Vie de parent

L’urgence des migrants,
et si on retroussait nos manches ?

La grande préoccupation européenne, maintenant que l’on s’intéresse moins à la Grèce ? La crise des migrants. Jusqu’au cœur de notre pays, où le sort de ces demandeurs d’asile préoccupe enfin. À tel point que Theo Francken, secrétaire d’État à l’Asile, en appelle à la solidarité des communes. Et même si les centres d’accueil sont pleins à craquer, que les CPAS wallons hurlent à l’aide au fédéral, le sujet est omniprésent. Et si nous tissions un lien justement entre le feuilleton chaotique du « Grexit » et la crise des migrants ? C’est peut-être là que va se jouer la grandeur d’une Europe politique et citoyenne enfin solidaire. Oui, mais comment agir ? On en discute point par point avec Gilles Cnockaert de Caritas.

Migrants : et si on retroussait nos manches ? - Isabel Corthier – Caritas International

► On ne peut pas accueillir toute la misère du monde !

« Faux, répond Gilles Cnockaert, du service de communication de l’ONG Caritas International qui contribue à l’accueil des demandeurs d’asile en Belgique, depuis plus de 15 ans. Et on en est loin, ajoute-t-il. On est loin de faire en Europe ce que font les pays du Sud par exemple. On peut largement faire plus ». Selon le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (le CGRA), la Belgique dispose d’une capacité d’accueil de 18 400 places, actuellement quasi toutes occupées.

► C’est quoi un migrant, en 2015 ?

Gilles Cnockeart explique que derrière le terme froid et impersonnel de « migrant » se cachent des individus, des familles, des enfants qui viennent chez nous avant tout parce qu’ils ont besoin de nous. « Ce ne sont pas des ‘tenteurs de chance’, comme on le prétend trop souvent. Les gros problèmes que ces familles connaissent chez nous sont les problèmes du logement et ceux de la scolarisation de leurs enfants (voir encadré). Elles sont chez nous parce qu’elles fuient la guerre. Si on veut limiter les conflits, il faut désengorger certains points de passage qui peuvent créer de véritables catastrophes humanitaires, comme c’est le cas au Yémen, entre autres. »

► La politique de la Belgique en matière de solidarité

Toujours selon le CGRA, le taux d’acceptation du statut de réfugié est de 22,4 % en Belgique. Il est passé à près de 60 % depuis le début de l’année. Cela est dû aux pays d’origine des migrants. Aujourd’hui, on ne renvoie pas chez eux des familles qui viennent d’Irak, de Syrie ou d’Afghanistan, des pays en guerre. Ne l’oublions pas trop vite, l’Europe s’est bâtie sur des idées importantes. Gilles Cnockeart rappelle que nous sommes signataires des Conventions de Genève qui définissent le statut de réfugié. Notre mission est donc de leur réserver un accueil digne de ce nom ». Pour rappel, les demandeurs d’asiles ne reçoivent pas d’aide financière, mais comptent simplement sur la solidarité du pays d’accueil.

► Comment ma famille et moi nous pouvons-nous les accueillir ?

Nous l’avons dit, la situation est préoccupante. Les lieux d’accueil sont saturés. Voilà pourquoi différentes associations comptent sur l’entraide citoyenne. Quitte à la chapeauter. « Dans le modèle d’accueil que la Belgique met en place, seul 1/3 des personnes est aujourd'hui accueilli en logements individuels. On en appelle aux propriétaires solidaires. Qu’ils n’hésitent pas à se manifester auprès de nous s’ils ont des logements décents (fonctionnels/cuisine/sanitaires…) à mettre à disposition. Nous nous portons garants sur tout le territoire, particulièrement à Liège, Bruxelles et Charleroi. Que les familles se le disent : en général, ça se passe très bien entre propriétaire et migrants. Encore une fois, il ne s’agit pas de voyous. »

► Nous avons peu de moyens, mais sommes prêts à aider

Il existe plein de façon de s’engager dans cette crise de migrants. Comme le rappelle notre intervenant, le relais politique, les manifestations de soutien et les dons sont très importants. Il est possible de se manifester par exemple auprès de son CPAS pour donner des cours de français ou d’identifier, voire même de monter des structures. N’hésitez pas à nous faire part de vos envies, nous nous ferons votre relais à redaction@leligueur.be
Vous êtes prêt à donner de votre temps, à donner des vêtements, des jouets ou vous avez un logement à louer à proposer ? Le ciré (coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers) propose des pistes concrètes pour vous aider à aider.

Yves-Marie Vilain-Lepage

La scolarisation des enfants syriens

Dans cette crise des migrants, le sort des enfants syriens est particulièrement préoccupant. Caritas nous apprend que 2,6 millions échappent à l’éducation en cette rentrée scolaire. La situation syrienne constitue désormais la pire crise de réfugiés depuis la Deuxième Guerre mondiale. Voilà pourquoi l’ONG lance dès le 1er septembre une campagne nationale au profit d’un projet éducatif innovant visant à scolariser 8 700 d’entre eux en Jordanie et au Liban. Avec le soutien de la RTBF et de la VRT, près de 200 collaborateurs et sympathisants sillonneront le pays le jour de la rentrée pour sensibiliser les parents d’élèves à cette problématique. Vous les croiserez peut-être. Encouragez-les donc et gardez en tête que l’enseignement est point d’entrée incontournable pour toute démarche solidaire.

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