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Manuels scolaires : encore des choses à faire

Les livres scolaires sont des outils de connaissance importants pour les enfants. Par les hommes et les femmes qui figurent dans les illustrations, par la citation de héros et d’auteurs littéraires ou dans les exemples reprenant les situations de la vie quotidienne. Une certaine conception de la société et des rapports entre les hommes et les femmes s’en dégage.

Manuels scolaires : encore des choses à faire - Thinkstock

Une étude menée par le Centre d’entraînement aux méthodes d’éducation active (CEMEA) sur « les manuels scolaires et stéréotypes sexués : éclairages sur la situation en 2012 » montre que beaucoup de manuels sont déséquilibrés de ce point de vue et qu’ils véhiculent encore des stéréotypes sexistes. Les constats qui ressortent de cette étude :

  • Les garçons sont surreprésentés par rapport aux filles : 56 % de l’ensemble des illustrations dans les manuels représentent les garçons-hommes, 23% les femmes-filles.
  • Les prénoms masculins ont la cote : 61 % des prénoms sont masculins pour seulement 33% de prénoms féminins.
  • Il y a beaucoup de héros et peu d’héroïnes : 87 % des personnages célèbres proposés aux élèves sont des hommes, seulement 13 % des femmes. Les personnages masculins les plus fréquemment cités sont Zorro, Tintin ou les super-héros. Les personnages féminins sont les princesses et les sorcières.
  • Écrivains : 86 % font référence à des auteurs contre 14 % d’auteures.
  • Un adulte en présence d’un enfant : 7 fois sur 10, c’est une femme. Avec la maman, l’institutrice est la figure féminine la plus fréquemment employée, la notion d’éducation étant le point commun entre ces deux personnages féminins.
  • Mère : très présente, figure de tendresse. Père : de passage, figure d’autorité.
  • Les filles à l’intérieur, les garçons à l’extérieur : les filles-femmes sont majoritairement associées à la sphère privée (51 % pour 31 %), les garçons-hommes sont majoritairement associés à la sphère publique (66 % pour 24 %).
  • Métiers d’hommes, métiers de femmes : 81 % des métiers cités n’ont été écrits qu’au masculin, pour 15 % au féminin. L’analyse qualitative des métiers proposés aux élèves démontre que les hommes exercent principalement des professions liées à la force ou au courage, à la prise de responsabilités et de décisions. Les femmes exercent principalement des métiers liés à l’esthétique, aux soins et aux tâches ménagères professionnalisées et à l’éducation.
  • Activités et jouets de filles, activités et jouets de garçons : les tâches assignées aux garçons sont liées aux aspects de force physique et de grande motricité ; celles assignées aux filles sont liées aux aspects de soin, précision et de motricité fine.
  • Les garçons sont forts et courageux, mais négligents ; les filles sont belles et sensibles, mais fragiles : les qualités assignées aux garçons tournent autour des notions de courage, de force physique et affective et celles assignées aux filles tournent autour des notions de sensibilité physique et affective et de beauté. Le défaut principal assigné aux garçons est la négligence, ceux assignés aux filles sont la fragilité et la superficialité.

Lourd de conséquences

De manière générale, les conséquences d’une éducation stéréotypée peuvent peser lourd dans le développement des filles et des garçons. Des études ont montré que pour les filles, le peu de diversité et la faible valorisation des modèles d’identification proposés, tant dans les médias que dans les manuels scolaires, font baisser leur estime d’elles-mêmes. Elles s’engagent peu dans des métiers scientifiques ou à responsabilité.
Du côté des garçons, ces mêmes études montrent que la valorisation de certains comportements (se montrer fort, ne pas pleurer…) et l’absence de certaines représentations (métiers du social et de la sollicitude, activités domestiques…) vont forger une « nature » masculine figée. Avec pour conséquence, l’absence de la nécessité de concilier vie personnelle et vie professionnelle.

Karin Mantovani

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