Vie de parent

Maman à la maison

Et si on faisait définitivement le deuil de la mère parfaite ? Cette proposition pourrait aider les mères à reprendre leur souffle. Cela passe notamment par déléguer, partager les tâches et les responsabilités avec les pères. Et pour ces mamans au bord de l’épuisement, d’accepter que d’autres puissent s’occuper de leurs enfants. Autrement dit en jargon psy, renoncer à la toute-puissance maternelle. Une manière de permettre aux papas de prendre leur place.

Maman à la maison

Anne Deprez, thérapeute

« La maman est sous surveillance (et le papa aussi !) »

STOP À LA SURPROTECTION
Le titre tant convoité de « mère parfaite » n'existe pas. Les parents sont des modèles, ils sont sous surveillance. Dès les premiers instants de leur vie, les enfants nous épient pour faire comme nous. Ils nous copient, car ils ont besoin de se structurer, d'aller dans une direction. Il est donc important de relativiser et d'arrêter de jouer la carte de la surprotection. Ce qu'un enfant attend d'une mère, ce n'est pas un être omniprésent et écrasant, mais tout simplement une présence équilibrée.

DEVENIR MÈRE, DEVENIR ADULTE
Devenir mère, c’est devenir définitivement adulte. Il s’agit d’un mouvement psychique intense qui provoque souvent un plongeon inconscient dans son propre passé. Certaines craintes totalement irrationnelles peuvent prendre tout leur sens lorsque l’on dénoue ce passé. Souvent, on incite quelques mamans à consulter les adultes qui se sont occupés d’elles lorsqu’elles étaient petites. Un parent peut avoir fait une déprime, l’enfant peut avoir été confié à sa grand-mère. Ces éléments sont de véritables empreintes d’insécurité qui se réenclenchent au moment de la maternité.

DES PAPAS QUI CROIENT AUX FÉES
Les pères d’aujourd’hui, trentenaires ou quadras, ont l'autorisation de rêver, de pleurer et d'exprimer leurs émotions. Fait inédit depuis la nuit des temps ! L'idéal masculin n’est plus celui du papa viril. Désormais, les hommes veulent aussi leur conte de fées. Ils attendent la princesse charmante, ce qui peut rajouter une pression supplémentaire au rôle de maman. À elles, à nous, de leur rappeler que l'héroïne style Walt Disney, belle, fraîche, bienveillante, de bonne humeur et bien manucurée n'existe que dans le cœur des producteurs névrotiques.

UNE RECONNAISSANCE POLITIQUE
Les différences entre les hommes et les femmes existent, mais davantage au niveau des préoccupations des deux parties. Les mamans aimeraient plus de reconnaissance au niveau politique pour prendre soin de leur(s) enfant(s) à temps plein, à temps partiel ou au foyer. Elles attendent une implication sociétale au niveau de l’accompagnement effectué par la famille. Elles aimeraient être reconnues comme ressources majeures pour la société tout entière et comme sources de cohésion sociale. Ces sujets sont-ils prioritaires pour les pères ?

AYEZ CONFIANCE EN VOUS !
La maternité aujourd'hui est souvent accompagnée par les notions de performance, de perfection, illusoires. On en oublie les fondamentaux. Aucune mère ne veut de mal à son enfant. Et cette peur de mal faire, cette envie de tout contrôler, ce sentiment d'être seule à la barre, ce ras-le-bol, ce besoin d'oxygène, que l'on retrouve ici ou là ne signifie en réalité qu'une seule chose : l'angoisse sous-jacente pour ses petits. Il n’existe pas de sentiers balisés conduisant au Saint Graal. En revanche, s'il ne devait exister qu'un seul mot d’ordre à donner à toutes les mamans, ce serait : ayez confiance en vous !

« On fait comme on peut »

Architecte et père d'une petite fille de 4 ans, Hamid est embarrassé : « Je nous envisage plus comme parents que comme un père d'un côté et une mère de l'autre. Nous avons un projet de vie. Nous partageons tout ce qui est de l'ordre de l'éducation ou de l'ordre domestique. Je n'aurais jamais pu construire quoi que ce soit avec une personne stressée qui endosse toutes les responsabilités familiales. J'ai l'impression que la question ne se pose pas et que tout se fait de façon fluide. Ou du moins, comme on peut. »
Hamid, 36 ans

« La mère est un cap, le père un trublion »

Plongé dans des difficultés financières et familiales, papa de deux enfants de 8 et 5 ans, Sébastien est amer…
« Les femmes ont un rôle de mère à jouer que le père ne peut pas tout le temps assumer. Certaines situations nous dépassent complètement. Au moment de l'allaitement, par exemple, je me suis trouvé plusieurs fois désemparé, parce que la seule façon de calmer mon nourrisson était la présence de sa maman. Et souvent, la relation mère/enfant se construit à partir de là. La mère est un cap. Un havre de paix. Le père, lui, un trublion qui doit être le plus aimant possible. Mais selon moi, et je le vois dans mon entourage, le père n'a pas toutes les cartes en main dès le départ. Des dents vont grincer, mais certaines réalités sont hélas immuables. »
Sébastien, 45 ans

« Sortir de cette spirale »

Animatrice, Valentine, qui a trois enfants entre 5 et 12 ans, a le sentiment de travailler à la chaîne.
« Je suis épuisée. J'ai l'impression que ma vie professionnelle et ma vie de maman se sabordent l'une l'autre. Lorsque je rentre à la maison, je me transforme en véritable machine de guerre qui enchaîne devoirs, bain, histoires du soir, avec en parallèle la cuisine, le linge, le ménage, l'organisation du foyer, l’organisation de la semaine. Tout va trop vite. Je ne suis jamais vraiment disponible pour mon enfant et je finis par perdre patience lorsqu'il se montre capricieux et désobéissant. J'aimerais sortir de cette spirale. »
Valentine, 43 ans

« Penser enfin à moi »

Employée à temps partiel, Sophie, séparée, a aujourd’hui de grands ados.
« Être mère a avant tout été une histoire de désir, d'amour, d'envies partagées avec mon mari. Nous y avons beaucoup pensé tous les deux, sans mesurer ce que c'était réellement. Aujourd'hui, j'attends de vivre des évènements riches en bouleversements, des moments forts, qui me renvoient à moi-même et me permettent de ne pas répéter les erreurs passées. »
Sophie, 51 ans

« Faire leur bonheur »

Pour cette maman de deux enfants qui sont en primaire, ses envies de mère sont limpides : « J'attends de mes enfants qu'ils soient totalement différents, qu'ils ne soient pas malheureux, qu'ils fassent que le monde soit plus en fête. En tant que mère, je ferai tout pour que ma famille apporte un peu plus de réjouissance sur Terre, plus de rire, d'amour et de vie. »
Lyse, 34 ans

Yves-Marie Vilain-Lepage

Les chiffres

SONDAGE EUROPÉEN

D’après un sondage mené en Europe en 2011 par le MMM International (Mother Makes Matter) - une ONG qui représente plus de 6 millions de mères à travers des associations présentes dans une trentaine de pays -, 51 % des mères sont satisfaites de leur emploi du temps actuel. 30 % s'estiment même très satisfaites tandis que 19 % s’avouent insatisfaites, principalement en raison du manque de temps. MMM a également interrogé ces mères européennes sur les facteurs de bien-être. Le résultat n'est peut-être pas celui que l'on pouvait imaginer. Elles citent par ordre d’importance l’absence d’abus ou de violence à la maison (89 %), le fait de passer suffisamment de temps avec sa famille (80 %), l’amour, le respect et la tolérance (74 %), l’équilibre travail-vie professionnelle (71%), une communication harmonieuse au sein de la famille (69 %).

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