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Marre de l’école, décrochage scolaire… Est-ce vraiment d’école qu’il s’agit ?

« Il y a autant de raisons de décrocher qu'il y a de jeunes », affirme-t-on au Service d’accrochage scolaire (SAS) de Mons. La loi définit le décrochage scolaire de façon très large, mais dans les faits, il s’agit rarement d’une problématique exclusivement scolaire. Le phénomène, qui s’observe dans tous les milieux sociaux, découle souvent de problèmes personnels.

Marre de l’école, décrochage scolaire… Est-ce vraiment d’école qu’il s’agit ? - Thinkstock

Les spécialistes de la question du décrochage scolaire le disent fréquemment : le décrochage scolaire peut avoir de multiples sources. Crise à la suite d’un malaise familial, chagrin d’amour, dispute avec un(e) ami(e), passage de l’école primaire au secondaire, etc., il peut prendre presque autant de formes que d'élèves concernés.
Les jeunes qui arrivent au SAS sont parfois déscolarisés depuis des mois, voire des années. Inscrits nulle part, ils sont passés au travers des mailles du filet, jusqu’à ce que la police les ramasse dans la rue. Parfois, ce sont aussi des jeunes qui dérangent la classe et sont menacés de renvoi. Mais le décrochage scolaire peut aussi être passif. Dans le fond de la classe, les jeunes exercent alors le « présentéisme », une sorte de « présence absente ».

Un phénomène collectif devenu individuel

Avant, le décrochage scolaire était un phénomène de groupe, le brossage était collectif. Aujourd’hui, il est devenu plus individuel. On assiste à un mal-être des jeunes, à des difficultés à sortir, à faire des choses à l’extérieur. À la Fabrique de soi, l’école de devoirs de Tubize, Tiffany, 14 ans, accepte de témoigner, mais il faut un peu lui tirer les vers du nez : « J’en ai vraiment marre de l’école ! Je suis dégoûtée par l’école et par les amis. »
En creusant un peu, on se rend compte que la jeune fille déprime. « Je me suis pris la tête avec ma mère. Elle m’a crié dessus parce que j’avais laissé traîner mes bottes. J’aimerais qu’elle arrête de me prendre la tête, j’ai envie de me tirer. Je parle de mes problèmes avec mes amis, mais ils ne peuvent rien faire. »
Heureusement, une rencontre avec la psychologue du Centre PMS est prévue pour la semaine suivante. Les jeunes, tout comme leurs parents, ne savent pas toujours vers qui se tourner pour parler de leurs problèmes.
Les intervenants sociaux estiment que le décrochage scolaire est la pointe visible de l’iceberg. Les centres PMS, par exemple, doivent régler des problèmes de plus en plus complexes. « Les ‘petites’ difficultés comme le mal-être d’un enfant dont les parents se séparent ne sont plus traités par le services de première ligne que nous sommes, explique Christine Doucet, assistante sociale au Centre PMS libre de Braine-l’Alleud. Ce sont les éducateurs et les enseignants qui doivent les gérer. Nous nous occupons des cas graves, quand il y a plainte au pénal, abandon du jeune… »

Cette école qu'on aime détester

Si la plupart des jeunes rencontrés ne sont pas en réel décrochage scolaire, nombreux sont ceux qui avouent ne pas aimer l’école. Dorian, 14 ans, trouve que l’école est « une perte de temps. Je l’aimerais bien si c’était manuel. Au départ, je voulais aller à l’armée, à l’école des sous-officiers. Mais il faut avoir au moins 16 ans et avoir terminé ses trois premières années secondaires. »
Salvatore, 13 ans, aimerait ouvrir son propre restaurant et devenir chef cuistot, alors que Virginie, la maman de Juliette, 14 ans, craint justement de voir sa fille reléguée dans l’enseignement professionnel. « Que Juliette aime l’école ou non, la question n’est pas là. Mais elle est dans une école dont le niveau n’est pas particulièrement élevé et elle a trois échecs, dont un en math. En tant que mère, je ne peux m’empêcher de penser que j’ai commis des erreurs pédagogiques. À notre corps défendant, le père de Juliette et moi avons sans doute inculqué aux enfants l’idée que les choses sont faciles. Ils ne sont plus en contact avec la réalité ni avec le sens de l’effort. »

Les vieux démons des parents

Juliette de son côté s’insurge et trouve la pression exercée par sa mère trop forte : « Elle voudrait que j’aie 80 % dans toutes les matières et n’entend pas les profs dire que j’ai fait des efforts. J’aime bien apprendre et me lever pour aller à l’école. Même pour le cours de math ! J’aimerais que maman me soutienne, plutôt que de m’enfoncer en disant que je vais rater mon année. »
Mais pour Virginie, comme pour de nombreux parents, l’école est un mauvais souvenir et les résultats scolaires de sa fille font ressurgir de vieux démons. Certains parents limitent autant que possible la confrontation avec le milieu scolaire, donnant à ce dernier l’impression qu’ils sont démissionnaires.
Or, « on réussit de belles choses quand il y a un vrai partenariat entre l’école, l’enfant et les parents, insiste Jean-Pol Vanschepdael, directeur du Collège Saint-François d’Assise de Tubize. Beaucoup de jeunes sont pleins de ressources. Il faut garder une image plus positive d’eux et souligner leurs autres compétences, celles qui ne sont pas que scolaires. Certains jeunes sont actifs dans des mouvements de jeunesse, développent des talents en musique ou en dessin. Il faut valoriser ça. »

Caroline Dunski

L'avis de

Anne Beghin, coordinatrice de la Fabrique de soi

« Mobiliser le jeune »

Il me semble qu’il faut commencer par analyser la situation scolaire et apporter des réponses spécifiques et adéquates. Pour l’un, ce sera de la logopédie, pour l’autre un soutien psychothérapeutique, pour un troisième l’école de devoirs...
J’ai tendance à dire aux parents : ‘Passez du temps avec votre enfant, faites des choses avec lui, recréez un lien autre que le lien scolaire... et confiez la remédiation et le soutien scolaires à l’extérieur de la cellule familiale’. Trop de parents veulent évidemment bien faire, mais les enjeux sont trop forts, trop délicats et bien vite le calme nécessaire est remplacé par de l’énervement qui, sur le long terme, pourrait entacher la relation parents-enfants. À l’extérieur de la famille, il y a des pistes. Le jeune en difficulté doit toujours être aidé soit par un adulte, soit par un autre jeune qui s’en sort bien à l’école. L’aide entre pairs ou entre un jeune et un enfant… ça marche !
L’école doit revenir dans le cadre des priorités des jeunes. L’information sur les nécessités de l’école, sur les métiers, sur l’avenir… devrait être plus systématique, plus conséquente. Je pense que les jeunes n’ont pas suffisamment conscience de ces enjeux.
Enfin, pour moi, l’encouragement est la première attitude que tous les adultes qui s’occupent de jeunes doivent essayer d’appliquer, même si c’est difficile. Travailler avec des jeunes, c’est difficile, c’est énergivore, ça demande beaucoup de remise en question, beaucoup d’humilité aussi, mais ce sont les adultes de demain et c’est aux adultes d’aujourd’hui de les aider.

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