6/8 ans

Maman, pourquoi tu pleures ?

Deuil, accident, chômage, stress intense… il nous arrive à toutes et à tous de devoir faire face à des évènements douloureux. Et tout adultes que nous sommes, il n’est pas toujours facile de retenir nos larmes lorsque la vie nous joue un sale tour. Y compris parfois devant nos enfants. À tort ? Pas forcément.

Maman, pourquoi tu pleures ?

La vie n’épargne personne. Nous pouvons tous, un jour ou l’autre, devoir faire face à un deuil, un accident, la perte d’un emploi, une inondation, une dispute avec un être cher… ou tout autre évènement qui nous touche profondément. Parfois, c’est une accumulation de petites choses, un rythme de vie trop effréné ou une intense fatigue qui nous font craquer.
On essaye d’être fort, de tenir le coup, parfois même on craque dans sa voiture à l’abri des regards. Jusqu’au jour où le barrage rompt et où on ne peut plus retenir nos larmes, même devant nos enfants. Et directement, la culpabilité d’être un mauvais parent pointe son nez, nous faisant nous sentir encore plus mal…

Se cacher pour pleurer ?

Natalie Peninger, professeure et spécialiste de la petite enfance, nous aide à relativiser : « Bien sûr, dans l’idéal, il faut éviter de pleurer à gros sanglots devant son enfant. En effet, jusqu’à 6 ans environ, les enfants sont de véritables éponges émotionnelles, ils prennent tout pour eux. Alors, en voyant leur papa ou leur maman pleurer, ils vont naturellement penser qu’ils ont fait quelque chose de mal et sont responsables du chagrin parental ».
La première chose à faire, si vous craquez devant votre enfant, est donc de lui expliquer que si vous êtes triste, ce n’est pas de sa faute. Ainsi, vous lui faites comprendre qu’il n’a pas à être le réparateur de la situation. Il faut lui permettre d’assimiler que, en effet, quelque chose ne va pas, mais que ce n’est pas à lui de s’en soucier. Pour être rassuré, il doit savoir qu’il y a des personnes adultes qui aident son parent à surmonter son chagrin. Oui, faire un gros câlin à papa/maman, cela lui fera du bien, mais il ne peut rien faire de plus.

Selon l’âge de l’enfant, il convient de nuancer ses explications : le degré de compréhension d’un enfant n’est pas le même à 2 ou 5 ans

Pour autant, réprimer ses émotions ou se cacher pour pleurer n’est pas non plus une solution. Vous aurez beau ne rien dire, votre enfant ressentira vos sentiments négatifs. « Même un tout jeune enfant va voir que papa/maman ne se sent pas bien, est tendu ou fatigué. Il verra à son visage gonflé ou à ses yeux rouges qu’il/elle a pleuré et il imaginera des scénarios souvent bien plus catastrophiques que le problème réel », explique Natalie Peninger.

Mettre des mots sur nos maux

Quelle que soit la difficulté que vous traversez, il vaut donc toujours mieux parler avec votre enfant que de le laisser dans l’ignorance. Pour lui, c’est en effet bien plus perturbant de ne pas savoir pourquoi maman/papa est triste que d’avoir une explication, même si celle-ci est douloureuse.
Si votre chagrin est causé par un problème ponctuel, essayez d’expliquer la situation à votre enfant avec des mots simples. « Évitez toutefois d’entrer dans des détails qui pourraient l’angoisser à long terme. Si, malheureusement, vous avez perdu votre travail, vous pouvez dire à votre enfant que vous êtes triste car vous aimiez bien ce boulot. Mais il n’est pas nécessaire de lui expliquer que vous craignez de ne plus pouvoir payer votre loyer ou faire les courses, même si c’est la réalité », précise la spécialiste.
Bien sûr, selon l’âge de l’enfant, il convient de nuancer ses explications. Un enfant de 2 ans n’a pas le même degré de compréhension qu’un enfant de 5 ou de 7 ans. Lorsque l’enfant entrera dans le fameux âge de raison, vers 7 ans, vous pourrez mettre des mots beaucoup plus précis sur la situation, les conséquences et les pistes de solutions, sans toutefois faire porter à votre enfant des inquiétudes qui ne sont pas de son âge, ni de son ressort.

Laisser l’insouciance reprendre le dessus

Natalie Peninger insiste sur le fait que les enfants ont une capacité d’adaptation très rapide : « Dès que des mots ont été mis sur le problème et qu’ils se sentent déchargés de la situation, ils peuvent passer à autre chose, reprendre leur vie d’enfant et s’amuser ». Si vous le pouvez, essayez de mettre votre chagrin de côté, ne fût-ce que le temps de quelques minutes afin de pouvoir partager des moments qualitatifs avec votre enfant. « Même si cela peut vous paraître insurmontable, vous retirez très certainement aussi du bien-être - et peut-être un peu d’apaisement - de ces instants de jeux ou de tendresse », poursuit-elle.

Oser passer la main

Dans certains cas, pour la spécialiste, il faut aussi savoir et oser demander de l’aide. Si vous vous trouvez dans une phase très difficile où vous avez vraiment besoin de pleurer un bon coup, de vous décharger émotionnellement ou de passer la journée dans votre lit, n’hésitez pas à passer la main.
« Confier votre enfant à quelqu’un d’autre le temps d’une journée de façon à pouvoir vous laisser aller tout en sachant que votre petit bout passe une journée tout à fait normale de son côté », conseille Natalie Peninger, tout en précisant que cela ne doit pas devenir récurrent au risque que l’enfant pense qu’on l’écarte car il est la cause de la tristesse de son parent.
Si la tristesse s’installe et devient permanente, dans le cas de problèmes très difficiles à surmonter ou de dépression, par exemple, Natalie Peninger conseille d’avoir recours à un thérapeute familial : « L’objectif de cette thérapie (qui peut être brève) n’est pas de soigner le parent en souffrance, mais d’aider la famille à traverser cette période. Tant les parents que les enfants pourront mettre des mots sur ce qu’ils ressentent et poser leurs questions. Le thérapeute pourra aussi donner des conseils pratiques afin de (re)trouver une harmonie et du plaisir en famille malgré les difficultés ».

Gaëlle Hoogsteyn

À lire

Avec votre enfant

Le livre de mes émotions, de Stéphanie Couturier (Gründ) pour apprendre à votre petit bout que les émotions sont normales et font partie de la vie. On y suit Simone, une petite fille qui découvre tour à tour la peur, la colère, la jalousie, la joie, la timidité, la fierté et la tristesse.

Une maman en parle...

Circonstances différentes

« Lors du décès de mon papa, il y a quelques mois, j’ai beaucoup pleuré, y compris devant mon fils. J’ai expliqué à mon fils que j’étais triste que mon papa - son grand-père - soit parti au ciel car je n’allais plus le voir et qu’il allait me manquer. Il a tout à fait compris et je ne m’en suis pas voulu. Le chagrin fait partie de la vie, au même titre que la joie ou la colère. J’évite par contre de pleurer devant lui si je me dispute avec son papa, car nos conflits nous appartiennent et je ne voudrais pas qu’il s’imagine des choses. »
Ludivine, un fils de 7 ans

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