Vie de parent

Migrants : après la réflexion, l’action ?

Profitons de la grande marche bruxelloise à envergure européenne de ce 27 février pour vous présenter une initiative bénévole. Celle de deux profs, Marie Pierrard et Juliette Pirlet, qui ont commencé à dispenser des cours à des enfants Syriens dans un parc et qui ont ouvert la Petite École.

Migrants : après la réflexion, l’action ? - © La Petite École

Depuis le mois d’août, nous vous présentons plusieurs initiatives en faveur des migrants. Comme nous le répétons à chaque fois, nous estimons qu’il en va de notre devoir de citoyen d’agir pour une société plus solidaire. Et de rappeler aux élus quels sont les principes qui ont animé l’Europe. Héberger des réfugiés de guerre en est un.
L’action politique est inexistante et quand elle se fait entendre, on a l’impression de revenir quelques décennies en arrière. On pense à l’idée du secrétaire d’État à l'Asile et à la Migration, Théo Francken, et son idée de badger les réfugiés pour mieux les identifier. On pense au Danemark qui légifère la privation des biens des migrants. On pense à la Hongrie qui tend à rendre ses frontières de plus en plus hermétiques. On le sait. Nous, on préfère de loin relater les actions citoyennes et collectives.

Petite École, grand projet

Et à ce titre, la Petite École, née d’une rencontre, est un projet magnifique. L’été dernier, Marie Pierrard et Juliette Pirlet se baladent dans le parc de La Rosée à Anderlecht. Elles tombent sur un groupe de 200 migrants. Principalement des Syriens. Tous font connaissance.
Très vite, les parents leur disent : « Vous êtes profs, alors vous devez absolument enseigner le français à nos enfants ». Les deux enseignantes se sentent investies d’une mission. « Un peu comme le serment d’Hippocrate », plaisante Marie. Les cours se déroulent dès le moins d’août. Dans le parc, pour que ce soit plus facile pour les enfants. Sur 60 gamins, 58 seront scolarisés. Le projet est né. Il faut des locaux. Et depuis quelques jours, la Petite École ouvre en dur.

Tous à l’école

Les deux forces conjuguées, à savoir l’association de Marie et Juliette, Red_Labopedagogique, et le collectif Garcia Lorca s’activent comme ils le peuvent de façon 100 % bénévole. Les élèves ont entre 6 et 13 ans. Du lundi au jeudi, les cours de français sont dispensés le matin. Et l’après-midi, place aux activités créatives (art plastique, théâtre, psychomotricité, etc.). Le jeudi, cours d’arabe, de façon à ce que les petits ne soient pas déconnectés.
« Nous constatons que la plupart des élèves n’ont jamais été scolarisés. Les intégrer directement dans un cursus scolaire est compliqué. On les met sur les rails et ils sont un peu plus armés pour l’école. Notre objectif, c’est de créer un espace de transition entre leurs années d’exil et l’école belge », explique Marie.
Pour leur prêter main forte, quelques bénévoles, des Belges et des Syriens. Une maman qui tient la cantine et un jeune homme de 18 ans qui fait office d’éducateur.

À propos de la marche de ce samedi 27 février

Un peu enjoué, on demande à Marie comment mobiliser et sensibiliser les parents à propos de la grande marche de ce week-end (voir encadré ci-dessous). Très naturellement, elle répond qu’elle est débordée entre son boulot de prof à plein temps à l’école, le bénévolat et la gestion de la Petite École.
Elle hésite, puis nous dit : « En fait, je n’ai pas à dire quoi que ce soit aux parents. Je n’ai aucune leçon à donner vis-à-vis de cette problématique. Chez moi, ce n’est pas né d’un engagement. C’est né d’une rencontre. Tout part d’une recherche pédagogique à vrai dire. Pour les petits Belges, le système scolaire peut être très dur, alors imaginez à quel point il peut être insurmontable pour des gamins qui n’ont pas les clés, pas les codes. Je ne suis donc pas dans un dynamisme à inciter. Si je ne m’étais pas baladée à La Rosée ce jour-là, je ne sais pas où j’en serais aujourd’hui. J’affine juste ma réflexion de jour en jour par la pratique ». Que la réflexion devienne action, c’est déjà un beau conseil, pas vrai ?

Yves-Marie Vilain-Lepage

Les besoins de la Petite École

La structure a besoin de moyens matériels afin de pouvoir au plus vite dédommager ses volontaires, constituer une base de matériel, acheter la nourriture pour la cantine des enfants. Les besoins sont des livres (histoires, imagiers, documentation), des déguisements, des tabliers pour enfants (5-12 ans) et même d’un aquarium, le tout neuf ou en très bon état.
Plus d’infos : www.garcialorca.be/la-petite-ecole.html

Samedi, venez rejoindre la marche européenne

Le 27 février, les citoyens européens se mobilisent pour manifester en faveur des droits de l'Homme à travers toute l’Europe. Au total, plus de 60 villes dans 19 pays d'Europe et du monde marcheront ce jour-là pour faire pression auprès des Institutions européennes et des gouvernements afin d’agir pour ouvrir des voies de passage sûres pour toute personne qui cherche protection.
En pratique : rassemblement à 13h30 esplanade de la gare du Nord-Bruxelles. Départ de la manifestation à 14h, arrivée prévue à 16h (place de l'Albertine).

Des réunions pour se mobiliser

Du 8 au 17 mars, la Ligue des familles organise sept réunions dans toute la Belgique autour de la question de l’accueil des migrants. L’idée ? Que vous veniez nous faire part de ce que vous jugez important que la Ligue mette en place. Cette première étape de réflexion a pour objectif de voir apparaître des actions concrètes. Venez nombreux et n’hésitez pas à en parler autour de vous.

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