Vie de parent

Maman avec son homme

Les premiers mois, les premières années, beaucoup de mères sont emplies de leurs petits même si la plupart d’entre elles savent pertinemment que cet état de grâce (qui peut être éprouvant !) ne peut durer. Aujourd'hui, pour ces femmes présentes sur tous les fronts, l’enjeu consiste à réussir à trouver de l'aide, des relais pour pouvoir vivre pour elles, pour pouvoir vivre leur histoire d’amour, leur projet de couple.

Maman avec son homme

Coraline Martinet, psychologue

« Aucune mère n'est indispensable 24 heures sur 24 »

LE RÔLE DE MÈRE NE DÉFINIT PAS LA FEMME
Hommes et femmes, nous nous choisissons au départ pour des raisons bien précises : ce que nous sommes. Sauf exception, l'homme adore voir sa femme épanouie par ses fonctions maternelles, particulièrement lorsqu’elle vibre au son de cet enrichissement. Attention, toutefois à ne pas tomber dans l'excès inverse. Elle doit bien prendre soin de ne pas se laisser envahir par son rôle qui ne la définit pas entièrement. Et, pire encore, elle ne doit pas devenir la mère de son compagnon. Il est indispensable qu'elle continue - dans la mesure du possible - à cultiver ses centres d'intérêt, ceux de son couple, qu'elle prenne du plaisir à sortir seule avec lui, à découvrir, à voyager le temps d'un week-end. Elle doit apprendre et partager des moments qui ne seront qu'à son couple.

UNE VIE EN DEHORS DU COUPLE
Cette échappatoire essentielle permet d'exister à une échelle individuelle, en dehors de l'autre. Ce temps pour soi, cette vie de femme - et pas seulement de mère - doit être source de construction. Le bénéfice est total et permet de mieux communiquer ses sensations, ses émotions ou son ressenti à son compagnon. Cette indépendance facilite une discussion saine. Elle peut même permettre de s'enrichir l'un l'autre. Plus que des hurlements de deux individus au bout du rouleau.

SE FAIRE BELLE POUR L’AUTRE
Comme l’exprime le témoignage de Sébastien ci-contre, il est assez salutaire de reconnaître que l'on ne s'accorde plus suffisamment de temps à deux. Cela prouve que l'on n’a pas trop la tête dans le guidon, que l'on se pense encore comme couple et pas seulement comme partenaire. Encore une fois, il est capital de se draguer. Aux deux parents de réinsuffler de la vie dans leur relation. Il faut y mettre du temps, de la bonne volonté et, surtout, rester en éveil. Cela passe par un petit truc tout simple : il n'est pas interdit de continuer à se faire belle ou beau, et pas seulement quand on a de la visite ou à l'occasion d'une réunion importante. Bien sûr, il y a des périodes où l'on se sent dépassé, avalé par un rythme d’enfer. Mais un petit effort de temps en temps ne peut être que bénéfique pour tout le monde.

ÉPROUVER DE LA BIENVEILLANCE
Il faut avoir de la bienveillance, d'abord pour soi, ensuite pour son homme et enfin pour son couple. Inutile de se parler en se faisant des reproches. Pire encore, il faut fuir les comportements mutiques où l'on bouillonne intérieurement, en attendant que ça passe. De bêtes petits exercices quotidiens peuvent remettre une relation sur la bonne voie. Prendre les choses avec humour, par exemple. Être complices. Se féliciter sur ce qui fonctionne, sur les projets aboutis. Contempler le chemin parcouru plutôt que d'énumérer tout ce qui ne va pas.
De la même manière, il est tout à fait sain d'être réaliste sur ses attentes et de ne surtout pas exiger l'impossible. Vouloir atteindre la perfection telle qu'on nous la fait miroiter sur tous les écrans, telle qu'elle est rêvée en secret dans le cœur de chaque mère, de chaque femme, revient à se condamner petit à petit à l'échec. »

Coraline Martinet est psychothérapeute individuel, du couple et de la famille dans un centre de consultations.

« Mère et femme, pour moi, c'est la même ! »

Pour, Valentine dont les trois enfants sont encore à l’école fondamentale, il est hors de question de choisir : « Impossible de définir une frontière qui nous divise en mère ou en femme. C’est un tout, indissociable, dont l’équilibre n’est atteint que lorsque chacun des pôles n’est jamais dans l’ombre de l’autre. »
Il en va de même en ce qui concerne son compagnon : « Impossible de savoir s'il est davantage l'homme de ma vie plutôt que le père de mes enfants. Et puis, on s'en fiche un peu, non ? Le plus important pour nous est de mener un projet ensemble, bien pour nos enfants. »
Une fois par mois, ils font appel à un baby-sitter afin de s'aménager des petites sorties récréatives. « Mais je dois avouer qu'aujourd'hui, ce qui me définit, ce ne sont pas nos escapades amoureuses, mais bien notre vie de famille. Et je parle tout le temps de mes enfants, même quand je me retrouve seule avec mon homme. »
Valentine, 43 ans

« Nous nous évadons... pour le bien de tous »

Charlotte, mère de trois filles, mais « folle amoureuse de son mari avant tout », préserve coûte que coûte son identité de femme. « Je pense tout le temps au moment où les enfants quitteront le navire. Que devient la maman à ce moment-là ? Rangée au porte-manteau pour revêtir cette vieille redingote « femme », laissée plusieurs décennies au placard ? Pas certaine qu'elle soit encore au goût du jour !
Autour de moi, je n'ai jamais entendu des enfants qui souffraient d'un trop-plein de complicité entre leurs parents. Je veux être un modèle aimant pour mes enfants. Je veux qu'ils sachent qu'ils sont nés de l'amour et qu'ils continuent à le faire exister par leur présence. »
Et pour l'alimenter, hors de question de se laisser envahir. Charlotte s'aménage plusieurs temps pour elle et son mari. « Nous confions nos enfants aux parents de leurs copains, puis filons, un week-end, n'importe où. Parfois même chez des amis, à deux rues de chez nous. Mais nous partons. Nous nous déconditionnons. Et quand nous nous retrouvons en famille, on n’entend jamais le bruit des couverts sur les assiettes tellement nous avons des choses à nous dire ! »
Charlotte, 36 ans

« L’organisation familiale prend toute la place »

Cette assistante sociale qui a deux enfants de 4 et 7 ans reconnaît qu'elle fait passer sa vie de famille et ses obligations quotidiennes avant le reste. « C'est vrai que je ne m'intéresse plus du tout au monde en dehors de mon foyer. Je ne suis plus l'actualité, je suis incapable de prendre part aux débats en soirée, je ne connais pas les séries télévisées dont tout le monde parle, je ne lis plus. »
Pour cette maman, impossible de s'imaginer faire autrement. « Avec le recul, j'ai l'impression d'être devenue asociale, je ne suis bien dans une discussion que dans un parc à parler stage et pédagogie en compagnie d'autres parents. Idem avec mon compagnon, nous ne parlons que de choses pratiques. »
Esther, 35 ans

« Je voudrais qu'elle décroche de temps à autre »

Ce papa de deux enfants l'avoue douloureusement : « Nous sommes des parents. Notre couple est englouti par ce rôle. Malheureusement, nous n'avons pas trop le choix. La réalité nous rattrape constamment. J'aimerais bien partir seul avec elle. Sortir le soir, boire un verre, confier les enfants, me réveiller tard, traîner au lit. Mais, j'ai l'impression que c'est impensable pour ma femme. Nous ne sommes pas du tout dans ce rythme-là. Elle aurait l'impression de déserter. »
Sébastien, 45 ans

« Nos têtes à têtes sont rares »

Hamid, papa d’une petite de 4 ans, témoigne aussi, un peu gêné : « Nous nous sommes connus étudiants. Nous avons passé dix ans ensemble avant d'avoir notre petite fille. Tous nos amis communs sont devenus plus ou moins parents en même temps que nous. Donc, nos sorties, nos soirées, nos week-ends s'organisent en meute. Nous sommes copains avec les parents des copains de notre petite. Tout est planifié autour d'elle. Je pense qu'en quatre ans, nous avons dû nous retrouver pas plus de cinq fois tous les deux. Je ne voudrais pas voir la tête des futurs parents qui nous lisent... »
Hamid, 36 ans

Yves-Marie Vilain-Lepage

Exclusif… pour les papas

Il ne faut pas grand-chose pour rendre le quotidien tout doux. Voici un échantillon précieux des phrases à dire… ou à ne pas dire que le Ligueur a récolté auprès des mamans. À vous de jouer !

Les phrases qui font du bien !

  • « Waow, tu assures ! »
  • « Ce soir, c'est toi qui sors, sois tranquille, je m'occupe de tout »
  • « Ils ont de la chance, mes enfants, tu es très belle »
  • « Chouette, t’as la pêche, même après une nuit pourrie »
  • « Aujourd’hui, on va s’offrir une bonne petite soirée »

Les phrases à ne pas dire !

  • « Tu es sûre que ton lait est suffisamment nourrissant ? »
  • « Tu as une idée de ce que tu vas faire à manger ? »
  • « J’ai pas mal de boulot, tu vas devoir te débrouiller sans moi. »
  • « C'est fou ce que tu as l'air fatigué »
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Oups, je pique du nez ! Vite, un peu d’oxygène ! Une heure rien qu’à nous deux…

Nous vous l’avions promis, après nous être intéressés de près aux papas (lire notre dossier Être papa à temps partiel ou à temps plein), nous avons porté toute notre attention sur vous, les mamans, qui êtes nombreuses à essayer de dompter le temps. Un rude combat qui traverse les générations même si les choix de vos aînées (Femmes des années 80, chantait alors Michel Sardou) ne sont pas toujours les vôtres. Témoignages de quelques-unes d’entre vous, éclairages d’experts : le monde des femmes devenues mères a-t-il vraiment changé ?

 

Maman au boulot

Vous le savez mieux que quiconque, vous, les mamans : il est difficile de mener de front vie de famille et carrière professionnelle. Une chef de clan bien dans sa peau travaille mieux. A contrario, une femme épanouie au travail endosse son rôle familial avec plus de sérénité. C'est précisément pour concilier ce double objectif que le congé parental s'impose pour une femme sur vingt comme la respiration nécessaire dans un mouvement de panique.

 

Maman à la maison

Et si on faisait définitivement le deuil de la mère parfaite ? Cette proposition pourrait aider les mères à reprendre leur souffle. Cela passe notamment par déléguer, partager les tâches et les responsabilités avec les pères. Et pour ces mamans au bord de l’épuisement, d’accepter que d’autres puissent s’occuper de leurs enfants. Autrement dit en jargon psy, renoncer à la toute-puissance maternelle. Une manière de permettre aux papas de prendre leur place.