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Maman recherche crèche désespérément

Trois mois de grossesse ! Pour tous les futurs parents, c’est un cap. Celui où l’on commence à distiller l’heureuse nouvelle autour de soi. C’est aussi le top-départ pour l’inscription en crèche ou dans tout autre milieu d’accueil. Vous nous le rappelez régulièrement, via vos mails ou vos posts sur Facebook, cette quête se transforme souvent en galère. On a rencontré plusieurs parents et, parmi eux, ce couple dont les embûches sont exemplatives de la situation, à Bruxelles comme en Wallonie…

Maman recherche crèche désespérément

Marie et Théo, qui attendent alors leur premier bébé, n’ont pas raté cette date butoir des trois mois. Ils ont pointé trois crèches communales, à proximité de leur domicile, dans une commune bruxelloise. Première visite, première embûche : pour des questions d’organisation, on leur annonce que, cette année-là, la crèche n’inscrira aucun bébé qui naîtra entre février et juin.
Pas de bol, chez eux, la naissance est pour mars. « Sur le coup, on n’a pas tout compris, mais on a halluciné, raconte Marie. C’est un peu comme si une génération de bébés, dont le nôtre évidemment, passait à la trappe. »

Préinscription et longue attente

Direction les deux autres crèches qu’ils avaient sorties du lot. Là, l’inscription sur la liste d’attente est possible. Ouf ! Quoique, d’emblée, on prévient les futurs parents qu’ils ne doivent pas s’attendre une confirmation rapidement. Et que le feu vert ne tombera peut-être même pas avant la naissance.
Voilà Marie et Théo plongés dans un grand vide, avec plein de points d’interrogation. Ne devraient-ils pas inscrire le futur bébé ailleurs, plus loin de leur domicile, dans une crèche qui leur plaît moins ? Ou aller frapper du côté de gardiennes encadrées ? Confiants, ils refusent ces inscriptions multiples, sous prétexte que si tout le monde s’y met, on ne s’en sort plus.
Aujourd’hui encore, Marie s’interroge : « Je n’ai toujours pas compris pourquoi dans les crèches communales, on ne peut pas nous dire dès le départ quand notre enfant aura une place. Alors que dans les crèches privées, c’est possible. »
Une autre remarque, glissée à demi-mot par les responsables des crèches lors de la préinscription, a fait sursauter le jeune couple. « On nous a fait comprendre qu’avec nos revenus, on ferait mieux d’aller voir du côté des crèches privées. Génial, on se sentait vraiment les bienvenus. »
La réaction de Marie ? « Je suis pour ce principe d’adapter le montant de la crèche en fonction des revenus, donc pour cette solidarité entre les familles qui ont des moyens plus importants et les autres. Par contre, je m’insurge contre le fait de payer lorsque mon gamin ne va pas à la crèche durant les vacances ou quand il est malade, ce qui est le cas dans les crèches privées. Question de principe ! »

Un déménagement : retour à la case départ

Alors que la grossesse progresse, les projets de nos deux futurs parents avancent aussi. Toujours sans crèche, Marie et Théo deviennent propriétaires. Une étape qui n’est pas sans conséquence dans leur quête de lieu d’accueil, ce à quoi ils n’avaient pas songé. Le hic ? Incessamment sous peu et sans en connaître la date, ils vont déménager dans une commune voisine. Ils informent les deux crèches de la nouvelle donne. La sentence tombe : voilà qu’ils dégringolent en bas de la liste. En effet, les crèches communales peuvent donner priorité aux parents de la commune, voire des rues de la commune voisine.
Passés les cinq mois de grossesse, tout le parcours est donc à refaire pour Marie et Théo. Ils se dirigent alors vers le service des crèches de leur future commune : là, on leur donne peu d’espoir, les listes d’attente étant surchargées.
La future maman se rappelle dans quel état d’esprit elle se sentait : « Un peu au bord de la crise de nerfs, je me disais que le système était mal fait ! Que dans une société idéale, une crèche devrait être un service accessible à tous. Et qu’on devrait tous pouvoir en trouver une au coin de sa rue. Or, c’est tout le contraire qui se passe. Cette recherche de crèche m’a mise dans un état de stress pas possible. Un comble alors que durant la grossesse, on a juste besoin d’être rassurée. Pour moi, savoir où irait mon bébé était aussi important que de préparer sa chambre. J’avais besoin de cela pour me préparer et me projeter. Côté emploi, je devais aussi pouvoir dire à mon patron quand j’allais reprendre le boulot. »

Prêts à tout accepter pour être rassurés

Le couple rumine, passe en revue les solutions qui s’offrent à lui. Les grands-parents ? Impossible : ils travaillent encore ou vivent trop loin. Un congé d’allaitement, un congé parental, voire un congé sans solde ? Pourquoi pas, mais Théo étant indépendant, les possibilités sont réduites. Et Marie enragerait de mettre sa carrière en pointillés par manque de place en crèche. Reste la solution ultime, celle de la crèche privée.
« Même si on n’en voulait pas, par principe, c’était la solution de secours, raconte Marie. Là, on sait qu’on trouve toujours de la place. Contrairement à d’autres parents, on était conscients qu’on pouvait se le permettre, en nous serrant la ceinture pour tout le reste. Mais ça pose d’autres questions : 700 € par mois pour une crèche, c’est quasi la moitié de mon salaire, ce qui veut dire qu’on travaille pour payer la garde de son petit. Il y a quelque chose qui ne va pas, non ? »
La solution - ou plutôt le bon filon - tombe via le service des crèches communales, que Marie ne manque pas de harceler, venant régulièrement s’enquérir de leur position sur la liste d’attente. La jeune Bruxelloise explique : « À demi-mot, face à mon désarroi, on me dit que si on se débrouille en néerlandais, mon compagnon ou moi, le plus simple est sans doute la crèche flamande. Que là-bas, il y a toujours de la place. »
Sa réaction ? À ce stade - plus de six mois de grossesse -, elle est prête à tout accepter : exit les critères de départ, pour autant que leur bambin soit enfin inscrit quelque part. Une visite sur place la rassure sur son niveau de néerlandais et sur l’accueil des puéricultrices. En quelques jours, le dossier est bouclé et l’acompte versé. Ouf, fin du parcours !
Et en Wallonie ? Hormis la possibilité de se rabattre vers une crèche flamande, le parcours et les embûches rencontrées par ces jeunes Bruxellois valent aussi pour les provinces wallonnes. Difficulté supplémentaire, qui complexifie encore la situation pour les parents qui ne vivent pas au cœur des villes : les distances. C’est le cas de Nathalie, du côté de Welkenraedt, qui n’a eu d’autre choix que de mettre sa petite dans une crèche à une quinzaine de kilomètres de son domicile. Alors que son lieu de travail est à deux pas de chez elle…

Anouck Thibaut

BONS CONSEILS DE MAMANS LECTRICES

Avant 3 mois de grossesse

  • Réfléchissez à vos besoins. Où le milieu d’accueil devrait-il être situé (près du domicile, du travail, des grands-parents…) ? Avez-vous besoin d’un lieu qui soit ouvert après 18 h et qui ne ferme pas (ou peu) durant les vacances ? Êtes-vous prêts à opter pour une crèche privée ? Préférez-vous une petite structure ?
  • Listez les possibilités de garde dans votre coin, via le site internet de votre commune ou celui de l’ONE (www.one.be). Selon vos critères, passez les crèches en revue et posez vos questions, via un coup de fil, voire une visite sur place, si c’est possible. Posez déjà la question de la disponibilité. Pourquoi anticiper ? Pour faire un premier tri, histoire d’être sur la balle dès la date officielle des trois mois.
  • Personne ne vous interdit de tenter votre chance à quelques jours de l’échéance des trois mois. Une audace visiblement mieux acceptée dans les crèches privées, surtout si vous versez l’acompte illico.
     

Dès 3 mois

  • Soyez dans les starkings blocks : tout se joue parfois à quelques jours près.
  • Si nécessaire, multipliez les inscriptions sur les listes d’attente, même dans les milieux qui ne sont pas dans vos premiers choix. Attention : certaines communes centralisent les inscriptions pour tous les lieux d’accueil, d’autres pas.
  • C’est votre 2e bébé (ou plus) ? Ne tardez pas non plus sous prétexte que votre cadet sera prioritaire parce que son aîné est passé par là.
     

Après la préinscription

  • Vous êtes sur une ou plusieurs listes d’attente ? N’hésitez pas à contacter ou, mieux encore, à passer sur place afin d’avoir des nouvelles. Pas tellement pour faire pression, mais plutôt pour montrer que cette place, vous la voulez vraiment. En général, vous êtes bien reçus, le personnel se montrant compréhensif, conscient de la pénurie.
  • L’accouchement approche et vous êtes toujours sans crèche ? Listez les solutions de dépannage (famille, aménagement du temps de travail, passage éclair en crèche privée) au cas où. Restez zen et dites-vous ceci : dans la grande majorité des cas, la galère prend fin et une place vous est proposée avant la reprise du boulot.

Chiffre

On l’entend partout : la pénurie de places d’accueil en crèche est criante. Comment objectiver la situation ? Un seul type de chiffres est disponible, via l’ONE : le taux de couverture, soit le rapport entre le nombre de places disponibles et le nombre d’enfants de moins de 2 ans et demi. Un chiffre cependant approximatif, puisqu’il ne tient pas compte des besoins réels des parents (certains n’ayant pas du tout besoin de crèche, d’autres seulement à mi-temps).
Aujourd’hui, ce taux de couverture atteint les 28 % pour la Wallonie et Bruxelles réunis, en sachant que ce sont les parents de la capitale et du Hainaut qui sont les plus mal lotis. Avec la création annoncée de quelques 15 000 places d’ici 2022, ce chiffre global monterait à 37 %. La Ligue des familles estime qu’il faudrait atteindre les 51 % pour que la demande de tous les parents soit rencontrée.

En savoir +

Ce que la Ligue des familles revendique pour vous

► La création de davantage de places d’accueil, en tenant compte des besoins réels des parents.

►  La mise en place d’un état des lieux, qui donnerait une vision plus précise des besoins des parents.

►  La diminution du coût des frais de garde pour les parents.

►  Une meilleure accessibilité aux crèches pour tous, notamment pour les familles les plus défavorisées.

À lire, pour en savoir + sur la position de la Ligue : Une place d’accueil pour chaque enfant. Et aussi : Crèche : le Plan Cigogne III migre dans la bonne direction.

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