12/15 ans

Mensonge et ado : un passage obligé !

Éva raconte qu’elle sait conduire. Justin dit avoir passé soirée et nuit chez son copain mais ils ont fait la fête ailleurs jusqu’au petit matin. Max cache une retenue à ses parents. Pourquoi les adolescents mentent-ils encore à leur âge ? Nous avons posé la question à Diane Drory, psychologue.

Mensonge et ado : un passage obligé !

« Mentir à l’adolescence, c’est presque un comportement normal ! Les adolescents doivent se construire un chemin bien spécifique et, souvent, ce chemin est un peu différent de celui que leurs parents projettent, rêvent, souhaitent pour eux ». En mentant à leurs parents, les ados auraient-ils l’impression d’enfin échapper à leur contrôle ? Certains mensonges seraient donc utiles aux adolescents pour mieux se séparer de leurs parents. Ils leur permettraient de prendre davantage d’autonomie, de se créer et de se préserver une vie privée, une intimité… Des mensonges sans doute d’autant plus nécessaires que certains parents peuvent être très intrusifs.

Sous la loupe

Une ado comme Éva peut mentir pour correspondre à l’image qu’elle croit que l’on attend d’elle. En fait, elle n’a pas son permis, elle n’est pas partie aux sports d’hiver, mais, comme l’explique Diane Drory, « elle semble avoir besoin de combler ce qu’elle perçoit comme un manque. Elle n’agit pas par rapport à celui-ci, mais elle invente pour ne pas s’écrouler. Elle transforme la réalité pour cacher ce qu’elle pense que l’autre va trouver nul. Elle se fait un lifting par rapport au regard de l’autre. »
Autre objectif fréquent d’un mensonge : éviter un conflit, une confrontation, une sanction. Ou encore craindre une réaction négative, peut-être un rejet, et préférer alors la fuite. Max sait très bien que la retenue va lui attirer un sermon et une sanction de la part de son père. Ne rien lui dire est faire preuve de prudence !
D’autres adolescents, comme Justin, « vont estimer que les règles dans lesquelles ils doivent évoluer sont trop étroites et qu’ils sont obligés de dépasser les limites fixées. Ce qui ne veut pas nécessairement dire qu’elles sont réellement trop étroites mais seulement qu’ils l’estiment, avec leurs yeux de 17 ans », ajoute encore la psychologue.
Il y a aussi les mensonges dits de « de protection », liés à la loyauté que l’ado a vis-à-vis de ses amis. Inès ne peut pas dire que sa copine n’a pas logé chez elle comme annoncé à ses parents. Ce genre de mensonge existe parfois aussi dans une famille éclatée : pour protéger son père des récriminations de sa mère, Sacha affirme qu’il a terminé ses travaux scolaires pendant le week-end paternel.

Réagir, oui, mais comment ?

Devant un mensonge, voire une succession de mensonges chez des adolescents, les parents encaissent le choc : leur « grand » enfant ne dit pas la vérité, il a des secrets pour eux et cela leur fait mal lorsqu’ils s’en rendent compte. Certains adultes se sentent même trahis et réagissent avec agressivité ou rancune.
Or, estime Diane Drory, « il ne faut vraiment pas prendre au pied de la lettre un mensonge d’adolescent, ni d’emblée le considérer comme une malhonnêteté ! Et surtout, il ne faut pas réagir par une attaque accusatrice du genre : ‘Je ne pourrai plus jamais te faire confiance !’. Cette phrase est dangereuse, susceptible de faire des dégâts. Elle risque de bloquer un ado, de l’empêcher d’aller de l’avant dans la construction de sa vie à lui… »
Facile à dire mais comment faire ? « Mieux vaut faire comprendre, idéalement avec humour, qu’on sait que ces paroles sont des fadaises plutôt que plonger dans une attaque directe, un jugement définitif. Réagir par exemple en disant : ‘Ce coup-ci, je ne te fais pas tout à fait confiance !’ ou encore ‘Probablement qu’un jour, tu n’auras plus peur de me dire les choses comme elles sont, tu n’auras plus besoin de m’inventer des salades !’. En fait, il s’agit de ne pas conforter l’ado dans ses mensonges et de lui montrer qu’on n’est ni dupe ni idiot. »

Décortiquer le contexte

Ensuite, toujours sans prendre un mensonge d’adolescent au pied de la lettre ou crier à une malhonnêteté, il s’agit de chercher à en comprendre le pourquoi, d’en examiner les circonstances sans se braquer ni condamner le jeune d’emblée. A-t-il un réel problème à l’école ? Manque-t-il de confiance en soi ? S’estime-t-il mal compris ? Souhaite-t-il plus de liberté et de quelle sorte ? Des questions par rapport à lui et… par rapport à soi, à propos du respect de sa vie privée ou des limites fixées qui sont peut-être à revoir. « Autant de questions à se poser et ensuite à débattre avec le jeune, sans passion, de façon calme et claire », conclut notre psychologue.

Thérèse Jeunejean

La question

Mon enfant est-il mythomane ?

Ces mensonges répétés peuvent inquiéter les parents. Ils ne sont pourtant pas pathologiques, plutôt liés à des moments et des circonstances de la vie. Dans la toute grande majorité des cas, il ne s’agit donc pas de mythomanie. Diane Drory est claire à ce propos : « Un mythomane finit par croire à ses propres mensonges et s’invente un roman personnel complètement à côté de la réalité. Il va parler de sa fortune, des personnes fabuleuses qu’il a rencontrées, par exemple. »
Tout autre mensonge est une manière d’être plus libre, de sauver la face, d’éviter le conflit, de protéger un ami ou un parent.