Vie de parent

Mesures dans l’extrascolaire : de la débrouille au zéro choix

C’est un casse-tête pour les organisateurs d’activités extrascolaires. Depuis l’annonce des nouvelles mesures sanitaires prises la semaine dernière, l’obligation des bulles de 10 leur donne des cheveux blancs. Certains se voient même parfois contraints de stopper, momentanément, leurs activités. Avec des répercussions immédiates sur l’occupation des enfants, l’organisation des familles.

Mesures dans l’extrascolaire : de la débrouille au zéro choix

« Le club de gym de Margaux vient de tout annuler et ferme à cause des nouvelles mesures jusqu’au Carnaval.  Margaux devait choisir entre gym et louvettes. Cool : elle ne doit pas choisir. Plus de gym et pas de louvettes, car dans les deux cas, impossible de respecter la bulle des dix. » En exposant ironiquement le cas de sa fille âgée de 9 ans, Peggy met le doigt sur une conséquence immédiate des mesures valides la semaine dernière par le Comité de concertation.

Casse-tête

Pour rappel, si les plus de 13 ans peuvent désormais participer à des activités extrascolaires à l’extérieur. Pour tous les enfants jusqu’à 18 ans, la bulle de ces activités est limitée à dix participants contre cinquante auparavant. Cela change évidemment furieusement la donne. Que ce soit du côté des mouvements de jeunesse ou des responsables d’autres activités proposées aux enfants, on se creuse les méninges sans toujours trouver de solutions. D’où un choix qui finalement se limite, dans certtains cas, à zéro proposition.

Ces choix qui s’annulent touchent donc Margaux comme de nombreux autres enfants. Heureusement parfois, des solutions parviennent à s’imposer. Ça été le cas pour Mathys, 11 ans, le frère de Margaux. « Là, aux Louveteaux, ils ont réussi à couper son groupe en trois. Même si ça casse l’esprit transversal sur lequel se base l’ensemble » relève Peggy qui se montre plutôt lassée face aux mesures. « Pourtant, j’ai toujours été, jusqu’ici, plutôt un bon petit soldat. »

Yo-yo

« Cela commence à bien faire de jouer au yo-yo en permanence. » Celui qui parle, c’est Frédéric Hautrive. Au-delà d’être le directeur du club de gym de Margaux, il gère aussi les infrastructures sportives de la commune de Rixensart. Ces mesures n’en finissent pas de perturber son organisation. « Les bulles de 50, c’était tout à fait gérable au niveau sanitaire, accessibilité etc. Là, avec une bulle de 10, ça l’est beaucoup moins. Voire impossible. Nous avons donc mis le club à l’arrêt. »

Avant les nouvelles mesures, tous les enfants, participant au cours, pouvaient utiliser le même matériel (poutres, tapis de sol, etc.) « À présent, ce n’est plus possible, après chaque utilisation par bulle de 10, tout devrait désinfecté en cours de séance. L’organisation devient trop lourde. Par ailleurs, comme les bulles ne peuvent pas se croiser, il faut prévoir de entrées séparées… »  Beaucoup jettent l’éponge. Faute de moyens humains, faute d’encadrement pour assurer le suivi des groupes éclatés.

Zoom dance

Parfois, c’est la débrouille, comme pour cette ASBL bruxelloise qui dispense des cours de danse aux petits et qui copte en assumer une partie à distance.  « L'Etat nous a ajouté une nouvelle règle qui nous a forcé à revoir à nouveau toute notre organisation... Nous avons maintenant 4 groupes 10 enfants (toujours les mêmes) et chaque groupe aura cours en présentiel une semaine sur 2 et l'autre cours en Zoom et ce jusque décembre 2021. Toutes les règles sanitaires sont respectées avec même les distanciations sociales. »

La débrouille aux scouts, on connaît. Mais même là, on sent poindre comme une certaine lassitude. « On n’a jamais remis en question les mesures, explique Adrien Mogenet, porte-parole des Scouts de Belgique, on n’est pas qualifié pour. On vit avec ça. Ce qu’on regrette, par contre, c’est de recevoir les mesures sans vraiment avoir les explications, les motivations qu’il y a derrière.  Pourtant ce serait plus facile d’accompagner le changement en ayant ces éléments-là, pour faciliter l’adhésion. Ça manque dans les instructions qu’on reçoit. »

Protocole

Quoiqu’il en soit, côté Scouts, on est en train de rédiger des protocoles pour les équipes afin d’organiser les activités. Heureusement, celles-ci se déroulent la plupart du temps en extérieur, ça facilite le travail. « De plus, pour les plus de 12 ans, c’est quand même positif ces mesures. Ils peuvent enfin vivre leur scoutisme en vrai. À partir de cet âge-là, l'avantage, c'est qu'on fonctionne en patrouilles, par groupe de 5 à 10, de façon plus autonome. »

Par contre, du côté des petits par contre, c’est complexe. Là, le fonctionnement est plus collectif, plus transversal comme l’expliquait Peggy, la maman de Mathys et Margaux. « Il y a moins d’autonomie. Les enfants ont moins l’habitude de se retrouver dans des groupes plus petits. Multiplier les groupes pose aussi des problèmes d’encadrement. On va être forcément être obligé de se réorganiser. On est en train d’écrire des protocoles, de dégager des pistes, ce sera diffusé aux équipes dans le courant de la semaine. Une des pistes serait de faire appel à des personnes supplémentaires pour assurer l’encadrement notamment des adultes déjà impliqués dans les unités. »

Carnaval

Bref, tout est en train de se mettre en place. Certains ont pris leurs décisions, fixé des modalités. D’autres sont encore dans la recherche de précisions qui leur permettront de coller au mieux au cadre fixé, tout en répondant aux attentes des parents.

Tiens, et pour Carnaval, quelles perspectives avec les bulles de 25 ? « Cela sera plus facile à gérer pour les stages, avance Frédéric Hautrive à Rixensart. Gérer trois groupes de 25 en termes d’entrées séparées, c’est plus facile que pour six groupes de 10 ». Du côté des Scouts, on relève que Carnaval n’est pas vraiment la saison des camps, mais plutôt celle des sorties, des hikes où on part de 2 à 4 jours. « Ce qui n’est pas clair, aussi, c’est de savoir par exemple si nos réunions habituelles du week-end pourront accueillir 25 personnes plutôt que 10 si elles se déroulent durant les vacances de carnaval.» On le voit, pas mal de questions restent en suspens.

T. D.

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