Vie de parent

Maltraitance d’enfant :
comment détecter et agir ?

Chaque année, ce sont 2000 signalements de maltraitance d’enfants qui font l’objet d’une ouverture de dossier en Belgique. Quels sont les signes ? Et comment faut-il réagir ? Voici quelques pistes.

Maltraitance d’enfant : comment détecter et agir ?

Il existe encore des enfants qui souffrent de maltraitance en Belgique. SOS Enfants a reçu plus de 5600 signalements par téléphone, par courrier ou par email en 2014, selon leur dernier rapport. Une « augmentation faible, mais constante », précise l’organisme. Deux explications possibles : les équipes SOS Enfants sont de plus en plus reconnues et les professionnels de première ligne (enseignants, animateurs…), qui font face à des situations familiales complexes, se sentent souvent désarmés et les sollicitent davantage pour demander un avis ou une intervention.

Il reste 2000 cas qui font l’objet d’une ouverture de dossier. Ce sont 2000 de trop. Sans compter ceux qui ne sont pas repris dans le relevé. Face à l'ampleur de la maltraitance infantile en Belgique, encore relativement méconnue, le Centre Fédéral d'Expertise des Soins de Santé (KCE) a présenté ses recommandations pour améliorer la détection des cas.

« Il y a de bonnes raisons de penser que la maltraitance infantile est sous-détectée dans notre pays, a expliqué le KCE. Pour améliorer cette situation, il est important de faciliter la collaboration entre les différents secteurs - et les différents niveaux de compétence - concernés. » Parmi ses propositions, le KCE insiste sur la prévention qui doit commencer « dès avant la naissance », une meilleure formation des intervenants à la détection des risques et des signaux d'alarme, la mise en place de protocoles d'action clairs et concrets, et une adaptation du secret professionnel.

Qu'est-ce que la maltraitance ?

L’une des définitions de la maltraitance, c’est tout acte, intentionnel ou non, qui compromet gravement le développement de l'enfant. Les symptômes peuvent être très simples et très faciles à détecter. Il y a certains types de fractures qui sont spécifiques et qui ne peuvent être faits que par des coups, ou des torsions. Les radiologues connaissent bien. Il y a aussi des coups, des brûlures... Et encore, un bleu, l'enfant peut se l'être fait à l'école.

« La maltraitance physique n’est que le sommet émergé de l'iceberg. Les signes qui peuvent attirer l'attention du professionnel varient très fort selon l’âge de l’enfant et le contexte dans lequel il vit, explique-t-on chez SOS Enfants. Dans les signalements qu'on reçoit, il y a énormément d'enfants qui vivent dans des contextes inquiétants. »

Par exemple, deux parents aux problèmes psychiatriques non traités, qui n'ont pas conscience du tout de leur maladie et qui n'ont aucune prévisibilité par rapport à leur enfant, qui ne le scolarisent pas. « L'incertitude par rapport au quotidien peut être considérée comme une négligence grave. Ou s’il y a une grande carence de soins médicaux. »

Parfois, les mêmes signes peuvent manifester tout autre chose. « Ce n'est pas parce qu'un enfant souffre de troubles du sommeil ou a peur d'un adulte qu'il est d'office victime de maltraitance. »

Rester prudent et faire appel

De même, l’enseignant doit rester vigilant. « Un enfant qui perd son rythme de travail, dont les résultats scolaires chutent de manière impressionnante, qui manque grandement de concentration, qui s’isole de plus en plus fort du groupe classe... ce sont des signes alarmants de façon générale, mais qui ne sont pas forcément liés à de la maltraitance, peut-être que ses parents se séparent et qu’il manifeste sa souffrance de cette manière. »

Le divorce peut effectivement faire souffrir l’enfant sans qu’il y ait maltraitance. Déjà vu également, un enfant, qui était manifestement roué de coups, accusait son papa. Le bourreau était en fait quelqu'un d'autre… Mais il l’accusait parce que les parents se séparaient et que la situation était conflictuelle.

Autre exemple : un prof était inquiet parce qu’un de ses élèves, qui s’isolait, lui a dit : « Mon papa n'est pas gentil ». Mais les parents se séparaient, il en souffrait et répétait ce que sa maman disait, tout simplement.

Des situations complexes

Et les cas réels de maltraitance, les diagnostics sont également difficiles à poser. « Souvent, les situations évoluent dans des contextes complexes où plusieurs types de maltraitances sont présents : psychologique, un peu sexuelle avec des attouchements ou des comportements obscènes, et une maltraitance physique ou une négligence grave liées à une pathologie mentale du parent. »

La maltraitance prend de plus en plus souvent des formes multiples. C’est pourquoi les symptômes doivent être analysés par des professionnels. « Il est important d'être attentif à tous les signes de malaise que l'enfant peut émettre en fonction de son âge et de son niveau de développement et de faire appel à des équipes spécialisées pour poser un diagnostic différencié. »

Les enseignants qui y sont confrontés ou ont des doutes peuvent en premier lieu se tourner vers le PMS et le PSE. En tant que parent, il ne fait pas oublier que le premier référent de la famille c'est le médecin traitant. Il est recommandé de s'adresser d’abord aux familiers de la famille ou de l'enfant, sinon les interventions peuvent très vite paraître abusives. Il faut donc être vigilant, mais prudent et surtout, ne pas rester seul avec ses inquiétudes.

Stéphanie Grofils

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