Vie de parent

Maman au boulot

Vous le savez mieux que quiconque, vous, les mamans : il est difficile de mener de front vie de famille et carrière professionnelle. Une chef de clan bien dans sa peau travaille mieux. A contrario, une femme épanouie au travail endosse son rôle familial avec plus de sérénité. C'est précisément pour concilier ce double objectif que le congé parental s'impose pour une femme sur vingt comme la respiration nécessaire dans un mouvement de panique.

Maman au boulot

Laura Merla, sociologue

« Le congé parental est un droit, pas une faveur ! »

AUTANT D’ENVIES QUE DE FAMILLES
Le congé parental est influencé par la façon dont les deux parents, et pas seulement la maman, organisent leur emploi du temps. En fonction de la flexibilité, de l'envie, de la façon de trouver la bonne formule qui permet de réduire les frictions entre travail et famille. Lyse, dans son témoignage, le dit très bien. Lorsque chacun se répartit les charges et qu’il n’y a pas de problème de place en crèche ou autres, le congé parental est bénéfique et permet à la famille de partir sur de bonnes bases. Dans d'autres cas, les parents sont forcés de prendre chacun à leur tour un congé, dans l'attente d'une solution pour garder l'enfant. Il arrive aussi que cette parenthèse constitue un projet qui ne tourne pas uniquement autour de l'enfant. Des voyages, un temps pour repenser sa carrière. Finalement, il existe autant d'envies que de familles.

DÉFINIR SON TRAVAIL AVEC L’EMPLOYEUR
Aujourd'hui encore, certaines entreprises sont plus au moins favorables aux congés parentaux. Avec la formule du 4/5e temps (ndlr : autrement dit, 1/5e temps de congé parental), les mamans se retrouvent à faire en quelques jours ce qu’elles faisaient en une semaine. Le danger, c’est qu’elles restent hyperconnectées et c’est tentant pour les employeurs de les solliciter. Pour la maman qui choisit un 4/5e temps, il est donc primordial de définir clairement la façon dont son travail va être organisé. La situation de Nathalie le démontre bien. Cette pause est un droit, pas une faveur. Aux organisations syndicales de faire respecter la formule.

ALLER AU-DELÀ DU CALCUL FINANCIER
Le taux d'indemnisation assez faible peut jouer dans les deux sens. Pour les petits revenus, la compensation peut être moins pénalisante. Dans ce panier, il y a l'argent que l'on perd, mais il y a aussi l'argent que l'on ne dépense pas : moins de crèche, moins de coûts de déplacements, plus de temps pour cuisiner des produits frais donc moins chers... Ce qui, bien sûr, ne permet pas de passer sous silence que les congés parentaux sont rémunérés à un niveau relativement bas. Le pouvoir d'achat faiblit, certes, mais la qualité de vie est meilleure. Il faut veiller à aller au-delà du simple calcul financier.

LES PAPAS SONT DES ALLIÉS
Une des évolutions majeures de ces cinquante dernières années est que les mères sont investies dans le monde du travail. Aujourd'hui, c'est acquis. Mais lorsqu'il s'agit d'articuler vie professionnelle et vie familiale, on considère que c'est à la maman de se sacrifier. De nos jours être une bonne mère, c'est passer du temps avec les enfants, être disponible. Mais du côté des jeunes pères, les choses ont évolué aussi. Les papas éprouvent un réel désir de s'investir et d'être présents. Ce n'est pas encore reconnu dans notre société et encore moins par les employeurs. On regarde de travers la mère qui opte pour la crèche le plus vite possible et on pénalise l’homme qui veut investir dans son foyer. Heureusement, on observe que d'année en année, il y a une nette augmentation de la répartition des tâches.

Laura Merla est sociologue de la famille à l'UCL et directrice du Centre interdisciplinaire de Recherche sur les Familles et les Sexualités (CIRFASE)

« Je me suis construite comme mère tout en travaillant sereinement »

Maman d'un premier enfant à 28 ans et d'un second à 32 ans, Lyse, visagiste à Liège, a écouté les précieux conseils prodigués par son entourage. « On m'a répété plusieurs fois durant ma première grossesse qu'il ne fallait pas que je présume de mes forces. Ma chef m'a encouragée à prendre un congé parental dès la naissance de mon fils aîné, Tino. La vie d'un salon est très physique. Avec l'allaitement et les huit heures de travail par jour, debout, je n'aurais pas pu me consacrer à 100 % à mon activité professionnelle. Je suis passée donc en 4/5e temps pendant un an.
Je me suis organisée de manière à avoir plusieurs coupures hebdomadaires. Comme je travaille le samedi et suis en off le lundi, je prenais mon congé le mercredi ou le jeudi pour que le temps passé loin de mon fils ne soit pas trop long. Partagée entre ma vie active et ma vie de famille, sans culpabiliser de privilégier un aspect au profit de l'autre, c’est le bonheur. »
Lyse, 34 ans 

« J'ai sombré... »

Employée d'une asbl socioculturelle, mère d'une petite fille de 5 ans, Nathalie conserve un goût amer de son 4/5e temps avec une coupure le mercredi et parfois le vendredi. « Mes collègues et ma direction ont été lamentables. En pleine dépression post-partum, j'ai eu la bêtise de reprendre le boulot. Je pouvais difficilement faire autrement. J'étais larguée sur les dossiers bâclés durant mon absence. On ne m'expliquait plus rien, on ne me ménageait pas et pendant ma journée hebdomadaire consacrée à ma fille, je devais rattraper mon retard. Mon boss m'appelait dix fois pendant cette journée de pause. J'étais plongée soirs et week-ends dans une ambiance pesante. »
Débordée de tous les côtés, Nathalie n'arrive plus à joindre les deux bouts financièrement et, pour couronner le tout, se fait plaquer par sa nourrice. « L'horreur. Heureusement que mes parents sont à la retraite, ils ont rappliqué dare-dare. J’étais au plus bas. Côté cœur, rien ne va plus également. Mon compagnon s'éloigne toujours davantage de ses responsabilités paternelles. J’ai alors pris ma fille sous le bras et j’ai quitté ce chaos boulot-maison-mari pour suivre mes parents. Pour moi, le congé parental, c'est de la blague, du bluff. C'est à se demander si ce n'est pas une inégalité de plus infligée à la femme en entreprise. »
Nathalie, 40 ans

« Je n'ai pas les moyens de m'offrir cette parenthèse enchantée »

Libraire à Bruxelles et mère d'une petite fille de 2 ans, Lena est sur le point d'accoucher à l'heure où ce dossier du Ligueur s’écrit. Pour cette jeune maman, la question d'un congé parental ne se pose même pas.
« Je suis tout à fait intéressée par ce genre de parenthèse idyllique qui consiste à accomplir et la femme et la mère sur un même plan. Malheureusement, c'est impossible pour nous financièrement. Nous ne sommes pourtant pas à plaindre, mais le coût de la vie est tel que nous sommes à une centaine d'euros près par mois. Nous ne pourrions pas baisser nos salaires, sans quoi nous serions dans le rouge sans arrêt. Avec un loyer ou un crédit à rembourser, une crèche pour le premier, les courses et compagnie, impossible de faire des coupes dans le budget. Nous avons tout calculé et la solution la plus économique consiste à mettre le deuxième (ou la deuxième !) à la crèche dès ses 3 mois. C'est triste, mais nous ne pouvons pas faire autrement. Nous sommes en plein dans l'ère du travailleur pauvre. »
Lena, 30 ans

« Le temps de la femme dévouée est révolu ! »

Avocate d'affaires à Bruxelles et mère de deux enfants de 7 et 4 ans, profondément militante, Julie refuse de faire un choix entre sa vie de famille et sa vie active. « Pour moi, elles sont liées, je n'ai pas à faire de compromis. J'arrive à cumuler les deux aspects : ma carrière ne se construit pas au détriment de ma famille et vice versa. Certaines amies tentent de me culpabiliser en me serinant que je ne rattraperai jamais le temps perdu, que mes enfants ont besoin de moi. Un homme n'a pas à supporter ce genre de remarque, alors qu'il a le droit aux congés parentaux au même titre que nous. Mes enfants ne manquent de rien, je participe à leurs activités, cuisine tous les soirs, prépare même les repas à l'avance en cas de rush. Je leur fais faire les devoirs et mets un point d'honneur à les amener à l'école. Je délègue beaucoup à mon mari. Je pense que beaucoup de femmes sont débordées soit parce qu'elles sont avec un goujat qui ne fait rien, soit parce qu'elles ne savent pas déléguer. Le temps de la femme dévouée, qui sert une bonne popote à son mari pendant que celui-ci grommelle devant un match à la télé est révolu. »
Julie, 39 ans

Yves-Marie Vilain-Lepage

En pratique

Le congé parental

Le congé parental est spécifiquement destiné à la conciliation des vies professionnelle et familiale, il peut être pris jusqu’aux 12 ans de l’enfant et ce, de manière fractionnée. Chaque parent a droit individuellement au congé parental. De plus, ce congé peut être pris sous la forme d’une interruption à temps plein, à mi-temps ou d’une réduction de 1/5e temps de l’activité professionnelle.
Lors du congé parental, les allocations octroyées par l’Onem s’élèvent, par mois, à :

  • 786,78 € bruts (707,08 € nets) pour une interruption complète,
  • 393,38 € bruts (325,92 € nets) pour une interruption à mi-temps,
  • 33,45 € bruts (110,57 € nets) pour une interruption de 1/5e temps.

La Ligue des familles demande :

  • Le maintien du caractère individuel du droit au congé parental (c’est-à-dire non transmissible d’un parent à l’autre).
  • Une indemnisation proportionnelle au revenu, plafonnée.
  • Une durée égale à celle d’aujourd’hui : 4 mois à prendre de manière flexible jusqu’aux 12 ans de l’enfant.
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