nous sommes tous homos

Cela passe par des petites phrases, humoristiques parfois. Les enfants et les parents homosexuels sont encore trop souvent victimes de discriminations. En cette journée de lutte contre l'homophobie et la transphobie, chacun doit veiller à ne pas véhiculer de stéréotypes de genre. Le bien-être de chacun de nous en dépend.

 
Accéder au site
Le Ligueur utilise des cookies pour faciliter la navigation sur ce site web et permettre l’utilisation de ses fonctionnalités. Si vous continuez à utiliser ce dernier, nous considérerons que vous acceptez l'utilisation des cookies. J'accepte l'utilisation des cookies
En savoir plus